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Mrs. Weldon, demeurée seule, ne s’attacha, tout d’abord, qu’à cette pensée, c’est que huit jours s’écouleraient avant que Negoro ne revînt lui demander une réponse définitive. C’était le temps de réfléchir et de prendre un parti. De la probité du Portugais, il ne pouvait être question, mais de son intérêt. La « valeur marchande » qu’il attribuait à sa prisonnière devait évidemment sauvegarder celle-ci, et la prémunir, momentanément au moins, contre toute tentative qui pourrait la mettre en danger. Peut-être trouverait-elle un moyen terme qui lui permettrait d’être rendue à son mari, sans que James Weldon fût obligé de venir à Kazonndé. Sur une lettre de sa femme, elle le savait bien, James Weldon partirait, il braverait les périls de ce voyage dans les plus dangereuses contrées de l’Afrique. Mais, une fois à Kazonndé, lorsque Negoro aurait entre les mains cette fortune de cent mille dollars, quelle garantie James W. Weldon, sa femme, son enfant, cousin BenedictBénédict, auraient-ils qu’on les laisserait repartir ? Un caprice de la reine Moina ne pouvait-il les en empêcher ? Cette « livraison » de Mrs. Weldon et des siens ne se ferait-elle pas dans de meilleures conditions, si elle s’opérait à la côte, en un point déterminé, ce qui épargnerait à James W. Weldon et les dangers du voyage à l’intérieur, et les difficultés, pour ne pas dire les impossibilités, du retour ?
 
C’est à quoi réfléchissait Mrs. Weldon. C’est pourquoi elle avait refusé tout d’abord d’accéder à la proposition de Negoro et de lui donner une lettre pour son mari. Elle pensa aussi que si Negoro avait remis sa seconde visite à huit jours, c’était sans doute parce qu’il lui fallait ce temps pour préparer son voyage, sinon il fût revenu plus vite lui forcer la main.
José-Antonio Alvez trouvait que les explorations de ces hardis pionniers ne pouvaient que nuire à la liberté des opérations commerciales. Son interlocuteur partageait absolument sa manière de voir, et pensait que tous ces visiteurs, civils ou religieux, devraient être reçus à coups de fusil.
 
C’était bien un peu ce qui se faisait ; mais, au grand déplaisir des négociants, si l’on tuait quelques-uns de ces curieux, il en passait quelques autres. Or, ceux-ci, de retour dans leur pays, racontaient « en exagérant », disait Alvez, les horreurs de la traite, et cela nuisait énormément à ce commerce, beaucoup trop déconsidéré déjà. Le métis en convenait et le déplorait, surtout en ce qui concernait les marchés de N’yangwé, d’Oujiji, de Zanzibar et de toute la région des grands lacs. Là étaient successivement venus Speke, Grant, Livingstone., Stanley et autres. C’était un envahissement ! Bientôt, toute l’Angleterre et toute l’Amérique auraient occupé la contrée !
 
Alvez plaignait sincèrement son confrère, et il avouait que les provinces de l’Afrique occidentale avaient été jusqu’ici moins maltraitées, c’est-à-dire moins visitées ; mais l’épidémie de voyageurs commençait à se répandre. Si Kazonndé avait été épargnée, il n’en était pas ainsi de Cassange et de Bihé, où Alvez possédait des factoreries. On se rappelle même qu’Harris avait parlé à Negoro d’un certain lieutenant Cameron qui pourrait bien avoir l’outrecuidance de traverser l’Afrique d’une côte à l’autre, et, après y être entré par Zanzibar, d’en sortir par l’Angola.
Deux ans après, en 1849, Livingstone quittait Kolobeng avec sa femme, ses trois enfants, et deux amis, MM. Oswell et Murray. Le 1er août de la même année, il découvrait le lac N’gami, et revenait à Kolobeng, en descendant le cours du Zouga.
 
Pendant ce voyage., Livingstone, arrêté par le mauvais vouloir des indigènes, n’avait pu dépasser le N’gami. Une seconde tentative ne fut pas plus heureuse. Une troisième devait réussir. Reprenant alors la route du nord avec sa famille et M. Oswell, après des misères effroyables, manque de vivres, manque d’eau, qui pensèrent lui coûter la vie de ses enfants, il atteignait, le long du Chobé, affluent du Zambèze, le pays des Makalolos. Leur chef, Sébituané, le rejoignait à Linyanti. À la fin de juin 1851, le Zambèze était découvert, et le docteur revenait au Cap pour rapatrier sa famille en Angleterre.
 
En effet, l’intrépide Livingstone voulait être seul à risquer sa vie dans l’audacieux voyage qu’il allait entreprendre.
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