« La Divine Comédie (trad. Lamennais)/L’Enfer/Chant XXV » : différence entre les versions

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[[ru:Божественная комедия (Данте/Мин)/Ад/Песнь XXV/ДО]]
 
 
==__MATCH__:[[Page:Dante - La Divine Comédie, trad. Lamennais, 1910.djvu/93]]==
 
 
Ah ! Pistoie, Pistoie ! que n’en finis-tu de toi, te réduisant toi-même en cendres, puisque les tiens dépassent toujours plus leurs ancêtres dans le mal ?
 
Dans tous les sombres cercles de l’Enfer, je ne vis point d’esprit si superbe contre Dieu, non pas même celui qui tomba des murs de Thèbes <ref>Capanée. Au moment où, sur les murs de Thèbes assiégée, il insultait et défiait Jupiter, frappé par la foudre, il fut précipité au pied de ces mêmes murs.</ref>.
==[[Page:Dante - La Divine Comédie, trad. Lamennais, 1910.djvu/94]]==
 
 
Il s’enfuit sans dire un mot de plus ; et je vis un Centaure plein de rage venir, criant : « Où est-il, où est-il, l’obstiné ? » Je ne crois pas que dans la Maremme <ref>Avec les autres Centaures, dans le Cercle des Violents.</ref>, soient autant de couleuvres qu’il en avait depuis la croupe jusque-là où commence la face. Sur ses épaules, derrière la nuque, s’étendait, les ailes déployées, un dragon qui embrase tout ce qu’il heurte. Mon maître dit : « Celui-ci est Casus, qui, sous le rocher du mont Aventin, maintes fois fit un lac de sang. Il ne va point avec ses frères par le même chemin1, à cause du vol que, par fraude, il lit du grand troupeau voisin de lui <ref>Le troupeau de quatre taureaux et de quatre vaches superbes qu’Hercule, après les avoir enlevés à Gérion, roi d’Espagne, faisait paître près du mont Aventin. (Voyez ''Enéide'', liv. VII).</ref> ; d’où ses œuvres louches eurent leur fin, sous la massue d’Hercule, qui cent fois peut-être le frappa, et il ne le sentit pas dix <ref>Etant mort avant d’avoir reçu le dixième coup.</ref>. »
Si maintenant, lecteur, tu es lent à croire ce que je dirai, ce ne sera pas merveille, puisqu’à peine le crois-je, moi qui le vis.
 
Comme fixement je les regardais, un serpent à six pattes s’élança sur l’un d’eux, et tout entier s’attachant à lui, avec ses pattes du milieu il lui lia le ventre, et avec celles de devant il saisit ses bras, puis enfonça les dents dans l’une et l’autre joue ; il étendit les pattes de derrière sur les cuisses, entre lesquelles il darda la queue, la ramenant par derrière en haut sur les reins. Jamais lierre ne serra si étroitement un arbre, qu’aux membres de l’autre l’horrible bête enlaça les siens. Puis ils se collèrent comme s’ils eussent été de cire fondue, et leurs couleurs se mélangèrent : déjà de l’un et de l’autre l’apparence était incertaine : Comme, exposé au feu, le papier prend au-dessus une teinte brune ; il n’est pas noir encore, et le blanc meurt. Les deux autres les regardaient, et chacun d’eux criait : « Oh ! Agnel <ref>Agnello Brunellesohi, Florentin.</ref>, comme tu changes ! Vois, déjà tu n’es ni deux ni un. »
==[[Page:Dante - La Divine Comédie, trad. Lamennais, 1910.djvu/95]]==
cuisses, entre lesquelles il darda la queue, la ramenant par derrière en haut sur les reins. Jamais lierre ne serra si étroitement un arbre, qu’aux membres de l’autre l’horrible bête enlaça les siens. Puis ils se collèrent comme s’ils eussent été de cire fondue, et leurs couleurs se mélangèrent : déjà de l’un et de l’autre l’apparence était incertaine : Comme, exposé au feu, le papier prend au-dessus une teinte brune ; il n’est pas noir encore, et le blanc meurt. Les deux autres les regardaient, et chacun d’eux criait : « Oh ! Agnel <ref>Agnello Brunellesohi, Florentin.</ref>, comme tu changes ! Vois, déjà tu n’es ni deux ni un. »
 
