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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 112-115).


CHAPITRE XXX.


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以道佐人主者,不以兵強天下。其事好還。師之所處,荊棘生焉。大軍之後,必有凶年。善有果而已,不敢以取強。果而勿矜,果而勿伐,果而勿驕。果而不得已,果而勿強。物壯則老,是謂不道,不道早已。


Celui qui aide (1) le maître des hommes par le Tao ne (doit pas) subjuguer l’empire par les armes (2).

Quoi qu’on fasse aux hommes, ils rendent la pareille (3).

Partout où séjournent les troupes (4), on voit naître les épines et les ronces.

A la suite des grandes guerres, il y a nécessairement des années de disette.

L’homme vertueux frappe un coup décisif et s’arrête (5).

Il n’ose subjuguer l’empire par la force des armes (6).

Il frappe un coup décisif et ne se vante point (7).

Il frappe un coup décisif et ne se glorifie point.

Il frappe un coup décisif et ne s’enorgueillit point.

Il frappe un coup décisif et ne combat que par nécessité.

Il frappe un coup décisif et ne veut point paraître fort (8).

Quand les êtres sont arrivés à la plénitude de leur force, ils vieillissent (9).

Cela s’appelle ne pas imiter le Tao. Celui qui n’imite pas le Tao ne tarde pas à périr (10).


NOTES.


(1) C : Le maître des hommes doit pratiquer le non-agir ; mais d’ordinaire ceux qui l’aident (ses ministres) se livrent à l’action.


(2) B : Les armes sont des instruments de malheur. On ne doit en faire usage que lorsqu’on ne peut s’en dispenser, par exemple, pour effrayer ceux qui oppriment ou immolent le peuple.


(3) E : Cette phrase a le même sens que celle-ci (conf. Mengtseu, liv. I, p. 38) : « Ce qui vient de vous, vous reviendra ; » c’est-à-dire les hommes vous rendront le bien ou le mal que vous leur aurez fait. (C’est-à-dire ici : Si vous avez vaincu les hommes, ils chercheront à vous vaincre à leur tour.) Si vous (B) aimez à tuer les hommes, les hommes à leur tour vous tueront.

E : La guerre est le plus grand malheur qui puisse arriver à l’empire. Celui qui détruit la vie des hommes, qui ruine les royaumes, s’attire la colère des peuples et la haine des démons. Il ne manque jamais d’éprouver les châtiments que mérite sa conduite.


(4) E : Quand les soldats séjournent longtemps dans les champs sans les quitter, on abandonne les travaux agricoles, et (B) les ronces y croissent en abondance.


(5) E : Il livre une bataille décisive et s’arrête ; il n’ose pas chercher à devenir, par la force, le maître de l’empire. Lia-kie-fou : Ce mot ko (décider, frapper un coup décisif) a le sens de « vaincre les ennemis. » Si quelqu’un (B) tue son prince et excite une révolte, le sage ne peut se dispenser d’être l’instrument du ciel pour le punir de mort. Si quelqu’un envahit les frontières et trouble le peuple, il ne peut s’empêcher de prendre les armes pour l’arrêter. Mais il se contente de montrer une seule fois sa force invincible et termine aussitôt la lutte.


(6) B, E : Il n’ose poursuivre le cours de ses succès, ni s’appuyer sur la multitude, pour devenir par la force le maître de l’empire.


(7) B : Après avoir châtié les coupables et rétabli la paix, il ne doit pas se vanter de son habileté ni se glorifier de ses exploits.


(8) B : S’il s’appuyait sur la supériorité de sa puissance pour consolider le royaume, on ne pourrait pas dire qu’il « aide par le Tao, le « maître des hommes. » Celui qui a vaincu sera nécessairement subjugué à son tour ; ce qui est florissant ne manque pas de dépérir. Telle est la nature des choses.


(9) E : C’est parce que le Tao est mou et faible qu’il peut subsister longtemps. C’est pourquoi, quand les êtres (par exemple, les arbres) sont arrivés au plus haut degré de leur force, ils commencent à vieillir.

On voit par là que celui qui est devenu puissant par les armes ne pourra subsister longtemps. C’est pourquoi celui qui sait faire la guerre doit (dans l’occasion) prendre un parti décisif ; mais il ne faut pas qu’il cherche à dominer par la force des armes.


(10) B : Si l’homme se prévaut de sa supériorité, c’est ce qu’on appelle se mettre en opposition avec le Tao (qui veut que l’on soit mou et faible). Celui qui se met en opposition avec le Tao ne tarde pas à périr.