« De la démocratie en Amérique/Édition 1848 » : différence entre les versions

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==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/4]]==
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{{c|Influence de la démocratie sur les mœurs proprement dites}}
s’adoucissent. Ces deux choses sont-elles seulement contemporaines,
ou existe-t-il entre elles quelque lien secret, de telle
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/5]]==
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sorte que l’une ne puisse avancer sans faire marcher l’autre ?
 
une sympathie continuelle et active qui ne peut jamais se rencontrer
au même degré parmi les citoyens d’une démocratie.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/6]]==
1848, tome 4.djvu/6]]==
 
Mas il n’en est pas de même des différentes classes vis-à-vis les unes
 
Il est évident que ces obligations mutuelles ne
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/7]]==
1848, tome 4.djvu/7]]==
naissaient pas du droit naturel, mais du droit politique, et que la
société obtenait plus que l’humanité seule n’eût pu faire. Ce n’était
instinct plutôt qu’à une passion ; comme ils ne se formaient pas une
idée nette des
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/8]]==
1848, tome 4.djvu/8]]==
souffrances du pauvre, ils s’intéressaient faiblement à son sort.
 
Provence ? Il n’y aurait pas satisfaction à baiser toute la Bretagne,
à moins
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/9]]==
1848, tome 4.djvu/9]]==
qu’on n’aimât à sentir le vin. Voulez-vous savoir des nouvelles de
Rennes ? On a fait une taxe de cent mille écus, et si on ne trouve
 
: « Vous me parlez bien plaisamment de nos {{tiret|mi|sères ;}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/10]]==
1848, tome 4.djvu/10]]==
{{tiret2|mi|sères ;}} nous ne sommes plus si roués ; un en huit jours,
pour entretenir la justice. Il est vrai que la penderie me parait
Quand les rangs sont presque égaux chez un peuple, tous les hommes
ayant à peu près la même
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/11]]==
1848, tome 4.djvu/11]]==
manière de penser et de sentir, chacun d’eux peut juger en un moment
des sensations de tous les autres : il jette un coup d’œil rapide sur
plus de béni­gnité qu’aux États-Unis. Tandis que les Anglais semblent
vouloir conserver précieuse­ment dans leur législation
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/12]]==
1848, tome 4.djvu/12]]==
pénale les traces sanglantes du Moyen Âge, les Américains ont presque
fait disparaître la peine de mort de leurs codes.
C’est donc à cette égalité qu’il faut attribuer sa douceur, plus
encore qu’à la civili­sation et aux lumières.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/13]]==
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Ce que je viens de dire des individus s’applique jusqu’à un certain
uns aux autres, ils se montrent réciproquement plus compatissants pour
leurs misères, et le droit des gens s’adoucir.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/14]]==
1848, tome 4.djvu/14]]==
 
{{t3|Comment la démocratie rend les rapports habituels des Américains
sorte d’inquiétude secrète ; puis ils se détournent, ou, s’ils
s’abordent, ils ont soin de ne se parler que d’un air contraint
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/15]]==
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et distrait, et de dire des choses peu importantes.
 
paraître : ce qui n’est point impossible. Comme la valeur
{{tiret|so|ciale}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/16]]==
1848, tome 4.djvu/16]]==
{{tiret2|so|ciale}} des hommes n’est plus fixée d’une manière
ostensible et permanente par le sang, et qu’elle varie à l’infini
amitié mal assortie ; on craint les bons offices, et l’on se soustrait
à la {{tiret|reconnais|sance}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/17]]==
1848, tome 4.djvu/17]]==
{{tiret2|reconnais|sance}} indiscrète d’un inconnu aussi soigneusement
qu’à sa haine.
seul qu’ils sont Américains. Il n’y a point de préjugé qui les
repousse, et
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/18]]==
1848, tome 4.djvu/18]]==
la communauté de patrie les attire. À deux Anglais le même sang ne
suffit point : il faut que le même rang les rapproche.
de dire que la réserve des Anglais découle de la Constitution du Pays
bien plus que de celle des citoyens.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/19]]==
1848, tome 4.djvu/19]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/20]]==
1848, tome 4.djvu/20]]==
 
{{t3|Pourquoi les américains ont si peu de susceptibilité dans leur
sont soumis à des conventions à peu près fixes. Chacun croit alors
savoir, d’une manière précise, par
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/21]]==
1848, tome 4.djvu/21]]==
quel signe il convient de témoigner son respect ou de marquer sa
bienveillance, et l’étiquette est une science dont on ne suppose pas
lui devoir. Il ne s’aperçoit donc pas qu’on lui manque, ou bien il le
pardonne ; ses manières en deviennent
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/22]]==
1848, tome 4.djvu/22]]==
moins courtoises, et ses mœurs plus simples et plus mâles.
 
Les institutions politiques des États-Unis mettent sans cesse en
contact les citoyens de toutes
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/23]]==
1848, tome 4.djvu/23]]==
les classes et les forcent de suivre en commun de grandes
entre­prises. Des gens ainsi occupés n’ont guère le temps de songer
Ce qui surprend au premier abord, c’est que ce même homme transporté
en Euro­pe y devient
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/24]]==
1848, tome 4.djvu/24]]==
tout à coup d’un commerce méticuleux et difficile, à ce point que
souvent je rencontre autant de difficulté à ne point l’offenser que
distinctes pour se haïr et se mépriser, et assez rapprochées pour
qu’il soit tou­jours prêt à les confondre, Il craint de se poser trop
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/25]]==
1848, tome 4.djvu/25]]==
haut, et surtout d’être rangé trop bas : ce double péril tient
constamment son esprit à la gêne et embarrasse sans cesse ses actions
Ce n’est pas tout encore, et voici bien un autre détour du cœur
humain.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/26]]==
1848, tome 4.djvu/26]]==
 
Un Américain parle tous les jours de l’admirable égalité qui règne aux
s’habituait pas à voir l’esprit se cacher ainsi sous des formes
vulgaires.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/27]]==
1848, tome 4.djvu/27]]==
 
 
moins empruntés dans le nôtre.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/28]]==
1848, tome 4.djvu/28]]==
 
{{t3|Conséquences des trois chapitres précédents|CHAPITRE IV.}}
rare que ceux-ci le lui refusent, et j’ai observé souvent qu’ils le
lui accordaient spontanément avec un grand zèle.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/29]]==
1848, tome 4.djvu/29]]==
 
Survient-il quelque accident imprévu sur la voie publique, on accourt
d’autrui, il arrive presque toujours quelque moment où ils ne
sau­raient s’en passer.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/30]]==
1848, tome 4.djvu/30]]==
 
Nous voyons tous les jours en Europe que les hommes d’une même
Plus les conditions deviennent semblables, et plus les hommes laissent
voir cette disposition réciproque à s’obliger.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/31]]==
1848, tome 4.djvu/31]]==
 
Dans les démocraties, où l’on n’accorde guère de grands bienfaits, on
 
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/32]]==
1848, tome 4.djvu/32]]==
 
 
On dirait qu’ils craignent de commander. L’attitude du supérieur et
de l’inférieur est mal gardée.»
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/33]]==
1848, tome 4.djvu/33]]==
 
Cette remarque est juste, et je l’ai faite moi-même bien des fois.
que les positions changent. Ce sont deux sociétés
{{tiret|super|posées}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/34]]==
1848, tome 4.djvu/34]]==
{{tiret2|super|posées}} l’une à l’autre, toujours distinctes, mais
régies par des principes analogues.
examiner de près et dans le détail les opinions principales qui
dirigent ces hommes, l’analogie paraît plus frappante encore, </ref>.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/35]]==
1848, tome 4.djvu/35]]==
 
Parce qu’une classe est basse, il ne faut pas croire que tous ceux qui
contact, le goût de l’étiquette, des traditions et de
l’Antiquité.</ref>
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/36]]==
1848, tome 4.djvu/36]]==
la bassesse humaine ; sous l’ancienne monarchie, lorsqu’on voulait
peindre en un moment un être vil et dégradé, on disait de lui qu’il
les mœurs de ceux qui lui obéissent, et son influence s’étend beaucoup
plus loin encore que son autorité.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/37]]==
1848, tome 4.djvu/37]]==
 
