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Œuvres posthumesMessein1 (p. 25-26).

VOYAGES


Je voyageai dernièrement hors de Paris.
Où ça ? Bien Loin, hélas, du marbre et des lambris
Pompeux, où j ’ai depuis longtemps l’honneur de vivre
Mal et peu. —
J’y grisai mes yeux du plus fin cuivre
Et du plus rare argent des Pays-Bas. De l’or
De France, non ! Car la France est un fier trésor
De travail et, disons-le, de patriotisme,
D’or aussi, mais saint ; l’or de mon pays, — cet isthme
Vers l’Alsace et vers la Lorraine, ô natal Metz ! —
N’est pas pour mes besoins.
Donc, par monts tant famés,
Par vaux si renommés, par campagnes trop belles
Que l’amour du pays a faites immortelles,
Je rôdais, aimant, presqu’autant que mon pays,
Ces amis de là-bas, point de chez vous, faillis
À l’honneur militaire en dépit de vos forces,
Arbres réduits à rien en dépit des écorces
Diverses que donc le printemps vous flanque au dos,
— Printemps, faiseur de guerre et leveur de rideaux !

— Mais, j’oubliais, je ne parle que de voyages
Artistiques — et ceci n’est guère que gages
D’union fraternelle avec tous les pays.
Donc vivent Belgique et Hollande et que haïs
Soient tous les ennemis de la sainte Alliance
Dont nous serions si bien, l’Allemagne et la France.


1er mai 1893.