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sincerement ; & l’on ne peut long-tems le chercher ainsi sans remonter à l’auteur de tout bien. C’est ce qu’il me semble avoir fait depuis que je m’occupe à rectifier mes sentimens, & ma raison ; c’est ce que vous ferez mieux que moi quand vous voudrez suivre la même route. Il m’est consolant de songer que vous avez souvent nourri mon esprit des grandes idées de la religion ; & vous, dont le cœur n’a rien de caché pour moi, ne m’en eussiez pas ainsi parlé si vous aviez eu d’autres sentimens. Il me semble même que ces conversations avoient pour nous des charmes. La présence de l’Etre suprême ne nous fut jamais importune ; elle nous donnoit plus d’espoir que d’épouvante ; elle n’effraya jamais que l’ame du méchant : nous aimions à l’avoir pour témoin de nos entretiens, à nous révéler conjointement jusqu’à lui. Si quelquefois nous étions humiliés par la honte, nous nous disions en déplorant nos foiblesses : au moins il voit le fond de nos cœurs, & nous en étions plus tranquilles.
j’étois aimée, & que je devois l’être : la bouche étoit muette, le regard étoit contraint, mais le cœur se faisoit entendre. Nous éprouvâmes bientôt entre nous ce je ne sais quoi qui rend le silence éloquent, qui fait parler des yeux baissés, qui donne une timidité téméraire, qui montre les désirs par la crainte, & dit tout ce qu’il n’ose exprimer.
 
Si cette sécurité nous égara, c’est au principe sur lequel elle étoit fondée à nous ramener. N’est-il pas bien indigne d’un homme de ne pouvoir jamais s’accorder avec lui-même ; d’avoir une regle pour ses actions, une autre pour ses sentimens ; de penser comme s’il étoit sans corps, d’agir comme s’il étoit sans ame, & de ne jamais approprier à soi tout entier rien de ce qu’il fait en toute sa vie ? Pour moi, je trouve qu’on est bien fort avec nos anciennes maximes, quand on ne les borne pas à de vaines spéculations. La foiblesse est de l’homme, & le Dieu clément qui le fit la lui pardonnera sans doute ; mais le crime est du méchant,
Je sentis mon cœur, & me jugeai perdue à votre premier mot. J’aperçus la gêne de votre réserve ; j’approuvai ce respect, je vous en aimai davantage : je cherchois à vous dédommager d’un silence pénible, & nécessaire sans qu’il en coutât à mon innocence ; je forçai mon naturel ; j’imitai ma cousine, je devins badine, & folâtre comme elle, pour prévenir des explications trop graves, & faire passer mille tendres caresses à la faveur de ce feint enjouement. Je vouloix vous rendre si doux votre état présent, que la crainte d’en changer augmentât votre retenue. Tout cela me réussit mal : on ne sort point de son naturel impunément. Insensée que j’étois ! j’accélérai ma perte au lieu de la prévenir, j’employai du poison pour palliatif ; et ce qui devoit vous faire taire fut précisément ce qui vous fit parler. J’eus beau, par une froideur affectée, vous tenir éloigné dans le tête-à-tête ; cette contrainte même me trahit : vous écrivîtes. Au lieu de jetter au feu votre premiere lettre ou de la porter à ma mere, j’osai l’ouvrir : ce fut là mon crime, & tout le reste fut forcé. Je voulus m’empêcher de répondre à ces lettres funestes que je ne pouvois m’empêcher de lire. Cet affreux combat altéra ma santé : je vis l’abîme où j’alloix me précipiter. J’eus horreur de moi-même, & ne pus me résoudre à
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