Dans les sociétés aristocratiques, non seulement il y a des familles
De leur côté, les serviteurs ne sont pas éloignés de se considérer
sous le même point de vue, et ils
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/38]]==
1848, tome 4.djvu/38]]==
s’identifient quelquefois à la personne du maître, de telle sorte
qu’ils en deviennent enfin l’accessoire, à leurs propres yeux comme
Ces passions de maîtres transportées dans des âmes de valets y
prennent les di­men­sions {{tiret|natu|relles}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/39]]==
1848, tome 4.djvu/39]]==
{{tiret2|natu|relles}} du lieu qu’elles occupent ; elles se
rétrécissent et s’abaissent. Ce qui était orgueil chez le premier
cesse de place ; il y a encore une classe de valets et une classe de
maîtres ;
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/40]]==
1848, tome 4.djvu/40]]==
mais ce ne sont pas toujours les mêmes individus, ni surtout les mêmes
familles qui les composent ; et il n’y a pas plus de perpétuité dans
Dans les démocraties, les serviteurs ne sont pas seulement égaux entre
eux ; on peut dire
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/41]]==
1848, tome 4.djvu/41]]==
qu’ils sont, en quelque sorte, les égaux de leurs maîtres.
 
assigne, d’une manière générale, à la valeur de l’hom­me, de certaines
limites au-dessus ou {{tiret|au-|dessous}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/42]]==
1848, tome 4.djvu/42]]==
{{tiret2|au-|dessous}} desquelles il est difficile qu’aucun homme
reste longtemps placé.
que les officiers et peut parvenir aux mêmes emplois ; hors des rangs,
il se
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/43]]==
1848, tome 4.djvu/43]]==
considère comme parfaitement égal à ses chefs, et il l’est en effet ;
mais sous le drapeau il ne fait nulle difficulté d’obéir, et son
verra pas leurs descendants ; il n’a rien à en attendre de durable.
Pourquoi confondrait-il son existence
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/44]]==
1848, tome 4.djvu/44]]==
avec la leur, et d’où lui viendrait ce singulier abandon de lui-même ?
La position réciproque est changée ; les rapports doivent l’être.
 
Il m’a semblé voir que ceux-là transportaient
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/45]]==
1848, tome 4.djvu/45]]==
dans la servitude quelques-unes des habitudes viriles que
l’indépendance et l’égalité font naître. Ayant une fois choisi une
lesquelles l’égalité se fonde au milieu du tumulte d’une révolution
alors que la démocratie, après s’être établie dans l’état social,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/46]]==
1848, tome 4.djvu/46]]==
lutte encore avec peine contre les préjugés et les mœurs ?
 
domesticité n’abais­se point l’âme de ceux qui s’y soumettent, parce
qu’ils n’en connaissent et qu’ils n’en imaginent pas d’autres, et
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/47]]==
1848, tome 4.djvu/47]]==
que la prodigieuse inégalité qui se fait voir entre eux et le maître
leur semble l’effet nécessaire et inévitable de quelque loi cachée de
leur cœur contre une infériorité à laquelle ils se sont soumis
eux-mêmes et dont ils profitent. Ils consentent à servir, et ils ont
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/48]]==
1848, tome 4.djvu/48]]==
honte d’obéir ; ils aiment les avan­tages de la servitude, mais point
le maître, ou, pour mieux dire, ils ne sont pas sûrs que ce ne soit
Un pareil état n’est pas démocratique, mais révolutionnaire.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/49]]==
1848, tome 4.djvu/49]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/50]]==
1848, tome 4.djvu/50]]==
 
 
accroître le nombre des propriétaires et à diminuer celui des
fermiers. Toutefois ce qui se passe aux États-Unis doit
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/51]]==
1848, tome 4.djvu/51]]==
être attribué, bien moins aux institutions du pays, qu’au pays
lui-même. En Amérique, la terre coûte peu, et chacun devient aisément
rapproche et qui discutent rigoureusement entre eux une affaire, dont
le seul sujet est l’argent.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/52]]==
1848, tome 4.djvu/52]]==
 
A mesure que les biens se partagent et que la richesse se disperse çà
; il ne lui impor­te guère de capter la bienveillance particulière de
son fermier.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/53]]==
1848, tome 4.djvu/53]]==
 
Une aristocratie ne meurt point comme un homme, en un jour. Son
européens ont adoptées et dans les pas­sions démocratiques qui agitent
plus ou moins tous les autres.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/54]]==
1848, tome 4.djvu/54]]==
 
J’ai souvent entendu de grands propriétaires anglais se féliciter de
 
En cette disposition, le propriétaire et le {{tiret|fer|mier}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/55]]==
1848, tome 4.djvu/55]]==
{{tiret2|fer|mier}} lui-même ressentent une sorte d’horreur
instinctive pour les obligations à long terme ; ils ont peur de se
c’est le cœur de l’homme.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/56]]==
1848, tome 4.djvu/56]]==
 
 
L’ouvrier conçoit une idée plus élevée de ses droits, de son avenir,
de lui-même ; une nouvelle
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/57]]==
1848, tome 4.djvu/57]]==
ambition, de nouveaux désirs le remplissent, de nouveaux besoins
l’assiè­gent. À tout moment, il jette des regards pleins de
qu’ils sont plus indépendants, ils peuvent plus aisément obtenir
l’élévation des salaires.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/58]]==
1848, tome 4.djvu/58]]==
 
Je prendrai pour exemple l’industrie qui, de notre temps, est encore
 
Ceci influe puissamment sur le taux des salaires.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/59]]==
1848, tome 4.djvu/59]]==
 
Comme il faut être déjà très riche pour entreprendre les grandes
homme riche, peut attendre aisément, sans se ruiner, que la nécessité
les lui ramène ; mais eux, il leur faut travailler tous les
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/60]]==
1848, tome 4.djvu/60]]==
jours pour ne pas mourir ; car ils n’ont guère d’autre pro­priété que
leurs bras. L’oppression les a dès longtemps appauvris, et ils sont
nouveaux chemins vers la fortune, de faire que quelques-uns supportent
en paix leurs besoins et leurs désirs.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/61]]==
1848, tome 4.djvu/61]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/62]]==
1848, tome 4.djvu/62]]==
 
{{t3|Influence de la démocratie sur la famille|CHAPITRE VIII.}}
 
Tout le monde a remarqué que, de nos jours,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/63]]==
1848, tome 4.djvu/63]]==
il s’était établi de nouveaux rapports entre les différents membres de
la famille, que la distance qui séparait jadis le père de ses fils
habitudes, les mêmes principes qui poussent l’un à se saisir de
l’indé­pendance, disposent l’autre à en
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/64]]==
1848, tome 4.djvu/64]]==
considérer l’usage comme un droit incon­tes­table.
 
qui ont lieu dans la famille sont étroitement liés à la révolution
sociale et
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/65]]==
1848, tome 4.djvu/65]]==
politique qui achève de s’accomplir sous nos yeux,
 
qu’on peut dire qu’il n’y a rien de plus politique chez un peuple que
la législation civile.</ref>
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/66]]==
1848, tome 4.djvu/66]]==
au milieu de la foule pour le plier isolément aux lois communes, il
n’est pas besoin de semblable intermédiaire ; le père n’est, aux yeux
 
Quand les hommes vivent dans le souvenir de
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/67]]==
1848, tome 4.djvu/67]]==
ce qui a été, plutôt que dans la préoccupation de ce qui est, et
qu’ils s’inquiètent bien plus de ce que leurs ancêtres ont pensé
L’habitude et le besoin les rapprochent et les forcent à communiquer à
chaque instant l’un avec l’autre ; il ne
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/68]]==
1848, tome 4.djvu/68]]==
peut donc manquer de s’établir entre eux une sorte d’intimité
familière qui rend l’autorité moins absolue, et qui s’accommode mal
 
Dans la famille démocratique, le père n’exerce
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/69]]==
1848, tome 4.djvu/69]]==
guère d’autre pouvoir que celui qu’on se plaît à accorder à la
tendresse et à l’expérience d’un vieillard. Ses ordres se­raient
aristocratique, toutes les places sont marquées. Non seulement le
père y occupe
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/70]]==
1848, tome 4.djvu/70]]==
un rang à part et y jouit d’immenses privilèges ; les enfants
eux-mêmes ne sont point égaux entre eux : l’âge et le sexe fixent
 
La démocratie attache aussi les frères les uns
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/71]]==
1848, tome 4.djvu/71]]==
aux autres ; mais elle s’y prend d’une autre manière.
 
