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Il tient en faible estime
 
:{{taille|Cette classe de gens qui se sont de tout temps approprié les idées des moralistes, de ces véritables scrutateurs d’âmes, pour généraliser et emprisonner dans les lois de la nécessité et de la stabilité ce que les autres nous donnaient tout au plus comme de modestes indications.|90}}
 
Nietzsche nous le dit lui-même, ce n’est pas un système philosophique qu’il veut nous octroyer, « tout système est un manque de probité. » C’est une sorte de mise en revue de tout ce qui existe et de tout ce qui a existé, une évaluation première, complètement libre et indépendante des valeurs morales, telles que nous les acceptons aujourd’hui. Nous démontrer la valeur intrinsèque de nos biens moraux, voilà la grande préoccupation de Nietzsche. Il appelle cela « préparer la philosophie de l’avenir ».
Quant au désintéressement, c’est un de ces « instincts de troupeau » qui sont particulièrement suspects à Nietzsche. La société loue le désintéressement parce qu’elle y trouve son avantage. Si ceux qui profitent de cette soi-disant vertu étaient eux-mêmes désintéressés, ils protesteraient énergiquement contre le préjudice porté aux droits de celui qui se dévoue.
 
:{{taille|Ce que nous appelons la justice n’est qu’une présomption grossière, une ironie. Abstraction faite des formes toujours changeantes et toujours aléatoires qu’elle revêt, elle ne peut s’occuper que du côté superficiel et extérieur des torts ou crimes qu’elle s’arroge de punir. L’enchaînement infiniment compliqué, les préliminaires, tout ce qui fait la compréhension intime d’un acte, lui échappera toujours, et pût-elle comprendre, elle n’aurait à son service que des mesures rudimentaires, toujours les mêmes, pour les cas les plus dissemblables.|90}}
 
Nietzsche n’est pas moins dur pour les conceptions idéales de l’âme humaine.
La religion, pour ce contempteur, est naturellement chose surannée. Néanmoins, il admet que le catholicisme des races latines répond à un besoin intime qui fait défaut aux races protestantes du Nord. Pour les catholiques, ne pas croire signifie s’insurger contre sa race, tandis que pour les protestants du Nord, c’est au contraire revenir aux particularités de sa race. Puis, Nietzsche est reconnaissant à la religion d’avoir enrichi l’âme humaine de sensations nouvelles, de capacités d’extase qu’elle n’aurait jamais connues sans le sentiment religieux.
 
:{{taille|Ce que nous possédons de meilleur en nous est peut-être l’héritage de sensations que nous ne pouvons plus, à l’heure qu’il est, éprouver sous leur forme première, mais que nous transportons sur d’autres sujets.|90}}
 
Il a une prédilection marquée pour l’Ancien Testament, dans lequel il trouve confirmé son idée sur les hommes d’autrefois.
 
:{{taille|Nous restons saisis d’effroi et d’admiration respectueuse devant ces débris gigantesques de ce que l’homme était autrefois.|90}}
 
Le goût pour l’Ancien Testament lui paraît même la pierre de touche d’une âme forte.
Il est curieux d’entendre un Allemand parler du patriotisme comme Nietzsche le fait. Ce sentiment, pour lui, est une restriction indigne d’un esprit libre. L’élite des hommes, cette infime minorité qui, pour Nietzsche, mérite seule qu’on s’occupe d’elle, se trouve hors et au-dessus de toute nationalité.
 
:{{taille|Des hommes comme Napoléon, Gœthe, Beethoven, Stendhal, Henri Heine, Schopenhauer, même Richard Wagner, malgré sa propre erreur à cet égard, — des génies de la nature du sien ont rarement le privilège de se connaître — n’usaient du patriotisme que pour se reposer d’eux-mêmes, en se limitant.|90}}
 
L’espérance, en dépit de nos illusions tenaces, est le pire des maux, parce qu’elle les perpétue indéfiniment. Si l’espoir n’était pas de ce monde, les hommes sauraient vite ce qui en est de la vie, ils s’en arrangeraient ou s’en échapperaient, mais la duperie éternelle de l’espérance les retient, au prix de déceptions sans cesse renouvelées.
Nietzsche réduit la conception du bien et du mal à une simple préoccupation de conséquences.
 
:{{taille|L’idée du Bien et du Mal n’est qu’une question d’utilité publique. |90}}
 
Les actions qui, d’une façon quelconque, compromettent le bien-être de la société sont réputées mauvaises.
 
:{{taille|Un homme bon est un homme bon à quelque chose au profit de la vie commune.|90}}
 
La détermination d’une morale est un acte de désintéressement de la part de la société, chacun préférant faire quelques sacrifices, en livrant à la réprobation générale tel ou tel instinct pour lequel, individuellement, il aurait peut-être de la sympathie, en vue de faciliter le mécanisme de la vie en commun.
 
