Différences entre versions de « Art et Artifices »

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|'''ArtLes et artificesChroniques''' <small><small>([[:Catégorie:Chroniques de Maupassant|alpha]]-[[Chroniques de Maupassant|chrono]])</small></small><br>''[[Le Gaulois]]'', 4 avril 1881
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L’accusé dit :
 
— Je n’en ai pas. Les jeunes sont bêtes comme des oies, et les vieux encore davantage. L’art ! l’art dramatique se meurt ! L’art dramatique est mort ! Et puis vous m’avez flanqué un sale théâtre dans un quartier de grippe-sous ; autant diriger une scène lyrique dans la plaine de Pantin. Les auteurs qu’on croit bons eux-mêmes n’attirent personne ici. Les pièces à succès ne font pas vingt centimes ! Tenez. Voici mes livres : la dernière pièce, le grand triomphe de la maison, a rapporté 3, 25 francs à chacun des auteurs. Et vous venez encore m’embêter avec votre subvention ? Quant aux jeunes ! ah ! c’est du propre ! parlons-en ! On les joue deux fois tout au plus...plus…
 
Un membre l’interrompit
Le membre chercha dans sa mémoire :
 
— Mais il me semble avoir entendu parler d’un certain Dumas fils dont j’ai connu le père vers 1825 ; et qu on dit n’être pas sans mérite...mérite…
 
Mais le président toussa, et, se tournant vers l’accusé n° 2 :
L’accusé, très troublé, larmoyant, balbutia :
 
— Mais, mon président, je fais...fais… je fais...fais… de la musique...musique…
 
Le président roula des yeux et répliqua :
Cette fois, le prévenu pleurait tout à fait.
 
— Mon président, dit-il, j’ peuxj’peux pas, l’ bâtimentl’bâtiment me ruine. C’t Académie, voyez-vous, c’est ma perte. L’entretien mange tout, subvention et bénéfices, tout. Je paie un frotteur vingt mille francs. Alors, qu’est-ce que je fais, mon président ? Je prends des artistes à tout faire, comme les bonnes dans les ménages pauvres. Je choisis des ténors qui ont été valets de pied, des barytons qui ont débuté palefreniers, des chanteuses qui ont commencé femmes de chambre ; des fils et des filles de concierge autant que possible à cause de l’escalier ; ils l’entretiennent. Et, comme ça, je peux les employer toute la journée ; dans le jour, ils nettoient ; et le soir, ils vocalisent. Vous voyez, c’est pas bête.
 
" Les étoiles, c’est ruineux ; et, au fond, ça ne sert à rien, vous savez. J’en ai deux ou trois parce qu’il en faut ; je les montre. C’est comme les gros bocaux des pharmaciens. Ils jettent sur le trottoir une grande lumière, rouge ou verte, mais c’est de la réclame, pas autre chose. Savez-vous ce qu’il me faut, à moi ? C’est des jambes. Oui, mon président, des jambes de danseuses. Voilà de l’art. J’avais des danseuses très savantes, très fortes, des académiciennes de la danse ; je les ai flanquées dehors, et j’ai pris des jambes. Ça saute, ça se trémousse, ça vous allume toute la salle ; et ça me fait des recettes, oh ! mais des recettes...recettes… Quand je dis des recettes, c’est par comparaison ; car je ne gagne rien, non, rien de rien ; je ne crois même pas que je puisse continuer comme ça. Mais, voyez-vous, mon président, croyez-moi pour l’abonnement, il faut de la danse, et de la danse avec des jambes ; du chant, le moins possible. »
 
La commission tout entière faisait une tête indignée. Les regards tournoyaient, des ''hum'' ! menaçants sortaient des gorges, quand le président attaqua le prévenu numéro trois.
L’accusé, très humble, avec un air de sainte Nitouche, l’œil baissé, la face narquoise, les mains croisées, commença :
 
— Monsieur le président, messieurs les membres de la commission, nous tous, vous les premiers, nous nous sommes trompés jusqu’ici sur le rôle que doit jouer le Théâtre-Français ! C’est le Louvre de l’art dramatique : l’Odéon en est le Luxembourg. - J’en cherche en vain le palais de l’Industrie, le vulgaire Salon. - Vous me dites : "« Jouez des jeunes. "» - Mais songez-vous à ce que serait sur nos planches un insuccès ! Quel désastre ! quelle honte !... Pouvons-nous engager la maison de Molière dans une pareille aventure ? Nous sommes le Louvre, vous dis-je, le Panthéon des auteurs. Us meilleurs parmi les bons échouent quelquefois. Voyez ce qui m’est arrivé avec la ''Princesse de Bagdad''. On a sifflé, messieurs !
 
« Eh bien, si cette pièce eût été d’un jeune, de M. Vast-Ricouard, par exemple (bien qu’il soit deux), on nous aurait jeté des trognons de pomme, tout comme sur la scène de mon honorable confrère, M. Ballande. Comprenez donc, messieurs : nous ne savons jamais, nous autres, si une pièce est bonne ou mauvaise. Comment le saurions-nous ? Quand le publie a jugé, par exemple, nous le savons. - Alors, que faire ? Créer un Salon, une exposition permanente de jeunes, un troisième Théâtre-Français, exécuter l’idée de M. Ballande, enfin. Là, ils se produiront, ces jeunes ; le public jugera ; je choisirai ensuite les meilleurs ; l’Odéon prendra les médiocres, et tout sera parfait.
 
« Je vous demanderai seulement la permission d’augmenter un peu mes places, afin que l’élévation de mes prix force le public à aller quelquefois à ce nouveau théâtre, et que ma concurrence ne soit pas pour lui désastreuse. »