Ils conserveraient volontiers les habitudes domestiques de la
démo­cratie, pourvu qu’ils pussent rejeter son état social et ses
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/72]]==
1848, tome 4.djvu/72]]==
lois. Mais ces choses se tiennent, et l’on ne saurait jouir des unes
sans souf­frir les autres.
aisément à de nouvelles, fait disparaître entièrement la plupart des
sentiments qui naissent de ces {{tiret|conven|tions.}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/73]]==
1848, tome 4.djvu/73]]==
{{tiret2|conven|tions.}} Mais elle ne fait que modifier les autres, et
souvent elle leur donne une énergie et une douceur qu’ils n’avaient
sépare les citoyens.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/74]]==
1848, tome 4.djvu/74]]==
 
{{t3|Éducation des jeunes filles aux États-Unis|CHAPITRE IX.}}
Cette indépendance est encore plus grande dans les pays protestants
qui, ainsi que l’Angleterre, ont
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/75]]==
1848, tome 4.djvu/75]]==
conservé ou acquis le droit de se gouverner eux-mêmes. La liberté
pénètre alors dans la famille par les habitudes politiques et par les
fille d’Améri­que cette candeur virginale au milieu des naissants
désirs,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/76]]==
1848, tome 4.djvu/76]]==
non plus que ces grâces naïves et ingénues qui accompagnent
d’ordinaire chez l’Européenne le passage de l’enfance à la jeunesse.
opinions et dans nos goûts, des débris de tous les âges, il nous
arrive souvent de donner aux femmes une éducation {{tiret|ti|mide,}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/77]]==
1848, tome 4.djvu/77]]==
{{tiret2|ti|mide,}} retirée et presque claustrale, comme au temps de
l’aris­tocratie, et nous les abandonnons ensuite tout à coup, sans
désir de maintenir la jeune fille dans une perpétuelle et complète
ignorance, ils
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/78]]==
1848, tome 4.djvu/78]]==
se sont hâtés de lui donner une connaissance précoce de toutes choses.
Loin de lui cacher les corruptions du monde, ils ont voulu qu’elle les
moins de charmes. Mais ce sont là des maux secondaires, qu’un intérêt
plus grand doit faire braver. Parvenus au point où nous sommes, il ne
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/79]]==
1848, tome 4.djvu/79]]==
nous est plus permis de faire un choix : il faut une éducation
démocratique pour garantir la femme des périls dont les institutions
et les mœurs de la démocratie l’environnent.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/80]]==
1848, tome 4.djvu/80]]==
 
 
le suppose, et il est naturel que les Américains passent par l’un pour
arriver à l’autre.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/81]]==
1848, tome 4.djvu/81]]==
 
Les peuples religieux et les nations industrielles se font une idée
trouve, dans la fermeté de sa raison et dans les habitudes viriles que
son éducation lui a données, l’énergie de s’y soumettre.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/82]]==
1848, tome 4.djvu/82]]==
 
On peut dire que c’est dans l’usage de l’indépendance qu’elle a puisé
 
Lorsque le temps est arrivé de choisir un
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/83]]==
1848, tome 4.djvu/83]]==
époux, cette froide et austère raison que la libre vue du monde a
éclairée et affermie indique à L’Américaine qu’un esprit léger et
 
La plupart des aventuriers qui vont peupler
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/84]]==
1848, tome 4.djvu/84]]==
chaque année les solitudes de l’Ouest appartiennent, ainsi que je l’ai
dit dans mon premier ouvrage, à l’ancienne race anglo-américaine du
l’esprit est le même.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/85]]==
1848, tome 4.djvu/85]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/86]]==
1848, tome 4.djvu/86]]==
 
 
C’est se tirer d’affaire à bon marché, et, à ce compte, il suffirait
d’une sphère et d’un compas pour résoudre en un instant l’un des
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/87]]==
1848, tome 4.djvu/87]]==
plus difficiles problèmes que l’humanité présente.
 
On entend souvent les philosophes et les hommes d’État s’y plaindre de
ce que les mœurs ne sont pas assez
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/88]]==
1848, tome 4.djvu/88]]==
régulières, et la littérature le fait supposer tous les jours.
 
 
Ceci ne se voit pas de même quand l’égalité des
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/89]]==
1848, tome 4.djvu/89]]==
conditions a fait tomber toutes les barrières imaginaires ou réelles
qui séparaient l’homme de la femme. Il n’y a point alors de jeune
lecteurs de pareilles excuses vraisemblables ; leurs usages, leurs
lois, s’y refusent et, </ref>.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/90]]==
1848, tome 4.djvu/90]]==
 
Dans un pays où la femme exerce toujours librement son choix, et où
cause qu’il faut attribuer le petit nombre de romans qui se publient
aux États-Unis.</ref>
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/91]]==
1848, tome 4.djvu/91]]==
{{tiret2|d’ordi|naire}} que la similitude des goûts et des idées qui
rapproche l’homme et la femme ; et cette même similitude les retient
la capacité de juger, manquent de toutes ces garanties. On ne saurait
être surpris qu’elles fassent un mauvais usage de leur
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/92]]==
1848, tome 4.djvu/92]]==
libre arbitre, la première fois qu’elles en usent ; ni qu’elles
tombent dans de si cruel­les erreurs lorsque, sans avoir reçu
violemment un homme d’une erreur commune, l’entraîne presque toujours
hors de la raison ; que, pour oser déclarer une guerre,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/93]]==
1848, tome 4.djvu/93]]==
même légitime, aux idées de son siècle et de son pays, il faut avoir
dans l’esprit une certaine disposition violente et aventureuse, et que
médiocrité des fortunes y oblige la fem­me à se renfermer chaque jour
dans l’intérieur de sa demeure, afin de {{tiret|pré|sider}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/94]]==
1848, tome 4.djvu/94]]==
{{tiret2|pré|sider}} elle-même, et de très près, aux détails de
l’administration domestique.
loisir de s’y livrer ; elle les en écarte encore par un chemin plus
secret, mais plus sûr.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/95]]==
1848, tome 4.djvu/95]]==
 
Tous les hommes qui vivent dans les temps démocra­tiques contractent
énergie sans pareille plusieurs peuples européens vers la démocratie,
on
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/96]]==
1848, tome 4.djvu/96]]==
ne voit point que chez ces nations les rapports de l’homme et de la
femme soient devenus plus réguliers et plus chastes. Le contraire se
agents, ont d’abord produit des effets semblables. Celles mêmes qui
ont fini par resserrer le lien des mœurs ont commencé par le détendre.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/97]]==
1848, tome 4.djvu/97]]==
 
Les désordres dont nous sommes souvent témoins ne me semblent donc pas
que la démocratie semble n’avoir moralisé que les classes
aristocratiques.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/98]]==
1848, tome 4.djvu/98]]==
 
La révolution, en divisant la fortune des nobles, en les forçant de
 
Je ne puis m’empêcher de croire que, quand
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/99]]==
1848, tome 4.djvu/99]]==
nous aurons obtenu tous les effets de la révolution démocratique,
après être sortis du tumulte qu’elle a fait naître, ce qui n’est vrai
 
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/100]]==
1848, tome 4.djvu/100]]==
 
 
le supérieur, élève la femme et doit de plus en plus en faire l’égale
de l’homme.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/101]]==
1848, tome 4.djvu/101]]==
 
