Différences entre les versions de « Walden ou la vie dans les bois/Commenté/13 »

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Je ne plâtrai que lorsque le temps fut devenu glacial. A cet effet j'apportai de la rive opposée de l'étang dans un bateau du sable plus blanc et plus propre, genre de transport qui m'eût engagé à aller beaucoup plus loin s'il l'eût fallu. Ma maison, en attendant, s'était vue couverte de bardeaux jusqu'au sol de chaque côté. En lattant, je pris plaisir à me trouver capable d'enfoncer chaque clou d'un simple coup de marteau, et mis mon ambition à transférer le plâtre de l'établi au mur avec autant de propreté que de rapidité. Je me rappelai l'histoire d'un garçon prétentieux qui, sous de belles frusques, flânait jadis à travers le village en donnant des conseils aux ouvriers. Se hasardant un jour à passer de la parole à l'action, il retroussa le bas de ses manches, s'empara de l'établi du plâtrier, et après avoir chargé sa truelle sans mésaventure, avec un regard complaisant en l'air vers le lattage, fit dans cette direction un geste hardi, pour, sans plus tarder, à sa parfaite confusion, recevoir le contenu en son sein tuyauté. J'admirai de nouveau l'économie et la commodité du plâtrage, qui non seulement interdit accès au froid de façon si efficace, mais prend un beau fini, et appris les divers accidents auxquels est exposé le plâtrier. Je fus surpris de voir à quel point les briques avaient soif, qui n'attendirent pas, pour en absorber toute l'humidité, que j'eusse égalisé mon plâtre, et ce qu'il faut de seaux d'eau pour baptiser un nouveau foyer, j'avais, l'hiver précédent, fabriqué une petite quantité de chaux en brûlant les coquilles de l'''Unio fluviatilis'', que produit notre rivière, pour le plaisir de l'expérience ; de sorte que je savais d'où provenaient mes matériaux. J'eusse pu me procurer de bonne pierre à chaux à moins d'un mille ou deux et procéder à sa cuisson moi-même, pour peu que je m'en fusse soucié.
 
L'étang, sur ces entrefaites, avait crémé dans les baies les plus ombreuses et les moins profondes, quelques jours sinon quelques semaines avant la congélation générale. La première glace, dure, sombre et transparente, est tout particulièrement intéressante et parfaite ; elle présente en outre la meilleure occasion qui s'offre jamais d'examiner le fond en sa partie la plus élevée, car vous pouvez vous étendre de tout votre long sur de la glace dont l'épaisseur ne dépasse pas un pouce, comme un insecte patineur sur la surface de l'eau, pour à loisir étudier le fond, à deux ou trois pouces seulement de distance, comme une peinture derrière une glace, et l'eau, nécessairement, toujours alors est dormante. Le sable y présente maints sillons indiquant qu'un être a voyagé de côté et d'autre pour revenir sur ses pas ; et, en guise d'épaves, il est jonché de fourreaux de vers ''caddis'' formés de menus grains de quartz blanc. Il se peut que ce soit eux qui l'aient fripé, car l'on trouve de leurs fourreaux dans les sillons, tout profonds et larges qu'ils soient à faire pour ces animaux. Mais la glace elle-même se voit l'objet du plus vif intérêt, quoi qu'il vous faille saisir la plus prochaine occasion pour l'étudier. Si vous l'examinez de près le matin qui suit une gelée, vous découvrez que la plus grande partie des bulles d'air, qui tout d'abord paraissaient être dedans, sont contre la surface inférieure, et que continuellement il en monte d'autres du fond ; c'est-à-dire que tant que la glace est restée jusqu'ici relativement solide et sombre, vous voyez l'eau au travers. Ces bulles sont d'un quatre-vingtième à un huitième de pouce de diamètre, très claires et très belles, et l'on y voit le reflet de son visage à travers la glace. Il peut y en avoir trente ou quarante au pouce carré. Il y a aussi déjà dans la glace même des bulles étroites, oblongues, perpendiculaires, d'un demi-pouce environ de long, cônes pointus au sommet en l'air ; ou plus souvent, si la glace est tout à fait récente, de toutes petites bulles sphériques, l'une directement au-dessus de l'autre, en rang de perles. Mais ces bulles intérieures ne sont ni aussi nombreuses ni aussi transparentes que celles du dessous. Il m'arrivait parfois de lancer des pierres sur la glace pour en essayer la force, et celles qui passaient au travers, y portaient avec elles de l'air, qui formait au-dessous de fort grosses et fort apparentes bulles blanches. Un jour que je revenais au même endroit à quarante-huit heures d'intervalle, je m'aperçus que ces grosses bulles étaient encore parfaites, quoique la glace eût épaissi d'un pouce, comme me permit de le constater clairement la soudure au tranchant d'un morceau. Mais les deux jours précédents ayant été fort chauds, sorte d'été de la Saint-Martin, la glace n'avait plus pour le moment cette transparence qui laissait voir la couleur vert sombre de l'eau ainsi que le fond, mais était opaque et blanchâtre ou grise, et, quoique deux fois plus épaisse, ne se trouvait guère plus forte qu'auparavant, car les bulles d'air s'étant largement gonflées sous l'influence de cette chaleur et fondues ensemble, avaient perdu leur régularité ; elles n'étaient plus droit l'une au-dessus de l'autre, mais souvent comme des pièces d'argent répandues hors d'un sac, l'une en partie superposée sur l'autre, ou en