C’est plutôt un croyant qui souffre de voir ses idoles s’écrouler sous les coups qu’il leur porte, poussé par un irrésistible besoin d’éprouver leur solidité. Comme devise à un de ses livres, il a mis un vers, intitulé : ''Ecce Homo'' qui se termine ainsi :
<poem style="margin-left:9em; font-size:90%">
 
:Lumière devient tout ce que je touche,
:Cendres tout ce que je laisse après moi ;
:Flamme je suis incontestablement.
</poem>
<br />
 
Son besoin de croire ne trouve autour de lui rien de solide où se poser. La vérité même, chaque fois qu’il croit la tenir, se change pour lui en erreur. « Au moment où la vérité se dévoile, elle n’est déjà plus vérité. » Alors il se crée à lui-même un idéal qui réponde aux besoins de sa nature. Cet idéal c’est le ''Uebermensch'', l’homme suprême. Nous nous trouvons bien embarrassés pour donner à nos lecteurs une idée de cet être prodigieux qui, à mesure que Nietzsche avance dans le développement de sa doctrine, devient de plus en plus une vision quasi mystique. Cet homme suprême, l’homme de l’avenir, paraît personnifier, dans l’idée du philosophe, la quintessence de ce que la nature humaine peut ou pourrait donner ; c’est l’homme à la dernière puissance. Se prévalant de certaines apparitions héroïques dans l’histoire de l’humanité, apparitions qui semblent répondre, au moins approximativement, à ce type idéal, Nietzsche suppose une possibilité de sélection, une faculté de perfectionnement puissante chez l’homme. Quant à la femme, soit dit en passant, il la traite de la même façon que Schopenhauer ; il lui demande uniquement la beauté, le plaisir et la reproduction. Jamais, selon Nietzsche, on n’a tiré de l’homme tout ce qu’il peut donner.
Peut-il faire grand mal à ceux qui le lisent et devons-nous regretter la traduction de ses œuvres qu’on nous promet ? Nous pensons que non. L’excès même de sa doctrine lui enlève toute force convaincante. Il est impossible de croire en Nietzsche. Nous laissons de côté naturellement les jeunes emballés qui suivent aveuglément les traces de tout homme supérieur. Il paraît qu’en Allemagne ils sont nombreux et qu’ils s’efforcent, par leur tenue, leur langage, leurs allures, à jouer au fameux ''Uebermensch''. Mais chez tout esprit indépendant et pondéré le besoin de critique marche de pair avec l’intérêt pour une œuvre. Nietzsche, comme tous les excessifs, est autoritaire. Il veut nous imposer un système de dénigrement par trop complet et il nous rend méfiants et rebelles à ses intentions. Lui-même dit quelque part :
 
:{{taille|La loi que les tyrans meurent pour la plupart jeunes et d’une mort violente, que leur progéniture ne leur survit pas, que leur histoire est éclatante, mais leur influence ultérieure de courte durée, peut s’appliquer également aux tyrans de l’esprit.|90}}
 
N’aurait-il pas prononcé là sa propre condamnation ?
Nous ne prétendons pas que les idées de Nietzsche soient absolument nouvelles. Y a-t-il encore du nouveau dans le domaine des appréciations morales, ce domaine que les hommes ont exploré de tout temps, attirés vers lui comme vers le lieu où les mystères de leur existence leur seraient dévoilés. Aussi bien cherchons-nous dans les écrits des philosophes modernes moins des idées neuves qu’une forme nouvelle pour celles que d’autres avant eux ont déjà trouvées. Venu le dernier, Nietzsche avait devant lui un champ d’observation plus vaste, mieux défriché que celui de ses prédécesseurs ; son œuvre est celle d’un compilateur savant doué d’une individualité originale. En lisant les philosophes anciens, pour lesquels la Vérité était encore jeune, simple, indivise, nous nous sentons pris d’un intérêt ému comme on l’éprouve devant l’expression d’états d’âme à jamais passés. Mais nous sommes touchés directement par les doutes, les enthousiasmes et les déceptions de ce chercheur moderne, chez lequel nous retrouvons de nos propres préoccupations. Poussé par son tempérament, par les particularités de sa race, il est arrivé à des conclusions rétrogrades qui choquent tous nos sentiments humains modernes, et personne de nous ne suivra jusque dans ses conséquences extrêmes ce moraliste à rebours ; mais nous lui sommes reconnaissants de certaines perspectives curieuses, de détails pleins de charme qu’il nous a fait voir le long de la route.
 
{{d|B. JEANNINE.|6}}
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