Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/B

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B

Babel (tour de). Parabole ou allégorie ſous laquelle la Bible a ſelon toute apparence voulu déſigner prophétiquement la Théologie, & faire entendre que tout ceux qui voudroient s’élever juſqu’à Dieu & raiſonner de ſon eſſence ne s’entendroient pas plus qu’un Hottentot & un François, qu’un bas-Breton & un Suiſſe, qu’un Curé & ſon ſeigneur, qu’un Moliniſte & un Janséniſte.

Balaam. Faux Prophête, dont l’âneſſe avoit, dit-on, la faculté de parler ; ce qui eſt regardé par les eſprits-forts comme un conte à dormir de bout ; cependant ce miracle ſe perpétue dans l’Egliſe, où rien n’eſt plus ordinaire que de voir des ânes & des âneſſes parler, & même raiſonner ſur la Théologie.

Bancs. Sieges de bois ſur leſquels les Théologiens placent leurs derrières ſacrés, & que ſouvent ils ſe jettent à la tête dans les conférences amicales & polies qu’ils ont ſur la Religion.

Bâtards. Ce ſont des vauriens dont les parens n’ont point payé l’Egliſe pour acquérir le droit de coucher enſemble. En conséquence de la ſage juriſprudence introduite par le péché originel, les bâtards doivent être punis de la faute de leurs Peres ; on les prive des avantages dont jouiſſent les enfans de ceux qui ont payé pour coucher.

Batême. Sacrement indiſpenſablement néceſſaire au ſalut. Dieu n’admettra perſonne dans ſa gloire à moins qu’une fois en ſa vie il n’ait reçu de l’eau froide ſur l’occiput. Cette eau a la vertu de laver un enfant d’un péché énorme, expié par le fils de Dieu, & qui ne s’étoit commis que quelques milliers d’années avant que les parens de l’enfant ſongeaſſent à le fabriquer.

Béatification. Acte ſolemnel par lequel le Pontife Romain, qui a des nouvelles ſûres de l’autre monde, déclare à l’univers qu’un Moine, qu’il n’a point connu, jouit de l’éternelle félicité & peut être complimenté à ce ſujet.

Bedeaux. Ce ſont des gens d’Egliſe qui vivent de l’autel, auſſi bien que les prêtres ; on aſſûre qu’ils font leur ſoupe avec le pain bénit.

Bégueules. Voyez dévotes, couvent, religieuſes.

Bénédictions. Charmes, enchantemens, cérémonies magiques par leſquelles les Miniſtres du Seigneur, en levant deux doigts en l’air & en marmottant de ſaintes conjurations, évoquent le Tout-Puiſſant & le forcent à lâcher le robinet de ſes graces ſur les hommes & ſur les choſes ; ce qui leur fait ſur le champ changer de nature, & ce qui remplit ſur-tout le gouſſet du Clergé. Quand une choſe eſt bénite elle eſt Sacrée, elle ceſſe d’être profane, on ne peut plus y toucher ſans ſacrilége, ſans profanation, ſans mériter d’être brûlé.

Bénéfices. Revenus attachés à un office Eccléſiaſtique, & perçus au nom de Dieu par un membre du Clergé, qui dès qu’il en eſt pourvû le poſſede de droit divin, & n’en a par conſéquent obligation à perſonne. Il n’eſt permis à un Prêtre de poſſéder qu’un ſeul bénéfice, c’eſt une des règles de l’Egliſe que nous voyons le plus fidélement obſervée.

Bible. Livre très-ſaint, inſpiré par l’eſprit de Dieu, qui contient tout ce qu’un Chrétien doit ſavoir & pratiquer. Il eſt à propos que les laïques ne le liſent jamais ; la parole de Dieu ne manqueroitpas de leur nuire, il vaut bien mieux que les Prêtres liſent la Bible pour eux ; ils ont ſeuls l’eſtomac aſſez fort pour la bien digérer, les laïques doivent ſe contenter des produits de la digeſtion Sacerdotale.

Biens eccléſiaſtiques. Ce ſont les biens appartenans à l’Egliſe par conséquent à Dieu qui eſt ſon mari ; elle ne l’a épousé qu’à condition de la communauté des biens, ſans cela elle n’eût point conſenti à prendre un vieux barbon, dont elle n’a pas de douaire à eſpérer.

Blaſphèmes. Paroles ou diſcours qui attachent à des objets inconnus des idées qui ne leur conviennent point, ou bien qui leur ôtent celles que les Prêtres ont décidé leur convenir. D’où l’on voit que blaſphémer c’eſt n’être pas de l’avis du Clergé, ce qui eſt évidemment le plus affreux des crimes.

Bonnes ames. Ce ſont celles qui font du bien à l’Egliſe ou qui ont ſoin de faire bouillir la timbale des Sacrificateurs ou la marmite ſacrée.

Bonnet quarré. C’eſt, dit-on, l’éteignoir du bon ſens. On affuble le péricrâne d’un Docteur d’un bonnet quarré pour lui faire ſentir que ſa fonction déſormais ſera d’éteindre dans les autres la raiſon, qu’à force d’étudier il eſt heureuſement parvenu à éteindre en lui-même.

Bonté. Perfection divine. Dieu eſt parfaitement bon, ſans aucun mélange de méchanceté ; il eſt vrai que malgré ſa bonté il nous fait, ou permet que l’on nous faſſe du mal, mais cela ne prouve rien, il eſt toujours bon pour ſes Prêtres, cela doit nous ſuffire.

Bourreau. C’eſt toujours le meilleur Chrétien d’un État & le citoyen le plus Orthodoxe. Il eſt l’ami du Clergé, le défenſeur de la foi, l’homme le plus utile aux Prêtres ou à la cauſe de Dieu.

Bras Séculier. Ce ſont les Souverains, les Magiſtrats, les archers & les bourreaux, auxquels l’Egliſe, pour le bien de ſes enfans, livre en mere tendre tous ceux qu’elle n’a pas la cruauté de maſſacrer elle-même.

Bréviaire. Recueil de prieres en beau Latin que les Eccléſiaſtiques poſſeſſeurs de bénéfices, afin de gagner leur argent, ſont obligés de réciter tous les jours, ſous peine d’être inutiles à la Société.

Bulles. Lambeaux de parchemin, revêtus d’un ſceau de plomb, que le Serviteur des Serviteurs de Dieu expédie, quand il s’agit ſoit de tirer de l’argent, ſoit d’exciter quelque ſainte fermentation dans les pays qui ont beſoin d’exercice. Sans la Bulle Unigenitus la France eût été depuis cinquante ans dans le plus affreux engourdiſſement.