Mais c’est ici, plus que jamais, que je sens le besoin d’être bien
facultés un emploi divers ; et ils ont jugé que le progrès ne
consistait point à faire faire à peu près les mêmes choses à des
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/102]]==
1848, tome 4.djvu/102]]==
êtres dissemblables, mais à obtenir que chacun d’eux s’acquittât le
mieux possible de sa tâche. Les Américains ont appliqué aux deux
et une éner­gie toute virile, conservent en général une apparence très
délicate, et restent tou­jours femmes par les manières, bien
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/103]]==
1848, tome 4.djvu/103]]==
qu’elles se montrent hommes quelquefois par l’esprit et le cœur.
 
moins, le sentiment qu’expriment les plus vertueuses : les autres se
taisent, et l’on n’entend point aux États-Unis d’épouse adultère
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/104]]==
1848, tome 4.djvu/104]]==
réclamer bruyamment les droits de la femme, en foulant aux pieds ses
plus saints devoirs.
le même jour, et qu’elles ne sont pas éloignées de considérer comme un
privilège la faculté qu’on
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/105]]==
1848, tome 4.djvu/105]]==
leur laisse de se montrer futiles, faibles et craintives. Les
Américaines ne réclament point de semblables droits.
dispositions du code pénal, punissent de mort le viol ; et il n’est
point de crimes que l’opinion publique poursuive avec une
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/106]]==
1848, tome 4.djvu/106]]==
ardeur plus inexorable. Cela s’explique : comme les Américains ne
conçoivent rien de plus précieux que l’honneur de la femme, et rien de
Les Américains, qui ont laissé subsister dans la société l’infériorité
de la fem­me, l’ont donc élevée
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/107]]==
1848, tome 4.djvu/107]]==
de tout leur pouvoir, dans le monde intellectuel et mo­ral, au niveau
de l’homme ; et, en ceci, ils me paraissent avoir admirablement
répondrais que c’est à la supériorité de ses femmes.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/108]]==
1848, tome 4.djvu/108]]==
 
{{t3|Comment l’égalité divise naturellement les Américains en une
Il n’y a point d’état social ni de lois qui puissent rendre les hommes
tellement semblables,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/109]]==
1848, tome 4.djvu/109]]==
que l’éducation, la fortune et les goûts ne mettent entre eux quelque
diffé­rence, et, si des hommes différents peuvent trouver quelquefois
volontiers tous ses concitoyens pour ses égaux, mais il n’en reçoit
jamais
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/110]]==
1848, tome 4.djvu/110]]==
qu’un très petit nombre parmi ses amis et ses hôtes.
 
instant il peut leur arriver de se confondre tous dans une masse
commune, il se crée une {{tiret|multi|tude}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/111]]==
1848, tome 4.djvu/111]]==
{{tiret2|multi|tude}} de classifi­cations artificielles et arbitraires
à l’aide desquelles chacun cherche à se mettre à l’écart, de peur
aucune d’elles ne ressemblera, par les manières, à la classe
supérieure qui dirige les aristocraties.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/112]]==
1848, tome 4.djvu/112]]==
 
 
plus, elles résultent quelquefois d’une convention arbitraire, entre
certains
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/113]]==
1848, tome 4.djvu/113]]==
hommes. Elles sont en même temps naturelles et acquises.
 
 
Les hommes qui vivent dans les démocraties
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/114]]==
1848, tome 4.djvu/114]]==
sont trop mobiles pour qu’un certain nombre d’entre eux parviennent à
établir un code de savoir-vivre et puissent tenir la main à ce qu’on
ma­nières n’ont ni la régularité ni la grandeur qu’elles font souvent
voir chez les peuples aristocratiques, ni le
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/115]]==
1848, tome 4.djvu/115]]==
tour simple et libre qu’on leur remarque quelquefois dans la
démocratie ; elles sont tout à la fois gênées et sans gêne.
l’exemple de ce qu’ils blâment aux États-Unis ; ils ne s’aperçoi­vent
pas qu’ils se raillent eux-mêmes,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/116]]==
1848, tome 4.djvu/116]]==
pour la grande joie de l’aristocratie de leur pays.
 
précis en fait de savoir-vivre. Ceci a son inconvénient et ses
avantages. Dans
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/117]]==
1848, tome 4.djvu/117]]==
les aristocraties, les règles de la bienséance imposent à chacun la
même apparence ; elles rendent tous les membres de la même classe
après avoir perdu ses biens et son pouvoir ; ni de si fragile, car à
peine ont-elles disparu, qu’on n’en retrouve plus la
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/118]]==
1848, tome 4.djvu/118]]==
trace, et qu’il est difficile de dire ce qu’elles étaient du moment
qu’elles ne sont plus. Un changement dans l’état social opère ce
l’intérieur des cours a fait assez voir que de grands dehors pouvaient
souvent cacher des cœurs fort bas. Mais, si
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/119]]==
1848, tome 4.djvu/119]]==
les manières de l’aristocratie ne faisaient point la vertu, elles
ornaient quelquefois la vertu même. Ce n’était point un spectacle
 
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/120]]==
1848, tome 4.djvu/120]]==
 
 
 
Dans les sociétés aristocratiques, le peuple {{tiret|s’a|bandonne}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/121]]==
1848, tome 4.djvu/121]]==
{{tiret2|s’a|bandonne}} volontiers aux élans d’une gaieté tumultueuse
et bruyante qui l’arrache tout à coup à la contemplation de ses
Dans les pays démocratiques, le pauvre lui-même a une haute idée de sa
valeur personnelle. Il se contemple avec {{tiret|complai|sance}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/122]]==
1848, tome 4.djvu/122]]==
{{tiret2|complai|sance}} et croit volontiers que les autres le
regardent. Dans cette disposition, il veille avec soin sur ses
publique sont livrés tout entiers aux soins d’accroître leur fortune
privée. Chez un pareil peuple, la gravité n’est plus
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/123]]==
1848, tome 4.djvu/123]]==
particulière à certains hommes, elle devient une habitude nationale.
 
air froid, se laissent néanmoins emporter souvent bien loin des
limites de
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/124]]==
1848, tome 4.djvu/124]]==
la raison par une passion soudaine ou une opinion irréfléchie, et il
leur arrive de faire sérieusement des étour­deries singulières.
 
Dans les démocraties, les hommes ne sont {{tiret|ja|mais}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/125]]==
1848, tome 4.djvu/125]]==
{{tiret2|ja|mais}} fixes ; mille hasards les font sans cesse changer
de place, et il règne presque toujours le ne sais quoi d’imprévu et,
Sa curiosité est tout à la fois insatiable et satisfaite à peu de
frais ; car il tient à savoir vite beaucoup, plutôt qu’à bien savoir.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/126]]==
1848, tome 4.djvu/126]]==
 
Il n’a guère le temps, et il perd bientôt le goût d’approfondir.
L’habitude de l’inattention doit être considérée comme le plus grand
vice de l’esprit démocratique.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/127]]==
1848, tome 4.djvu/127]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/128]]==
1848, tome 4.djvu/128]]==
 
 
d’être loués ; et, si vous résistez à leurs instances, ils se louent
eux-mêmes. On dirait que, doutant de leur propre mérite, ils
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/129]]==
1848, tome 4.djvu/129]]==
veulent à chaque instant en avoir le tableau sous leurs yeux. Leur
vanité n’est pas seulement avide, elle est inquiète et envieuse. Elle
louange ne le flatte guère. Il se tient vis-à-vis du monde entier
dans
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/130]]==
1848, tome 4.djvu/130]]==
une réserve pleine de dédain et d’ignorance. Son orgueil n’a pas
besoin d’aliment ; il vit sur lui-même.
 
