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Traduction par Charles du Rozoir.
Panckoucke (p. 459-474).

encore me convenir. Il est bien vrai que si les statues avaient été mises en pièces, je ne pourrais vous les représenter ; tout ce que je pourrais dire, c’est qu’une ville respectable a jugé que les statues de Verrès devaient être abattues. Metellus n’a rien fait qui m’empêche de le dire encore ; il m’a procuré même un double avantage : d’abord je puis me plaindre, si je le juge à propos, qu’on use envers nos alliés et nos amis d’une tyrannie qui ne leur laisse pas même la libre disposition de leurs bienfaits ; en second lieu, il m’a mis à même de vous prier de pressentir ce que Metellus se serait permis contre moi dans les occasions où il aurait pu me nuire, lorsqu’il a déployé tant de passion dans une chose où il ne m’a fait aucun tort. Mais je n’en veux pas à Metellus, et je ne prétends nullement lui ôter l’excuse qu’il allègue, en répétant sans cesse qu’il n’a eu aucune mauvaise intention, et qu’il n’a rien fait à dessein.

LXIX. C’est donc un point constaté ; et vous ne pouvez le nier, Verrès : aucune statue ne vous a été offerte volontairement, et tout l’argent destiné à cet usage n’a été levé et ramassé que par force. Dans ce grief, je ne prétends pas faire connaître seulement que vous avez, sous ce prétexte, extorqué cent-vingt mille sesterces ; mais j’ai voulu surtout démontrer, ce qui l’était déjà pour ainsi dire d’avance, quelle est et quelle a été contre vous la haine des laboureurs et celle de tous les Siciliens. Cela posé, comment vous défendrez-vous ? Pour moi, je n’en imagine pas le moyen. Direz-vous : Les Siciliens me haïssent parce que j’ai beaucoup fait pour les Romains ? — Mais ceux-ci sont très-fortement prononcés contre vous, ils vous détestent cordialement. — J’ai les Romains pour ennemis parce que j’ai défendu et les droits, et les intérêts des alliés ? — Mais les alliés se plaignent d’avoir été traités par vous comme s’ils s’étaient mis en guerre avec la république. — Les laboureurs sont mes ennemis, à cause de la dîme ? — Mais ceux qui cultivent les terres franches, pourquoi vous haïssent-ils ? Pourquoi les habitans d’Halèse, pourquoi ceux de Centorbe, de Ségeste, d’Halicye, sont-ils dans les mêmes sentimens ? Parmi les citoyens romains ou les Siciliens, quel état, quelle classe, quel ordre pourriez-vous citer qui ne vous haïsse ? Quand je ne pourrais dire pourquoi vous leur êtes si odieux, n’aurais-je pas raison de dire, juges, que, puisque Verrès est haï de tout le monde, il mérite aussi l’animadversion de ses juges ? Oserez-vous prétendre que l’opinion des laboureurs et des Siciliens, quelle qu’elle soit, n’est ici d’aucun poids ? Non, vous ne l’oserez pas ; et quand vous le voudriez, vous ne le pourriez point, car vous avez perdu le droit de mépriser l’estime des Siciliens et des laboureurs (107), grâce à ces statues équestres qu’un peu avant votre retour à Rome, vous avez fait ériger et charger d’inscriptions, pour ralentir l’acharnement de vos ennemis et de vos accusateurs. Qui en effet pourrait vous attaquer, qui oserait vous traduire devant les tribunaux, en voyant tant d’hommages décernés par les négocians, par les laboureurs, par les communes réunies de la Sicile ? Est-il dans cette province quelque autre classe d’hommes ? Aucune. C’est donc la province entière, c’est toute la population considérée dans sa masse et dans ses individus, qui non-seulement chérit Verres, mais le révère. Qui serait assez hardi pour s’en prendre à lui ? Conclurez-vous qu’aucun préjudice ne peut résulter pour vous des dépositions de tous les laboureurs, de tous les négocians, de tous les Siciliens, parce qu’en faisant inscrire leurs noms au bas de vos statues, vous avez espéré pouvoir vous soustraire à la haine, et à l’infamie ? Et moi, ne pourrai-je fortifier mon accusation de l’estime qui est due à vos accusateurs, quand vous avez abusé de leurs noms pour donner quelque lustre à vos statues ?