minces écailles comme si elles occupaient de légers clivages. C'en était fini, de la beauté de la glace, et il était trop tard pour étudier le fond. Curieux de savoir la position que mes grosses bulles occupaient par rapport à la glace nouvelle, je brisai un morceau de cette dernière, lequel en contenait une de taille moyenne, et le tournai sens dessus dessous. La glace nouvelle s'était formée autour de la bulle et sous elle, de sorte que celle-ci se trouvait retenue entre les deux glaces. Elle était tout entière dans la glace de dessous, mais tout contre celle de dessus, et de forme aplatie, ou peut-être légèrement lenticulaire, à tranche arrondie, d'un quart de pouce d'épaisseur sur quatre pouces de diamètre ; et je fus surpris de m'apercevoir que juste au-dessous de la bulle la glace était fondue avec une grande régularité en forme de soucoupe renversée, à la hauteur de cinq huitièmes de pouce au milieu, ne laissant là qu'une mince séparation entre l'eau et la bulle, d'à peine un huitième de pouce d'épaisseur ; en maints endroits, les petites huiles de la séparation avaient crevé par en bas, et il n'y avait probablement pas de glace du tout sous les plus grandes bulles, qui avaient un pied de diamètre. Je conclus que le nombre infini de toutes petites bulles que j'avais d'abord vues contre la surface inférieure de la glace avaient maintenant gelé dedans pareillement, et que chacune, selon sa force, avait opéré comme un verre ardent sur la glace de dessous pour la fondre et la pourrir. Ce sont là les petits canons à air comprimé qui contribuent à faire craquer et geindre la glace.
 
Si vous l'examinez de près le matin qui suit une gelée, vous découvrez que la plus grande partie des bulles d'air, qui tout d'abord paraissaient être dedans, sont contre la surface inférieure, et que continuellement il en monte d'autres du fond ; c'est-à-dire que tant que la glace est restée jusqu'ici relativement solide et sombre, vous voyez l'eau au travers. Ces bulles sont d'un quatre-vingtième à un huitième de pouce de diamètre, très claires et très belles, et l'on y voit le reflet de son visage à travers la glace. Il peut y en avoir trente ou quarante au pouce carré. Il y a aussi déjà dans la glace même des bulles étroites, oblongues, perpendiculaires, d'un demi-pouce environ de long, cônes pointus au sommet en l'air ; ou plus souvent, si la glace est tout à fait récente, de toutes petites bulles sphériques, l'une directement au-dessus de l'autre, en rang de perles. Mais ces bulles intérieures ne sont ni aussi nombreuses ni aussi transparentes que celles du dessous. Il m'arrivait parfois de lancer des pierres sur la glace pour en essayer la force, et celles qui passaient au travers, y portaient avec elles de l'air, qui formait au-dessous de fort grosses et fort apparentes bulles blanches. Un jour que je revenais au même endroit à quarante-huit heures d'intervalle, je m'aperçus que ces grosses bulles étaient encore parfaites, quoique la glace eût épaissi d'un pouce, comme me permit de le constater clairement la soudure au tranchant d'un morceau. Mais les deux jours précédents ayant été fort chauds, sorte d'été de la Saint-Martin, la glace n'avait plus pour le moment cette transparence qui laissait voir la couleur vert sombre de l'eau ainsi que le fond, mais était opaque et blanchâtre ou grise, et, quoique deux fois plus épaisse, ne se trouvait guère plus forte qu'auparavant, car les bulles d'air s'étant largement gonflées sous l'influence de cette chaleur et fondues ensemble, avaient perdu leur régularité ; elles n'étaient plus droit l'une au-dessus de l'autre, mais souvent comme des pièces d'argent répandues hors d'un sac, l'une en partie superposée sur l'autre, ou en minces écailles comme si elles occupaient de légers clivages. C'en était fini, de la beauté de la glace, et il était trop tard pour étudier le fond. Curieux de savoir la position que mes grosses bulles occupaient par rapport à la glace nouvelle, je brisai un morceau de cette dernière, lequel en contenait une de taille moyenne, et le tournai sens dessus dessous. La glace nouvelle s'était formée autour de la bulle et sous elle, de sorte que celle-ci se trouvait retenue entre les deux glaces. Elle était tout entière dans la glace de dessous, mais tout contre celle de dessus, et de forme aplatie, ou peut-être légèrement lenticulaire, à tranche arrondie, d'un quart de pouce d'épaisseur sur quatre pouces de diamètre ; et je fus surpris de m'apercevoir que juste au-dessous de la bulle la glace était fondue avec une grande régularité en forme de soucoupe renversée, à la hauteur de cinq huitièmes de pouce au milieu, ne laissant là qu'une mince séparation entre l'eau et la bulle, d'à peine un huitième de pouce d'épaisseur ; en maints endroits, les petites huiles de la séparation avaient crevé par en bas, et il n'y avait probablement pas de glace du tout sous les plus grandes bulles, qui avaient un pied de diamètre. Je conclus que le nombre infini de toutes petites bulles que j'avais d'abord vues contre la surface inférieure de la glace avaient maintenant gelé dedans pareillement, et que chacune, selon sa force, avait opéré comme un verre ardent sur la glace de dessous pour la fondre et la pourrir. Ce sont là les petits canons à air comprimé qui contribuent à faire craquer et geindre la glace.
