Tandis que la terre tourne/Mon cœur revient à son printemps


MON CŒUR REVIENT À SON PRINTEMPS


Mon cœur revient à son printemps,
L’herbe jeune sort de la terre,
Le muguet aux grelots battants
Carillonne l’heure légère.

Sur le ciel d’aurore amolli,
Le gros soleil dans sa bavette
Gigotte comme sur un lit
Un nourrisson à chair replète ;


Dans les prés de gauches rayons
Titubent en cherchant des sources,
La mouche flâne, les boutons
Crèvent l’œuf tendre de leurs bourses.

On entend les bergers roués
Flûter en sonores rosées
Les perles des roseaux troués
Où leurs lèvres se sont posées ;

On entend la feuille lapper
L’air rose de sa langue fine
Tandis qu’aux vitres vient frapper
Une guêpe encore enfantine.

Un poussin se lisse le bec
Sur la jatte de vernis jaune
Et pas une herbe n’est à sec
Sous les vapeurs que le jour donne.


Ainsi, mon cœur, ton renouveau
Jette dans l’ombre son cri grêle
Et te voilà comme un oiseau
Qui tape sur sa coque frêle

Parce que je tiens dans mon flanc,
Sur un coussin de primevères,
Le bourgeon d’homme somnolent
Qu’ont nourri mes forces premières

Et que son petit poing frondeur
Mène les candides vendanges
Des fleurs de lait, du jour baveur
Et des insectes dans leurs langes.

Il est là. L’abeille lui dit :
J’ai du nouveau miel pour tes lèvres,
Pour tes jeux sur l’herbe bondit
Un chevreau blanc entre les chèvres.


L’ardente alouette a pondu,
Les fourmis promènent leur graine
Et nos petits se sont vêtus
Du duvet dont ta tête est pleine.