Les deux têtes n’en faisaient plus qu’une, lorsqu’y apparurent deux figures mêlées sur une face devenue celle des deux perdus <ref>L’homme et le démon sous la forme de serpent, tombés tous deux, perdus tous deux. On peut aussi entendre que les deux formes se confondaient, se perdaient l’une dans l’autre.</ref>. De quatre pièces se firent les deux bras ; les cuisses avec les jambes, le ventre et le buste, devinrent des membres qu’on vit jamais. Tout avait là dépouillé son premier aspect ; la forme transmuée était celle de deux et n’était celle d’aucun, et telle elle s’en allait à pas lents.
 
Comme, sous l’ardeur des jours caniculaires, le lézard, changeant de haie, traverse, pareil à l’éclair, le chemin, ainsi, s’élançant vers le ventre des deux autres, paraissait un petit serpent irrité, livide et noir comme un grain de poivre. A l’un d’eux il piqua cette partie <ref>Le nombril.</ref> par où nous prenons notre première nourriture, puis tomba étendu devant lui. Le piqué le regarda, et ne dit rien ; mais, s’arrêtant, il se roidissait sur ses pieds, il bâillait comme si le sommeil ou la fièvre l’eût assailli. Il regardait le serpent, et le serpent lui : l’un fortement fumait par la plaie, l’autre par la bouche, et les fumées se rencontraient. Que désormais Lucain se taise, qu’il ne parle plus du malheureux Sabellus et de Nasidius <ref>C’était deux soldats de Caton, lesquels, traversant la Libye, furent piqués par des serpents venimeux. Sabellus, intérieurement brûlé par le poison, tomba en cendres ; Nasidius enfla tellement, que sa peau se rompit. (Pharsale, liv. IX.)</ref>, et qu’il écoute ce qu’à présent je raconte ! Que de Cadmus et d’Aréthuse se taise Ovide <ref>''Métamorphoses'', liv. III et liv. V.</ref> ! Si, poétisant, il change en serpent celui-là, et celle-ci en fontaine, je ne l’envie point ; jamais l’une dans l’autre il ne transforma deux natures, de sorte que promptes fussent les deux Formes à échanger leur matière ; elles se correspondirent tellement que le serpent fendit en fourche sa queue, et que le blessé réunit les pieds. Jambes et cuisses si bien se pénétrèrent, qu’en peu il ne parut aucune trace de jointure. La queue fendue prenait la forme qui se perdait là ; sa peau s’amollissait, et celle de l’autre se durcissait. Je vis les bras rentrer sous les aisselles, et les deux pieds de la bête, qui étaient courts, s’allonger autant que ceux-là se raccourcissaient. Ensuite, tordus ensemble, les pieds de derrière devinrent le membre que l’homme cache, et le malheureux vil le sien se transformer eu deux pieds. Tandis que la fumée les revêt d’une couleur nouvelle, recouvrant celui-ci de poil, et dépilant celui-là, l’un se leva, et l’autre tomba, sans détourner les yeux impies au-dessous desquels la face changeait. Celui qui était debout retira le museau vers les tempes, el par le trop de matière qui vint là, des joues élargies saillirent les oreilles. De ce qui ne se porte pas en arrière et resta, un nez se fit à la lacs, et les lèvres se grossirent autant qu’il convenait. Celui qui gisait, à terre chassa le museau en avant, et retira les oreilles dans la tête, connue la limace fait de ses cornes ; et la langue, une auparavant et prête à parler, se fendit ; et dans l’autre la fourche se referma, et cessa de fumer. L’âme, devenue bête, s’enfuit en sifflant dans la vallée, et l’autre derrière lui en parlant crache. Puis à celui-là il tourne les épaules nouvelles, et dit à l’autre <ref>A celui des trois qui n’avait pas subi de transformation, Puccio Sciancato, qu’il nomme plus loin.</ref> : « Je veux que Buoso <ref>Buoso degli Allati, changé en serpent.</ref> coure à quatre pattes, comme je l’ai fait par ce sentier. » Ainsi vis-je le septième lest <ref>Le septième ''lest'', ce sont les pécheurs de la septième ''bolge'', que le Poète compare aux ordures qui remplissent la sentine d’un vaisseau.</ref> muer et transmuer ; et que la nouveauté m’excuse si ma plume a erré en quelque chose.
