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{{t3|Exposition du boulevard des Capucines. Les impressionnistes}}
 
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M. Pissaro [sic] lui, est sobre et fort. Son œil synthétique embrasse l'ensemble d'un trait. Il a le tort grave de peindre sur ses terrains (''Gelée blanche'') les ombres portées qu'y projettent des arbres placés hors du cadre, et que par conséquent le spectateur est réduit à supposer, ne pouvant les voir. Il a un penchant déplorable pour les terres maraîchères (''Le Verger''), et ne recule devant aucune représentation de choux ni de légumes domestiques. Mais ces fautes de logique ou ces vulgarités de goût n'altèrent pas ses belles qualités d'exécutant. Dans sa ''Matinée du mois de juin'', on est obligé de louer sans réserve la force qui a groupé les éléments divers du paysage et l'exécution savante qui en a disposé les masses harmonieuses.
 
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M. Monet a des emportements de main qui font merveille. A la vérité, je n'ai pu trouver le point d'optique pour voir son ''Boulevard de Capucines''; il m'eut fallu, je crois, traverser la rue et regarder le tableau des fenêtres de la maison d'en face. Mais les natures mortes de son ''Déjeuner'' sont superbement brossées et son ''Soleil levant'' dans le brouillard retentit comme les accents de la diane au matin.
 
M. Sisley a de la distinction, il la porte jusqu'à la grâce dans un paysage vraiment poétique qu'il intitule ''Route de Saint-Germain''.
 
M. Renoir a l'audace. C'est à lui qu'on avait refusé l'an passé cette ''Amazone revenant du bois'', où il y avait de si remarquables parties de dessin et de modelé. La ''Loge'' qu'il expose aujourd'hui est encore empruntée aux mœurs contemporaines, et les personnages, vus à mi-corps, y sont de grandeur naturelle. Le soir, à la lumière, cette femme, décolletée, gantée, fardée, rose aux cheveux et rose entre les seins, fait illusion.
 
M. Degas a l'étrangeté et pousse quelquefois jusqu'à la bizarrerie. Les chevaux, les ballerines, les blanchisseuses, voilà ses sujets de prédilection, et ce qui paraît le préoccuper exclusivement dans tout le monde qui l'entoure. Mais quelle justesse dans le dessin et quelle jolie entente de la couleur!
 
Mlle Berthe Morisot enfin a de l'esprit jusqu'au bout des ongles, surtout au bout des ongles. Quel fin sentiment artistique! On ne saurait trouver pages plus gracieu-
 
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ses, plus délibérément et plus délicatement touchées, que le ''Berceau'' et ''Cache-cache'', et j'ajouterai qu'ici l'exécution est en rapport parfait avec l'idée à exprimer.
 
Ce sont là les notes personnelles à chacun. Les vues communes qui les réunissent en groupe et en font une force collective au sein de notre époque désagrégée, c'est le parti pris de ne pas chercher le rendu, de s'arrêter à un certain aspect général. L'impression une fois saisie et fixée, ils déclarent leur rôle terminé. La qualification de ''Japonais'', qu'on leur a donnée d'abord, n'avait aucun sens. Si l'on tient à les caractériser d'un mot qui les explique, il faudra forger le terme nouveau d'''impressionnistes''. Ils sont ''impressionnistes'' en ce sens qu'ils rendent non le paysage, mais la sensation produite par le paysage. Le mot même est passé dans leur langue : ce n'est pas ''paysage'', c'est ''impression'' que s'appelle au catalogue le ''Soleil levant'' de M. Monet. Par ce côté, ils sortent de la réalité et entrent en plein idéalisme.
 
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<div align="right">JULES-ANTOINE CASTAGNARY.</div>
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