Lorsque au contraire les conditions diffèrent
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/131]]==
1848, tome 4.djvu/131]]==
peu, les moindres avantages ont de l’importance. Comme chacun voit
autour de soi un million de gens qui en possèdent de tout semblables
Une classe aristocratique diffère toujours profondément des autres
classes de la nation
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/132]]==
1848, tome 4.djvu/132]]==
par l’étendue et la perpétuité des prérogatives ; mais il arrive
quelquefois que plusieurs de ses membres ne diffèrent entre eux que
peuples démocratiques.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/133]]==
1848, tome 4.djvu/133]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/134]]==
1848, tome 4.djvu/134]]==
{{t3|Comment l’aspect de la société, aux États-Unis, est tout à la
fois agité et monotone |CHAPITRE XVII.}}
 
Chez les peuples aristocratiques, chaque homme
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/135]]==
1848, tome 4.djvu/135]]==
est à peu près fixe dans sa sphè­re ; mais les hommes sont
prodigieusement dissemblables ; ils ont des passions, des idées, des
qu’en payant qu’on peut obtenir le concours de chacun d’eux ; ce qui
multiplie à l’infini l’usage de la richesse et en accroît le prix.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/136]]==
1848, tome 4.djvu/136]]==
 
Le prestige qui s’attachait aux choses anciennes ayant disparu, la
richesses dirige principalement les hommes vers l’industrie. Or,
l’industrie, qui amène souvent
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/137]]==
1848, tome 4.djvu/137]]==
de si grands désordres et de si grands désastres, ne saurait cependant
prospérer qu’à l’aide d’habitudes très régulières et par une longue
point central et dirigent de ce côté leurs pas, ils se rapprochent
insensiblement les uns des autres, sans se {{tiret|cher|cher,}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/138]]==
1848, tome 4.djvu/138]]==
{{tiret2|cher|cher,}} sans s’apercevoir et saris se connaître, et ils
seront enfin surpris en se voyant réunis dans le même lieu. Tous les
sens en français.
: 1º Il signifie d’abord l’estime, la gloire, la considération qu’on
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/139]]==
1848, tome 4.djvu/139]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/140]]==
1848, tome 4.djvu/140]]==
{{t3|De l’honneur aux États-Unis et dans les sociétés
démocratiques<ref>Le mot honneur n’est pas toujours pris dans le même
Il semble que les hommes se servent de deux méthodes fort distinctes
dans le jugement public
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/141]]==
1848, tome 4.djvu/141]]==
qu’ils portent des actions de leurs semblables : tantôt ils les jugent
suivant les simples notions du juste et de l’injuste, qui sont
fait naître des lois morales à l’inobservation desquelles tous les
hommes ont naturellement atta­ché, en tous
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/142]]==
1848, tome 4.djvu/142]]==
lieux et en tous temps, l’idée du blâme et de la honte. Ils ont
appelé faire mai s’y soustraire, faire bien s’y soumettre.
 
Il n’y a rien de plus improductif pour l’esprit
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/143]]==
1848, tome 4.djvu/143]]==
humain qu’une idée abstraite. Je me hâte donc de courir vers les
faits. Un exemple va mettre en lumière ma pensée.
d’autres changeaient de caractère suivant que la personne qui en
souffrait appartenait à l’aris­tocratie ou vivait hors d’elle.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/144]]==
1848, tome 4.djvu/144]]==
 
Quand ces différentes opinions ont pris naissance, la noblesse formait
soi-même. Il ne faisait point une loi de l’humanité ni de la douceur
; mais il vantait la générosité ; il {{tiret|pri|sait}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/145]]==
1848, tome 4.djvu/145]]==
{{tiret2|pri|sait}} la libéralité plus que la bienfaisance, il
permettait qu’on s’enrichît par le jeu, par la guerre, mais non par le
C’était encore là une opinion singulière qui naissait forcément de la
singularité de l’état social.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/146]]==
1848, tome 4.djvu/146]]==
 
L’aristocratie féodale était née par la guerre et pour la guerre ;
sociétés féodales ses prescriptions les plus incohérentes et les plus
bizarres.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/147]]==
1848, tome 4.djvu/147]]==
 
Si je suivais l’honneur féodal dans le champ de la politique, je
condamnée par l’opinion avec une rigueur extraordinaire. On créa un
nom particulièrement infamant pour elle, on l’appela félonie.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/148]]==
1848, tome 4.djvu/148]]==
 
On ne trouve, au contraire, dans le Moyen Age, que peu de traces d’une
 
J’ai choisi pour éclaircir ma pensée l’honneur
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/149]]==
1848, tome 4.djvu/149]]==
féodal, parce que l’honneur féodal a des traits plus marqués et mieux
qu’aucun autre ; j’aurais pu prendre mon exemple ailleurs, je serais
l’ai dit plus haut, toutes les fois que-les hommes se rassemblent en
société
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/150]]==
1848, tome 4.djvu/150]]==
particu­lière, il s’établit aussitôt parmi eux un honneur,
c’est-à-dire un ensemble d’opinions qui leur est propre sur ce qu’on
le com­merce et l’industrie. Leur origine, leur état social, les
institutions politiques, le lieu même qu’ils habitent les
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/151]]==
1848, tome 4.djvu/151]]==
entraîne irrésistiblement vers ce côté. Ils forment donc, quant à
présent, une association presque exclusivement industrielle et
américaine ; et elle ne les réprouve que faiblement, quelquefois elle
les
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/152]]==
1848, tome 4.djvu/152]]==
loue ; je citerai particulièrement l’amour des richesses et les
penchants secondaires qui s’y rattachent. Pour défricher, féconder,
entreprises industrielles est la première cause de ses progrès
rapides, de sa force, de sa grandeur. L’industrie est pour lui
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/153]]==
1848, tome 4.djvu/153]]==
comme une vaste loterie où un petit nombre d’hommes perdent chaque
jour, mais où l’État gagne sans cesse ; un semblable peuple doit donc
Ces choses ne sont pas aussi incohérentes qu’on le suppose. L’opinion
publique, aux États-Unis,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/154]]==
1848, tome 4.djvu/154]]==
ne réprime que mollement l’amour des richesses, qui sert à la
gran­deur industrielle et à la prospérité de la nation ; et elle
la prospérité de l’association américaine, et il est
parti­cu­liè­rement honoré et glorifié par elle. On
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/155]]==
1848, tome 4.djvu/155]]==
ne saurait s’en montrer prive, sans déshonneur.
 
dire, qu’une de ses formes. Ils ont donné un nom générique à ce qui
n’était qu’une espèce. L’honneur se retrouve donc
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/156]]==
1848, tome 4.djvu/156]]==
dans les siècles démocratiques comme dans les temps d’aristo­cratie.
Mais il ne sera pas difficile de montrer que dans ceux-là il présente
préceptes, et ces préceptes s’éloigneront de moins en moins des lois
morales adoptées par le commun de l’humanité,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/157]]==
1848, tome 4.djvu/157]]==
 
Ainsi les prescriptions de l’honneur seront moins bizarres et moins
tous les citoyens remuent ; où la société, se modifiant elle-même tous
les jours, change ses opinions avec ses besoins.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/158]]==
1848, tome 4.djvu/158]]==
Dans un pareil pays, on entrevoit la règle de l’honneur, on a rarement
le loisir de la considérer fixement.
Il existe bien, au sein de ce peuple, de certains besoins nationaux
qui font naître des opinions
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/159]]==
1848, tome 4.djvu/159]]==
communes en matière d’honneur ; mais de semblables opinions ne se
présentent jamais en même temps, de la même manière et avec une égale
l’honneur, ne voyant pas distinctement de quel côté il convient de
faire pencher le blâme ou la louange, ne prononce
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/160]]==
1848, tome 4.djvu/160]]==
qu’en hésitant son arrêt. Quelquefois il lui arrive de se contredire
; souvent elle se tient immobile, et laisse faire.
actions n’étaient pas jugées d’après les mêmes règles que celles de
l’aristocratie.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/161]]==
1848, tome 4.djvu/161]]==
 
Ce qui étonne, au premier abord, c’est que, quand l’honneur règne avec
placé qui n’ait son théâtre, et qui doive échapper, par son obscurité,
au blâme ou à la louange.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/162]]==
1848, tome 4.djvu/162]]==
 
