« Le Perroquet chinois/I – Les Perles des Phillimore » : différence entre les versions

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De la rue brumeuse, Alexandre Eden pénétra dans le vaste hall aux piliers de marbre où la firme Meek et Eden offrait à sa riche clientèle ses collections de bijoux et d’orfèvrerie. Derrière les vitrines où étincelaient pierres précieuses, argent, platine et or, quarante employés solennels se tenaient rigides comme des soldats au garde-à-vous. Le revers gauche de leurs jaquettes de coupe impeccable s’ornait d’un œillet rose aussi frais que s’il venait de s’épanouir sur leur boutonnière.
Il pénétra dans son bureau directorial et se débarrassa de son chapeau, de son manteau et de sa canne. Sur la table se trouvait le courrier du matin ; il le parcourut distraitement. Bientôt il se dirigea vers une des fenêtres où il demeura en contemplation devant la façade du building situé de l’autre côté de la rue.
 
Le brouillard, qui avait enveloppé la ville de San Francisco la nuit précédente, s’attardait encore dans les rues. Sur cet écran d’un gris terne se dessinait aux yeux d’Eden un tableau saisissant de couleur, de lumière et de vie. Son imagination le reportait quarante années en arrière, et il se revoyait jeune homme de dix-sept ans, aux cheveux bruns et au corps souple. Une nuit à Honolulu – le joyeux Honolulu du temps de la monarchie – derrière un rideau de fougères, dans un coin du grand salon des Phillimore, l’orchestre jouait et, sur le parquet ciré, Alec Eden et Sally Phillimore dansaient ensemble. De temps à autre le cavalier faisait un faux pas, car la nouvelle danse, appelée ''two-step,'' venait d’être introduite à Hawaï par un jeune enseigne du ''Nipsic.'' Mais peut-être n’était-ce pas seulement son inexpérience du two-step qui troublait Alec Eden… Ne tenait-il pas dans ses bras la plus jolie fille des îles ?
 
Les fées semblaient avoir présidé à la naissance de Sally. Outre sa beauté, qui l’eût fait remarquer dans cette aimable société d’Honolulu, elle était l’héritière d’une fortune fabuleuse. Les navires des Phillimore sillonnaient les sept océans et leurs plantations de cannes à sucre promettaient une récolte douce et dorée. Les yeux baissés d’Alec aperçurent sur la gorge blanche de la jeune fille un symbole de son rang et de sa richesse : le fameux collier de perles rapporté de Londres par Marc Phillimore et dont le prix avait stupéfait tout Honolulu.
— Enchanté, fit Eden.
 
Pendant un instant il observa ce groupe qui venait d’envahir son paisible bureau : le fameux financier, froid, retors, conscient de sa force ; l’aîtièrel’altière jeune fille à qui Madden prodiguait toute son affection ; puis le secrétaire, à l’air décidé, qui se tenait respectueusement au dernier plan et qui n’était pas aussi insignifiant qu’on aurait pu le croire.
 
— Veuillez vous asseoir, dit le joaillier en approchant des sièges.
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