Peut-être direz-vous que vous êtes en estime parmi les publicains, et cet espoir vous donne quelque assurance. Mais cette estime, j’ai pris mes mesures pour qu’elle ne pût vous servir ; il est même impossible qu’elle ne vous nuise pas, grâce à la sage conduite que vous avez tenue tout exprès. Écoutez, juges ; voici le fait en peu de mots.

LXX. Dans la ferme des pâturages de Sicile, il y avait un sous-administrateur (108) nommé Carpinatius. Cet homme, pour augmenter sa fortune, et peut-être aussi pour se rendre utile à ses co-associés, s’était insinué fort avant dans les bonnes grâces de Verrès. Il suivait le préteur dans toutes les villes où il rendait la justice (109) ; jamais il ne le quittait ; enfin, il avait tellement gagné sa confiance, et vivait avec lui dans une si grande intimité, que pour la vente des décrets et des jugemens, ainsi que pour toute espèce de transactions civiles, on s’adressait à ce favori presque autant qu’à Timarchide. Il avait même sur celui-ci un grand avantage : il prêtait de l’argent à usure à ceux qui voulaient acheter quelque faveur ; et le produit de cette usure était assez important pour surpasser tout autre bénéfice. Carpinatius avançait d’une main les sommes qu’il recevait, soit de Timarchide, soit du secrétaire de Verrès, soit de Verrès lui-même, et faisait ainsi valoir la caisse du préteur ; mais ce n’était pas sans tirer pour son compte un fort bon parti de cet agiotage.

Carpinatius, avant de se livrer à cette liaison, avait, dans ses lettres à ses associés, dénoncé plusieurs fois les injustices du préteur. Canuleius, chargé de la perception de Syracuse, leur avait écrit de son côté pour leur signaler une foule d’objets volés par Verrès, qui avaient été exportés de Syracuse sans acquitter les droits à la douane : car la même compagnie avait affermé la douane et les terres du domaine. Ainsi, j’aurais pu tirer de leur correspondance bien des griefs contre l’accusé ; et rien ne nous serait plus facile que d’en fournir la preuve. Mais depuis, Carpinatius, devenu l’intime ami du préteur, et s’étant lié avec lui par des intérêts communs, se mit à écrire tout à coup à ses associés lettres sur lettres au sujet des services signalés et même des bienfaits dont il comblait la compagnie. Celui-ci en effet ne manquait pas de faire et de prononcer tout ce que demandait Carpinatius ; et, de son côté, Carpinatius ne cessait d’écrire à ses associés de manière à détruire entièrement, s’il était possible, le souvenir et l’impression de ses premières lettres. Enfin, quand Verrès fut au moment de son départ, son fidèle ami écrivit à la compagnie de venir à sa rencontre en nombreux cortège le remercier, et lui témoigner le plus vif empressement à faire tout ce qu’il lui plairait d’ordonner. Les associés firent cette démarche pour ne point s’écarter de l’ancien usage observé par les publicains, mais non parce qu’ils jugeaient Verrès digne de quelque marque d’estime ! Ils croyaient, d’ailleurs, qu’il était de leur intérêt de se montrer reconnaissans. Ils le remercièrent donc, et lui dirent que Carpinatius, dans ses lettres, leur avait souvent parlé des bons offices du préteur.

LXXI. Verrès leur répondit que c’était avec plaisir qu’il les avait obligés ; il donna beaucoup d’éloges aux opérations de Carpinatius, et pria un de ses amis, qui était alors directeur général de la compagnie, de prendre toutes ses mesures pour qu’il ne restât rien sur les registres qui pût porter quelque préjudice à sa personne et à son honneur. Celui-ci, sans convoquer le corps des associés, rassembla seulement les collecteurs des dîmes, et leur communiqua la demande de Verrès. Ils arrêtèrent que les actes qui pourraient lui nuire seraient supprimés, et que l’on s’arrangerait pour que cela se fît sans que Verrès pût être jamais compromis. Si je démontre que l’arrêté existe, si je prouve que d’après cet arrêté plusieurs lettres ont été supprimées, qu’attendez-vous de plus, juges ? Puis-je vous soumettre une affaire dont la décision soit moins douteuse, et traduire devant votre tribunal un accusé plus positivement condamné ? Et par qui est-il condamné ? Par ceux que les citoyens, qui désirent des tribunaux plus sévères, voudraient voir en possession du pouvoir judiciaire, par la sentence de ces publicains, par les membres de cet ordre équestre que le peuple demande pour juges, et en faveur de qui une loi vient d’être proposée à cet effet, non par un magistrat de notre origine ou de l’ordre équestre, mais par un homme que sa naissance élève au plus haut rang (110). Les décimateurs, c’est-à-dire les chefs et comme les sénateurs des publicains, furent donc d’avis de supprimer les lettres. Parmi ceux qui eurent part à la délibération, j’en connais plusieurs non moins honorables que riches, ceux même qui sont les premiers de l’ordre équestre, et dont le mérite éclatant vient surtout appuyer l’opinion et les motifs de l’auteur de la loi. Je les produirai devant vous, ils rappelleront leur décision, et je suis sûr, si je les connais bien, que tout ce qu’ils diront sera conforme à la vérité. Ils ont, il est vrai, pu soustraire quelques lettres adressées à leur compagnie ; mais ils sont incapables de trahir leur conscience et leur serment. Ainsi les chevaliers romains n’en ont pas moins prononcé votre condamnation, Verrès, quoiqu’ils aient désiré que le tribunal ne vous condamnât point. Juges, examinez maintenant si vous aimez mieux respecter leur désir que confirmer leur jugement.

