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Tout bien compté, il n’y a pas encore sans doute de majorité dans cette chambre nouvelle, il n’y en a pas plus que dans l’ancien Landtag ; il n’y a que des groupes distincts, inégalement importans, inégalement répartis, dont chacun est impuissant à dominer les autres. Seulement, avec cette répartition nouvelle des opinions, il deviens plus que jamais difficile pour le gouvernement de chercher à se rapprocher des nationaux-libéraux, et s’il y a dans la chambre telle qu’elle se trouve composée une majorité possible, elle est tout naturellement dans l’alliance des conservateurs et du centre catholique. C’est le seul moyen de constituer une force parlementaire suffisante pour être l’appui efficace du gouvernement ; mais M. de Bismarck tient-il tant que cela à avoir cette majorité ou même toute autre majorité ? Le fait est que, si les ministres prussiens ont mis toutes les influences administratives au service des candidatures conservatrices, M. de Bismarck, quant à lui, a affecté en plusieurs circonstances, avant les élections, le dédain le plus superbe. A ceux qui l’interrogeaient il répondait lestement que cela lui était égal qu’on nommât des conservateurs ou des libéraux, qu’il n’avait aucun désir à exprimer. Il montrait une sorte de détachement ou d’impartialité qui lui est toujours facile, parce qu’après comme avant les élections, il garde l’inébranlable conviction que la politique représentée par-lui est la politique de l’empereur, qui reste en dehors et au-dessus des fluctuations parlementaires. Il trouverait sans doute commode de ne pas se heurter sans cesse contre des oppositions qui l’irritent, d’avoir à sa disposition une majorité assez docile pour accepter ses projets économiques et financiers : il n’entend pas pour cela s’asservir à une combinaison parlementaire. Si aujourd’hui encore quelque chose pouvait le porter à accepter l’alliance des conservateurs et du centre catholique, ce serait la pensée, à laquelle il s’est attaché depuis quelques années, d’en finir avec cette guerre religieuse qu’il a entreprise autrefois, de réagir contre tout ce qui est révolutionnaire ; mais, sur ce point même, il prétend bien ne pas subir les conditions des catholiques pas plus qu’il n’a subi ou ne subirait les conditions des libéraux. Représentant de l’empire et de l’empereur, il se considère comme indépendant des influences et des combinaisons de parlement ; il n’attache qu’une importance secondaire à une majorité dont il serait obligé d’acheter l’appui. C’est là justement ce qui limite la portée de ces élections, dont le résultat ne peut guère modifier la politique intérieure de la Prusse et moins encore la politique extérieure de l’empire.
Tout bien compté, il n’y a pas encore sans doute de majorité dans cette chambre nouvelle, il n’y en a pas plus que dans l’ancien Landtag ; il n’y a que des groupes distincts, inégalement importans, inégalement répartis, dont chacun est impuissant à dominer les autres. Seulement, avec cette répartition nouvelle des opinions, il deviens plus que jamais difficile pour le gouvernement de chercher à se rapprocher des nationaux-libéraux, et s’il y a dans la chambre telle qu’elle se trouve composée une majorité possible, elle est tout naturellement dans l’alliance des conservateurs et du centre catholique. C’est le seul moyen de constituer une force parlementaire suffisante pour être l’appui efficace du gouvernement ; mais M. de Bismarck tient-il tant que cela à avoir cette majorité ou même toute autre majorité ? Le fait est que, si les ministres prussiens ont mis toutes les influences administratives au service des candidatures conservatrices, M. de Bismarck, quant à lui, a affecté en plusieurs circonstances, avant les élections, le dédain le plus superbe. A ceux qui l’interrogeaient il répondait lestement que cela lui était égal qu’on nommât des conservateurs ou des libéraux, qu’il n’avait aucun désir à exprimer. Il montrait une sorte de détachement ou d’impartialité qui lui est toujours facile, parce qu’après comme avant les élections, il garde l’inébranlable conviction que la politique représentée par-lui est la politique de l’empereur, qui reste en dehors et au-dessus des fluctuations parlementaires. Il trouverait sans doute commode de ne pas se heurter sans cesse contre des oppositions qui l’irritent, d’avoir à sa disposition une majorité assez docile pour accepter ses projets économiques et financiers : il n’entend pas pour cela s’asservir à une combinaison parlementaire. Si aujourd’hui encore quelque chose pouvait le porter à accepter l’alliance des conservateurs et du centre catholique, ce serait la pensée, à laquelle il s’est attaché depuis quelques années, d’en finir avec cette guerre religieuse qu’il a entreprise autrefois, de réagir contre tout ce qui est révolutionnaire ; mais, sur ce point même, il prétend bien ne pas subir les conditions des catholiques pas plus qu’il n’a subi ou ne subirait les conditions des libéraux. Représentant de l’empire et de l’empereur, il se considère comme indépendant des influences et des combinaisons de parlement ; il n’attache qu’une importance secondaire à une majorité dont il serait obligé d’acheter l’appui. C’est là justement ce qui limite la portée de ces élections, dont le résultat ne peut guère modifier la politique intérieure de la Prusse et moins encore la politique extérieure de l’empire.


Les élections italiennes ne ressemblent point sous ce rapport aux élections prussiennes. Elles sont de toute façon un événement des plus sérieux dans la situation de la péninsule, et elles avaient aujourd’hui cette importance particulière d’être la première application d’un nouveau système électoral qui a étendu singulièrement le droit de
Les élections italiennes ne ressemblent point sous ce rapport aux élections prussiennes. Elles sont de toute façon un événement des plus sérieux dans la situation de la péninsule, et elles avaient aujourd’hui cette importance particulière d’être la première application d’un nouveau système électoral qui a étendu singulièrement le droit de {{tiret|suf|frage}}
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