Dans les États démocratiques, au contraire, où tous les citoyens sont
besoins particuliers, et ceux-ci, à leur tout, font naître des
opinions spéciales. L’honneur de cette caste, {{tiret|com|posé}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/163]]==
1848, tome 4.djvu/163]]==
{{tiret2|com|posé}} bizarre des notions particulières de la nation et
des notions plus particulières encore de la caste, s’éloignera, autant
dans ce monde que les simples et générales notions du bien et du mal,
auxquelles
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/164]]==
1848, tome 4.djvu/164]]==
s’attacheraient, par un lien naturel et nécessaire, les idées de
louange ou de blâme.
il disparaîtrait avec elles.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/165]]==
1848, tome 4.djvu/165]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/166]]==
1848, tome 4.djvu/166]]==
 
 
acquérir sans cesse des biens, de la répu­tation, du pouvoir ; peu
envisagent en grand toutes ces choses. Et cela surprend
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/167]]==
1848, tome 4.djvu/167]]==
au premier abord puisqu’on n’aperçoit rien, ni dans les mœurs, ni dans
les lois de l’Amérique, qui doive y borner les désirs et les empêcher
confusion de tous les hommes et de toutes les règles, les citoyens
s’élèvent et tombent avec une
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/168]]==
1848, tome 4.djvu/168]]==
rapidité inouïe, et la puissance passe si vite de mains en mains, que
nul ne doit désespérer de la saisir à son tour.
l’on voit s’allumer de toutes parts des ambitions disproportionnées et
malheureuses
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/169]]==
1848, tome 4.djvu/169]]==
qui brûlent en secret et sans fruit le cœur qui les contient.
 
naît à la fois dans tous les cœurs ; chaque homme veut sortir de sa
place. L’ambition est le sentiment universel.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/170]]==
1848, tome 4.djvu/170]]==
 
Mais, si l’égalité des conditions donne à tous les citoyens quelques
Une remarque analogue est applicable aux fils de ce même homme.
Ceux-ci sont nés, il est vrai,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/171]]==
1848, tome 4.djvu/171]]==
dans une position élevée, mais leurs parents ont été humbles ; ils ont
grandi au milieu de sentiments et d’idées auxquels, plus tard, il leur
nombre de grandes fortunes à faire ; et les carrières qui y mènent
étant ouvertes indistinctement à chaque citoyen,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/172]]==
1848, tome 4.djvu/172]]==
il faut bien que les progrès de tous se ralentissent. Comme les
candidats paraissent à peu près pareils, et qu’il est difficile de
À la Chine, où l’égalité des conditions est très grande et très
ancienne, un homme ne passe d’une
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/173]]==
1848, tome 4.djvu/173]]==
fonction publique à une autre qu’après s’être soumis à un concours.
Cette épreuve se rencontre à chaque pas de sa carrière, et l’idée en
lenteur ; cette vue fatigue d’avance leur ambition et la rebute. Ils
renoncent donc à ces {{tiret|loin|taines}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/174]]==
1848, tome 4.djvu/174]]==
{{tiret2|loin|taines}} et douteuses espérances, pour chercher près
d’eux des jouissances moins hautes et plus faciles. La loi ne borne
Une multitude de petites ambitions fort sensées, du milieu desquelles
s’élancent de loin en loin
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/175]]==
1848, tome 4.djvu/175]]==
quelques grands désirs mal réglés : tel est d’ordinaire le tableau que
présentent les nations démocratiques. Une ambition proportionnée,
Je crois que de nos jours il est fort nécessaire d’épurer, de régler
et de proportion­ner le sentiment
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/176]]==
1848, tome 4.djvu/176]]==
de l’ambition, mais qu’il serait très dangereux de vouloir l’appauvrir
et le comprimer outre mesure. Il faut tâcher de lui poser d’avance
supérieur ; mais cela ce très faux dans un autre ; car ce même homme,
qui ne peut supporter ni la subordination
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/177]]==
1848, tome 4.djvu/177]]==
ni l’éga­lité, se méprise néanmoins lui-même à ce point qu’il ne se
croit fait que pour goûter des plaisirs vulgaires. Il s’arrête
saine ; ce qui leur manque le plus, à mon avis, c’est de l’orgueil.
Je céderais volontiers plusieurs de nos petites vertus pour ce vice.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/178]]==
1848, tome 4.djvu/178]]==
 
{{t3|De l’industrie des places chez certaines nations démocratiques
sentir ses forces et à étendre ses désirs, la première idée qui se
présente à lui est d’obtenir un emploi public. Ces différents effets,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/179]]==
1848, tome 4.djvu/179]]==
sortis d’une même cause, méritent que nous nous arrêtions un moment
ici pour les considérer.
l’existence des fonctionnaires assez assu­rée, de telle sorte que
personne ne désespère d’y obtenir un emploi et
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/180]]==
1848, tome 4.djvu/180]]==
d’en jouir paisiblement comme d’un patrimoine.
 
Chez les peuples démocratiques comme chez tous les autres, le nombre
des emplois publics finit par avoir des bornes ; mais, chez ces mêmes
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/181]]==
1848, tome 4.djvu/181]]==
peuples, le nombre des ambitieux n’en a point ; il s’accroît sans
cesse, par un mouvement graduel et irré­sis­tible, à mesure que les
se suffire à lui-même.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/182]]==
1848, tome 4.djvu/182]]==
 
 
Alors même que cette grande révolution est terminée, l’on voit encore
subsister pendant longtemps les habitudes révolutionnaires créées par
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/183]]==
1848, tome 4.djvu/183]]==
elles, et de profondes agitations lui succèdent.
 
Cela est-il en effet ? l’égalité des conditions porte-t-elle les
hommes d’une manière habituelle
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/184]]==
1848, tome 4.djvu/184]]==
et permanente vers les révolutions ? contient-elle quelque principe
pertur­bateur qui empêche la société de s’asseoir et dispose les
point de privilè­ges qui attirent les regards ; leur richesse même,
n’étant
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/185]]==
1848, tome 4.djvu/185]]==
plus incorporée à la terre et représentée par elle, est insaisissable
et comme invisible. De même qu’il n’y a plus de races de pauvres, il
s’enrichir ; mais l’embarras est de savoir sur qui prendre. Le même
état social qui
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/186]]==
1848, tome 4.djvu/186]]==
leur suggère sans cesse des désirs renferme ces désirs dans des
limites néces­saires. Il donne aux hommes plus de liberté de changer
Mais les hommes qui vivent dans une aisance également éloignée de
l’opulence et de la {{tiret|mi|sère,}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/187]]==
1848, tome 4.djvu/187]]==
{{tiret2|mi|sère,}} mettent à leurs biens un prix immense. Comme ils
sont encore fort voisins de la pauvreté, ils voient de près ses
bien-être. Il n’y a rien de plus contraire aux passions
révolutionnaires que toutes ces choses.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/188]]==
1848, tome 4.djvu/188]]==
 