LXXII. Mais reconnaissez, Verrès, à quoi vous servent et le zèle de vos amis, et vos intrigues, et la bonne volonté des associés ! Je vais dire toute ma pensée, car je ne crains point ici que l’on me reproche d’avoir parlé plus en accusateur qu’en homme sincère. Si les chefs des publicains n’eussent pas, en vertu d’un arrêté des décimateurs, fait disparaître les lettres, je ne pourrais faire valoir contre vous que les griefs que j’aurais trouvés dans ces pièces. Aujourd’hui qu’un arrêté a été pris, et que les lettres ont disparu, j’ai le droit de dire tout ce que je crois, et les juges peuvent étendre leurs soupçons aussi loin qu’ils le voudront. Je dis donc qu’une grande quantité d’or, d’argent, d’ivoire, de pourpre, beaucoup d’étoffes de Malte, beaucoup de tapisseries, beaucoup de meubles de Délos, et de vases de Corinthe, et de blé, et de miel, ont été exportés de Syracuse par votre ordre ; que vous n’avez point acquitté les droits à la douane ; enfin que Canuleius s’en était plaint à la compagnie qui l’avait chargé de la perception dans ce port.

Le délit vous paraît-il assez grave ? Je n’en connais point qui le soit davantage. Quelle sera la réponse d’Hortensius ? Exigera-t-il que je montre la lettre de Canuleius ? Dira-t-il qu’une inculpation de cette espèce devient nulle dès qu’elle n’est point confirmée par des preuves écrites ? Je me récrierai sur ce que les lettres ont été supprimées, sur ce qu’un arrêté de la compagnie m’a enlevé les indices et les preuves par écrit de ces vols de Verrès. Il faudra de deux choses l’une, ou qu’il nie le fait, ou qu’il se tienne pour vaincu. Niez-vous le fait ? J’admets cette défense. Je descends dans l’arène ; la partie est égale, les armes le sont aussi. Je vais produire mes témoins, et j’en ferai paraître plusieurs à la fois : car, lorsque la chose se fit, ils se trouvaient ensemble, et ils s’y trouveront encore lors de l’interrogatoire, afin que non-seulement ils soient retenus par la foi du serment et par l’intérêt de leur réputation, mais encore par la solidarité de leurs consciences. S’il est prouvé que la chose s’est passée comme je le dis, prétendrez-vous, Hortensius, qu’il n’y avait rien dans les lettres en question qui pût compromettre Verrès ? Non-seulement vous ne le prétendrez pas, mais vous ne pourrez pas même dire que ces lettres ne contenaient pas tout ce qu’il me plaira d’avancer. Ainsi, Verrès, qu’avez-vous gagné avec toute votre adresse et votre crédit ? Vous n’avez fait, comme je le disais tout-à-l’heure, que d’ouvrir un champ libre à nos accusations et à la conviction défavorable des juges.

LXXIII. Cependant je n’inventerai rien, je n’oublierai pas que je me suis présenté ici moins pour accuser un citoyen que pour défendre ses victimes ; et que la cause que je plaide devant vous n’a point été recherchée par moi, mais offerte à ma bienveillance ; que je m’acquitterai à la fois envers les Siciliens, en exposant exactement les faits dont j’ai pris connaissance dans leur province, et qu’eux-mêmes se sont empressés de me dénoncer ; envers le peuple romain, en prouvant qu’il n’y a personne dont la force, personne dont l’autorité