 
Enfin l'hiver commença pour de bon, juste au moment où je venais d'achever mon plâtrage, et le vent se mit à hurler autour de la maison comme si jusqu'alors on ne l'y eût autorisé. Nuit sur nuit les oies s'en venaient d'un vol lourd dans l'obscurité avec un bruit de trompette et un sifflement d'ailes, même après que le sol se fut recouvert de neige, les unes pour s'abattre sur Walden, les autres d'un vol bas rasant les bois dans la direction de Fair-Haven, en route pour le Mexique. Plusieurs fois, en revenant du village à dix ou onze heures du soir, il m'arriva d'entendre le pas d'un troupeau d'oies, ou encore de canards, sur les feuilles mortes dans les bois le long d'une mare située derrière ma demeure, mare où ces oiseaux étaient venus prendre leur repas, et le faible « honk » ou couac de leur guide tandis qu'ils s'éloignaient en hâte. En 1845, Walden gela d'un bout à l'autre pour la première fois la nuit du vingt-deux décembre, l'Etang de Flint et autres étangs de moindre profondeur ainsi que la rivière étant gelés depuis dix jours ou davantage ; en 46, le seize ; en 49, vers le trois ; et en 50, vers le vingt-sept décembre ; en 52, le cinq janvier ; en 53, le trois décembre. La neige couvrait déjà le sol depuis le vingt-cinq novembre, et mettait soudain autour de moi le décor de l'hiver. Je me retirai encore plus au fond de ma coquille, faisant en sorte d'entretenir bon feu dans ma maison comme dans ma poitrine. Mon occupation au-dehors maintenant était de ramasser le bois mort dans la forêt, pour l'apporter dans mes mains ou sur mes épaules, quand je ne traînais pas un pin mort sous chaque bras jusqu'à mon hangar. Une vieille clôture de forêt, qui avait fait son temps, fut pour moi de bonne prise. Je la sacrifiai à Vulcain, car c'en était fini pour elle de servir le dieu Terme. Combien l'événement est plus intéressant du souper de l'homme qui vient de sortir dans la neige pour chercher, non, vous pouvez dire voler, le combustible destiné à la cuisson de ce souper ! Suaves, alors, ses aliments. Il y a assez de fagots et de bois perdu de toute espèce dans les forêts qui ceignent la plupart de nos villes, pour entretenir nombre de feux, mais qui actuellement ne chauffent personne, et suivant certains, nuisent à la croissance du jeune bois. Il y avait aussi le bois flottant de l'étang. Au cours de l'été j'avais découvert tout un train de billes de pitchpin, avec l'écorce, clouées ensemble par les Irlandais lors de la construction du chemin de fer. Je le tirai en partie sur la rive. Après deux années d'immersion, puis six mois de repos au sec, il était parfaitement sain, quoique saturé d'eau passé toute possible dessiccation. Je m'amusai un jour d'hiver à le faire glisser morceau par morceau à travers l'étang, sur presque un demi-mille d'étendue, en patinant derrière avec l'extrémité d'une bille de quinze pieds de long sur l'épaule, l'autre extrémité portant sur la glace ; ou je réunis plusieurs billes ensemble à l'aide d'un lien de bouleau, puis avec un lien de bouleau ou d'aulne plus long muni d'un crochet, leur fis exécuter le même parcours. Quoique entièrement saturées d'eau et presque aussi lourdes que du plomb, non seulement elles brûlèrent longtemps, mais firent un excellent feu ; bien plus, je crus qu'elles brûlaient d'autant mieux que trempées, comme si le goudron, emprisonné par l'eau, brûlât plus longtemps, ainsi que dans une lampe.
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