==[[Page:Dante - La Divine Comédie, trad. Lamennais, 1910.djvu/96]]==
raconte ! Que de Cadmus et d’Aréthuse se taise Ovide <ref>''Métamorphoses'', liv. III et liv. V.</ref> ! Si, poétisant, il change en serpent celui-là, et celle-ci en fontaine, je ne l’envie point ; jamais l’une dans l’autre il ne transforma deux natures, de sorte que promptes fussent les deux Formes à échanger leur matière ; elles se correspondirent tellement que le serpent fendit en fourche sa queue, et que le blessé réunit les pieds. Jambes et cuisses si bien se pénétrèrent, qu’en peu il ne parut aucune trace de jointure. La queue fendue prenait la forme qui se perdait là ; sa peau s’amollissait, et celle de l’autre se durcissait. Je vis les bras rentrer sous les aisselles, et les deux pieds de la bête, qui étaient courts, s’allonger autant que ceux-là se raccourcissaient. Ensuite, tordus ensemble, les pieds de derrière devinrent le membre que l’homme cache, et le malheureux vil le sien se transformer eu deux pieds. Tandis que la fumée les revêt d’une couleur nouvelle, recouvrant celui-ci de poil, et dépilant celui-là, l’un se leva, et l’autre tomba, sans détourner les yeux impies au-dessous desquels la face changeait. Celui qui était debout retira le museau vers les tempes, el par le trop de matière qui vint là, des joues élargies saillirent les oreilles. De ce qui ne se porte pas en arrière et resta, un nez se fit à la lacs, et les lèvres se grossirent autant qu’il convenait. Celui qui gisait, à terre chassa le museau en avant, et retira les oreilles dans la tête, connue la limace fait de ses cornes ; et la langue, une auparavant et prête à parler, se fendit ; et dans l’autre la fourche se referma, et cessa de fumer. L’âme, devenue bête, s’enfuit en sifflant dans la vallée, et l’autre derrière lui en parlant crache. Puis à celui-là il tourne les épaules nouvelles, et dit à l’autre <ref>A celui des trois qui n’avait pas subi de transformation, Puccio Sciancato, qu’il nomme plus loin.</ref> : « Je veux que Buoso <ref>Buoso degli Allati, changé en serpent.</ref> coure à quatre pattes, comme je l’ai fait par ce sentier. » Ainsi vis-je le septième lest <ref>Le septième ''lest'', ce sont les pécheurs de la septième ''bolge'', que le Poète compare aux ordures qui remplissent la sentine d’un vaisseau.</ref> muer et transmuer ; et que la nouveauté m’excuse si ma plume a erré en quelque chose.
==[[Page:Dante - La Divine Comédie, trad. Lamennais, 1910.djvu/97]]==
 
Quoique ma vue fût un peu confuse et mon âme étonnée, ceux-là, en fuyant, ne purent si bien se celer, que je ne, reconnusse Puccio Sciancato ; et, des trois compagnons qui vinrent d’abord, il était le seul qui ne fût pas transformé. L’autre <ref>Celui qui, sous la forme du serpent, piqua Buoso au ventre.</ref> était celui à cause de qui, Gavillé, tu pleures <ref>Masser Guercio Cacalcante, Florentin. Il fut tué dans un village du val d’Arno, nommé Gavillé, et sa mort fut vengée par celle de beaucoup d’habitants de ce village.</ref>.
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