Il peut se faire que par son résultat final une révolution serve
disparaître complètement ; ce qu’ont moins à redouter les
propriétaires fonciers, qui, en perdant le {{tiret|re|venu}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/189]]==
1848, tome 4.djvu/189]]==
{{tiret2|re|venu}} de leurs terres, espèrent du moins garder, à
travers les vicissitudes, la terre elle-même. Aussi voit-on que les
détourne de le vouloir. Les violentes passions politiques ont peu de
prise sur des hommes qui ont ainsi attaché toute leur
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/190]]==
1848, tome 4.djvu/190]]==
âme à la poursuite du bien-être. L’ardeur qu’ils mettent aux petites
affaires les calme sur les grandes.
quelquefois, mais ils ne le suivent point. A sa fougue, ils opposent
en secret leur inertie ; à ses instincts révolutionnaires, leurs
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/191]]==
1848, tome 4.djvu/191]]==
intérêts conservateurs, leurs goûts casaniers à ses passions
aventureuses ; leur bon sens aux écarts de son génie ; à sa poésie,
commence à devenir menaçante et au moment même où les passions
semblent le plus excitées,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/192]]==
1848, tome 4.djvu/192]]==
qu’ils redoutent une révolution comme le plus grand des malheurs et
que chacun d’entre eux est résolu intérieurement à faire de grands
amenées par la présence des Noirs sur le sol des États-Unis :
c’est-à-dire que ce
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/193]]==
1848, tome 4.djvu/193]]==
ne sera pas l’égalité des conditions, mais au contraire leur inégalité
qui les fera naître.
ils les subissent quelquefois mais ils ne les font pas. Et j’ajoute
que, quand on leur a permis
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/194]]==
1848, tome 4.djvu/194]]==
d’acquérir des lumières et de l’expérience, ils ne les laissent pas
faire.
l’extirper. Aux États-Unis, les doc­tri­nes générales en matière de
religion, de philosophie, de morale et
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/195]]==
1848, tome 4.djvu/195]]==
même de politique, ne varient point, ou du moins elles ne se modifient
qu’après un travail caché et sou­vent insensible ; les plus grossiers
les préjugés d’un peuple démocratique ; de changer ses croyances ; de
substituer de nouveaux principes religieux, philosophi­ques,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/196]]==
1848, tome 4.djvu/196]]==
politiques et moraux, à ceux qui s’y sont une fois établis ; en un
mot, d’y faire de grandes et fréquentes révolutions dans les
nous sommes témoins n’est pas, ainsi que plusieurs le supposent,
l’état naturel des peuples démocratiques.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/197]]==
1848, tome 4.djvu/197]]==
Je crois qu’il faut plutôt la considérer comme un accident particulier
à leur jeunesse, et qu’elle ne se montre qu’à cette époque de passage
pour guide et à le suivre aveuglément : on ne croit guère sur parole
son semblable ou son égal.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/198]]==
1848, tome 4.djvu/198]]==
 
Ce n’est pas seulement la confiance dans les lumières de certains
et des princes, il aurait peut-être trouvé plus de difficulté à
changer la face de l’Europe.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/199]]==
1848, tome 4.djvu/199]]==
 
Ce n’est pas que les hommes des démocraties soient naturellement fort
 
Lorsqu’on a acquis la confiance d’un peuple
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/200]]==
1848, tome 4.djvu/200]]==
démocratique, c’est encore une gran­de affaire que d’obtenir son
attention. Il est très difficile de se faire écouter des hom­mes qui
hors des routes frayées, et qui fait les grandes révolutions
intellectuelles comme les grandes révolutions politiques.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/201]]==
1848, tome 4.djvu/201]]==
 
Ainsi, les peuples démocratiques n’ont ni le loisir ni le goût d’aller
eux-mêmes, s’y soutiennent et s’y consolent. Il n’en est pas de même
parmi les peuples démocratiques. Chez eux, la faveur publique
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/202]]==
1848, tome 4.djvu/202]]==
semble aussi nécessaire que l’air que l’on respire, et c’est, pour
ainsi dire, ne pas vivre que d’être cri désaccord avec la masse.
difficile d’y croire ce que rejette la masse, et d’y professer ce
qu’elle condamne.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/203]]==
1848, tome 4.djvu/203]]==
 
Ceci favorise merveilleusement la stabilité des croyances.
bruit ; mais chaque jour quelques-uns l’abandonnent, jusqu’à ce
qu’enfin elle ne soit plus partagée que par le petit nombre.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/204]]==
1848, tome 4.djvu/204]]==
 
En cet état, elle règne encore.
incertains, hale­tants, prêts à changer de volonté et de place, on se
figure
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/205]]==
1848, tome 4.djvu/205]]==
qu’ils vont abolir tout à coup leurs lois, adopter de nouvelles
croyances et prendre de nouvelles mœurs. On ne son­ge point que, si
propriété si inquiet et si ardent, je ne puis m’empêcher de craindre
que les hommes
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/206]]==
1848, tome 4.djvu/206]]==
n’arrivent à ce point de regarder toute théorie nouvelle comme un
péril, toute innovation comme un trouble fâcheux, tout progrès social
solitaires et sté­­riles, et que, tout en se remuant sans cesse,
l’humanité n’avance plus.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/207]]==
1848, tome 4.djvu/207]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/208]]==
1848, tome 4.djvu/208]]==
 
{{t3|Pourquoi les peuples démocratiques désirent naturellement la
développement de la richesse mobilière, que la guerre dévore si
rapidement, cette mansuétude des mœurs, cette mollesse de
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/209]]==
1848, tome 4.djvu/209]]==
cœur, cette disposition à la pitié que l’égalité inspire, cette
froi­deur de raison qui rend peu sensible aux poétiques et violentes
d’entretenir des armées, et ses armées, exercent toujours une très
grande influence sur son sort.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/210]]==
1848, tome 4.djvu/210]]==
Il importe donc singu­lièrement de rechercher quels sont les instincts
naturels de ceux qui les com­posent.
rang dans l’armée, occupe encore un rang élevé dans la société ; le
premier n’est presque toujours à ses yeux qu’un accessoire
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/211]]==
1848, tome 4.djvu/211]]==
du second ; le noble, en embrassant la carrière des armes, obéit moins
encore à l’ambition qu’à une sorte de devoir que sa naissance lui
qui était l’accessoire de l’existence dans les armées
{{tiret|aristocra|tiques}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/212]]==
1848, tome 4.djvu/212]]==
{{tiret2|aristocra|tiques}} est ainsi devenu le principal, le tout,
l’existence elle-même.
permet enfin de violer ce droit de l’ancienneté, qui est le seul
privilège naturel à la démocratie.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/213]]==
1848, tome 4.djvu/213]]==
 
Nous arrivons ainsi à cette conséquence singulière que, de toutes les
Lorsque l’esprit militaire abandonne un peuple, la carrière militaire
cesse aussitôt d’être honorée,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/214]]==
1848, tome 4.djvu/214]]==
et les hommes de guerre tombent au dernier rang des fonctionnaires
publics. On les estime peu et on ne les comprend plus. Il arrive
 
Dans la société démocratique, presque tous les
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/215]]==
1848, tome 4.djvu/215]]==
citoyens ont des propriétés à con­ser­ver ; mais les armées
démocratiques sont conduites, en général, par des prolétaires. La
On peut donc dire d’une manière générale que, si les peuples
démocratiques sont naturellement
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/216]]==
1848, tome 4.djvu/216]]==
portés vers la paix par leurs intérêts et leurs instincts, ils sont
sans cesse attirés vers la guerre et les révolutions par leurs armées.
le suspendre, et il revient plus terrible après elle ; car l’armée
souffre bien plus impatiemment la paix après avoir
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/217]]==
1848, tome 4.djvu/217]]==
goûté de la guerre. La guerre ne serait un remède que pour un peuple
qui voudrait toujours la gloire.
s’emparer par la force du souverain pouvoir, à la manière de Sylla et
de César. Le péril est
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/218]]==
1848, tome 4.djvu/218]]==
d’une autre sorte. La guerre ne livre pas toujours les peuples
démocratiques au gouvernement militaire ; mais elle ne peut manquer
à une certaine borne ; de telle sorte qu’on peut arriver à contenter à
peu près tous ceux qui la ressentent.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/219]]==
1848, tome 4.djvu/219]]==
 
Mais, chez un peuple démocratique, on ne gagne rien à accroître
par elle-même la force de calmer et de contenir les gens de guerre ;
ils s’épuiseraient en vains efforts avant d’y atteindre.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/220]]==
1848, tome 4.djvu/220]]==
 
Ce n’est pas dans l’armée qu’on peut rencontrer le remède aux vices de
 
Après tout, et quoi qu’on fasse, une grande {{tiret|ar|mée,}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/221]]==
1848, tome 4.djvu/221]]==
{{tiret2|ar|mée,}} au sein d’un peuple démocra­tique, sera toujours un
grand péril ; et le moyen le plus efficace de diminuer ce péril sera
tous les peuples de pouvoir user.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/222]]==
1848, tome 4.djvu/222]]==
 
 
 
