Différences entre les versions de « L’Abolition du travail »

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m (→‎Nul ne devrait jamais travailler : Oblomov, bon liens)
Le travail est la source de toute misère, ou presque, dans ce monde. Tous les maux qui peuvent se nommer proviennent du travail – ou de ce que l’on vit dans un monde voué au travail. Si nous voulons cesser de souffrir, il nous faut arrêter de travailler.
 
Cela ne signifie nullement que nous devrions arrêter de nous activer. Cela implique surtout d’avoir à créer un nouveau mode de vie fondé sur le jeu ; en d’autres mots, une révolution ludique. Par « jeu », j’entends aussi bien la fête que la créativité, la rencontre que la communauté, et peut-être même l’art. On ne saurait réduire la sphère du jeu aux jeux des enfants, aussi enrichissants que puissent être ces premiers amusements. J’en appelle à une aventure collective dans l’allégresse généralisée ainsi qu’à l’exubérance mutuelle et consentie librement. Le jeu n’est pas passivité. Il ne fait aucun doute que nous avons tous besoin de consacrer au pur délassement et à l’indolence infiniment plus de temps que cette époque ne le permet, quels que soient notre métier ou nos revenus. Pourtant, une fois que nous nous sommes reposés des fatigues du salariat, nous désirons presque tous agir encore. Oblomovisme et Stakhanovisme<ref>Termes emprunté au russe: ''[[Oblomov|Une journée dans la vie d’Oblomov]]'' (1859) est un roman d’[[Auteur:Ivan Gontcharov|Ivan Gontcharov]] décrivant la vie d’un jeune bourgeois mollasson; l’''oblomovtchina'' évoque en russe l’inertie, l’à-quoi-bontisme. [[w:Alexeï Stakhanov|Alexeï Stakhanov]] était un mineur soviétique dont l’ardeur au travail fut exaltée par la propagande stalinienne des années 1930 (NdT).</ref> ne sont que les deux faces de la même monnaie de singe.
 
La vie ludique est totalement incompatible avec la réalité existante. Tant pis pour la « réalité », ce trou noir qui aspire toute vitalité et nous prive du peu de vie qui distingue encore l’existence humaine de la simple survie. Curieusement – ou peut-être pas – toutes les vieilles idéologies sont conservatrices, en ce qu’elles crient aux vertus du travail. Pour certaines d’entre elles, comme le marxisme et la plupart des variétés d’anarchisme, leur culte du travail est d’autant plus féroce qu’elles ne croient plus à grand-chose d’autre.
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