Le service militaire étant forcé, la charge s’en
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/223]]==
1848, tome 4.djvu/223]]==
partage indistinctement et égale­ment sur tous les citoyens. Cela
ressort encore nécessairement de la condition de ces peuples et de
naître. Ils se plient à leurs de­voirs militaires, mais leur âme
reste attachée aux {{tiret|in|térêts}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/224]]==
1848, tome 4.djvu/224]]==
{{tiret2|in|térêts}} et aux désirs qui la remplis­saient dans la vie
civile. Ils ne prennent donc pas l’esprit de l’armée ; ils apportent
démocratiques, l’offi­cier contracte des goûts et des désirs
entièrement à part de ceux de la nation. Cela se comprend.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/225]]==
1848, tome 4.djvu/225]]==
 
Chez les peuples démocratiques, l’homme qui devient officier rompt
chez les autres. Moins l’officier est par lui-même, </ref>. Il
s’arrête volontiers après
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/226]]==
1848, tome 4.djvu/226]]==
ce grand effort, et songe à jouir de sa conquête. La crainte de
compromettre ce qu’il possè­de amollit déjà dans son cœur l’envie
législateur trouve juste et nécessaire d’en assurer la
jouissance.</ref>
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/227]]==
1848, tome 4.djvu/227]]==
pas encore atteint comme l’officier un point élevé et solide où il lui
soit loisible de s’arrê­ter et de respirer à l’aise, en attendant
qu’il convoite, il n’a donc rien fait. Là seulement il semble entrer
dans la carrière. Chez un homme ainsi aiguillonné sans
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/228]]==
1848, tome 4.djvu/228]]==
cesse par sa jeunesse, ses besoins, ses passions, l’esprit de son
temps, ses espérances et ses craintes, il ne peut manquer de s’allumer
y fera voir l’image fidèle de la nation. Si elle est ignorante et
faible, il se
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/229]]==
1848, tome 4.djvu/229]]==
laissera entraîner au désordre par ses chefs, à son insu ou malgré
lui. Si elle est éclairée et énergique, il les retiendra lui-même
dans l’ordre.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/230]]==
1848, tome 4.djvu/230]]==
 
 
l’embrassent ; l’armée est, en toutes choses, au niveau de la nation ;
souvent même elle le dépasse.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/231]]==
1848, tome 4.djvu/231]]==
 
Nous avons vu comment, au contraire, chez les peuples démocratiques,
généraux, mais des officiers subalternes, dont la plupart sont restés
immobiles, ou n’ont
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/232]]==
1848, tome 4.djvu/232]]==
pu marcher que pas à pas. Si l’on considère une armée démocratique
après une longue paix, on voit avec surprise que tous les soldats sont
 
Une longue paix ne remplit pas seulement les
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/233]]==
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armées démocratiques de vieux officiers, elle donne encore a tous les
officiers des habitudes de corps et d’esprit qui les rendent peu
sortent de l’armée ; les autres, proportionnant enfin leurs goûts et
leurs désirs à la médiocrité de leur sort,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/234]]==
1848, tome 4.djvu/234]]==
finissent par considérer l’état militaire sous un aspect civil. Ce
qu’ils en prisent le plus, c’est l’aisance et la stabilité qui
L’influence de la paix se fit-elle sentir sur les deux armées de la
même manière, les résultats seraient encore différents.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/235]]==
1848, tome 4.djvu/235]]==
 
Quand les officiers d’une armée aristocratique ont perdu l’esprit
bataille y font quelque­fois des choses prodigieuses, quand on est
enfin parvenu à leur mettre les armes à la main.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/236]]==
1848, tome 4.djvu/236]]==
 
A mesure que la guerre attire de plus en plus vers l’armée tous les
permet à tous l’ambition, et la mort se charge de fournir à toutes les
ambitions des chances. La mort ouvre sans cesse
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/237]]==
1848, tome 4.djvu/237]]==
les rangs, vide les places, ferme la carrière et l’ouvre.
 
guerre leur assure donc des avantages que les autres armées n’ont
jamais ;
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/238]]==
1848, tome 4.djvu/238]]==
et ces avantages, bien que peu sensibles d’abord, ne peuvent manquer,
à la longue, de leur donner la vic­toire.
ne réussit pas à la ruiner dès les premières campagnes, risque
toujours beaucoup d’être vaincu par elle.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/239]]==
1848, tome 4.djvu/239]]==
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/240]]==
1848, tome 4.djvu/240]]==
 
 
l’autre le pauvre ; que le premier est éclairé et fort, et le second
ignorant et faible,
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/241]]==
1848, tome 4.djvu/241]]==
il est facile d’établir entre ces deux hommes le lien le plus étroit
d’obéissance. Le soldat est plié à la disci­pline militaire avant,
volonté même de celui qui obéit ; elle ne s’appuie pas seulement sur
son instinct, mais sur sa raison ; aussi se resserre-t-elle
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/242]]==
1848, tome 4.djvu/242]]==
souvent d’elle-même à proportion que le péril la rend nécessaire. La
discipline d’une armée aristocratique se relâche volontiers dans la
plus que par la contrainte et les châtiments, qu’ils les conduisent.
On dirait des compagnons autant que des chefs.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/243]]==
1848, tome 4.djvu/243]]==
 
Je ne sais si les soldats grecs et romains ont jamais perfectionné au
et Rome le monde.
 
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/244]]==
1848, tome 4.djvu/244]]==
 
{{t3|Quelques considérations sur la guerre dans les sociétés
seulement au progrès qu’a fait chez eux l’égalité ; je n’ai pas
besoin, </ref>. En vain l’ambition ou la colère arme les
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/245]]==
1848, tome 4.djvu/245]]==
princes, une sorte d’apathie et de bienveillance uni­ver­selle les
apaise en dépit d’eux-mêmes et leur fait tomber l’épée des mains : les
autres, la lassitude extrême que les guerres de la Révolution et de
l’Empire ont laissée.</ref>
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/246]]==
1848, tome 4.djvu/246]]==
 
Des peuples démocratiques qui s’avoisinent ne deviennent pas seulement
 
Or, cette similitude des peuples a, quant à
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/247]]==
1848, tome 4.djvu/247]]==
la guerre, des consé­quen­ces très importantes.
 
 
La même cause qui fait naître ce nouveau {{tiret|be|soin}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/248]]==
1848, tome 4.djvu/248]]==
{{tiret2|be|soin}} fournit aussi les moyens de le satisfaire. Car,
ainsi que je l’ai dit, quand tous les hommes sont semblables, ils sont
trouve partout de petits foyers de résistance qui l’arrêtent. Je
comparerai la guerre dans un pays aristocratique à la guerre dans un
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/249]]==
1848, tome 4.djvu/249]]==
pays de montagnes : les vaincus trouvent à chaque instant l’occasion
de se rallier dans de nouvelles positions et d’y tenir ferme.
Non seulement la population ne pourra plus alors continuer la guerre,
mais il est à craindre qu’elle ne veuille pas le tenter.
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/250]]==
1848, tome 4.djvu/250]]==
 
D’après le droit des gens adopté par les nations civilisées, les
aristocratique. Il sera toujours très difficile de déterminer une
population démocratique à prendre les armes
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/251]]==
1848, tome 4.djvu/251]]==
quand la guerre sera portée sur son territoire. C’est pourquoi il est
nécessaire de donner à ces peuples des droits et un esprit politique
merveilleusement appropriée à cet état et qu’il la mettait pour la
première fois en usage. Napoléon est le premier qui
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/252]]==
1848, tome 4.djvu/252]]==
ait parcouru à la tête d’une armée le chemin de toutes les capitales.
Mais c’est la ruine de la société féodale qui lui avait ouvert cette
car elle ne trouve pas dans son sein d’influences anciennes et bien
établies auxquelles elle veuille se soumettre, point de chefs
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/253]]==
1848, tome 4.djvu/253]]==
déjà connus pour ras­sembler les mécontents, les régler et les
conduire ; point de pouvoirs politiques placés au-dessous du pouvoir
étroitement liée et très vivace, qui est en état de se suffire
quel­que temps à elle-même. La guerre {{tiret|pour|rait}}
==[[Page:Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, Pagnerre, 1848, tome 4.djvu/254]]==
1848, tome 4.djvu/254]]==
{{tiret2|pour|rait}} être sanglante ; mais elle ne serait pas longue ;
car, ou l’armée révoltée attirerait à elle le gouvernement par la
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