Ouvrir le menu principal

Modifications

== 1. ==
 
ContempleConsidère le troupeau qui passepait devantauprès de toi: en broutant. Ilil ne sait pas ce qu’était hier ni ce qu’est aujourd’hui :, il courtbondit de-ciçà et de-là, mangeil bâfre, se repose, etrumine, serefait remetdes à courir,bonds et ainsice, du matin jusqu'au soir, et jour pouraprès jour, quelattaché, queserré soitpar son plaisir ouet son déplaisir. Attaché au piquetpieu dude momentl'instant, ilce n’enqui témoignelui niévite mélancolietristesse niet ennuilassitude. L’hommeCette s’attristevision deest voirdifficile pareilleà soutenir pour chosel'homme, parcecar, qu’ils'il se rengorgetargue devantde lason bêtehumanité etface qu’ilà estl'animal, pourtantil jalouxlouche duquand bonheurmême deavec celle-ci.envie Carsur c’estson bonheur, car, ce qu’ilqu'il veut :à n’éprouver,l'instar commede lacet bête,animal ni- dégoût vire sans tristesse ni souffrancelasssitude -, lui seul le veut, et pourtant, s'il le veut autrement, parcec'est qu’ilen vain puisqu'il ne peutle veut pas vouloirau commesens lade bêtel'animal. Il arriva peut-êtreVoici qu'un beau jour àl'homme l’homme de demander à la bêtelui demanda: « Pourquoipourquoi ne me parles-tu pas de ton bonheur, etau pourquoilieu nede fais-turester queà me regarder ? »L'animal Etaurait labien bête voulutvoulu répondre et direen disant: «cela Celatient vient deà ce que j’oubliej'oublie toujours à chaquel'instant foismême ce que j’aije l’intentionvoulais dedire répondre.- »mais Or,il tandisoublia qu’elle préparaitjusqu'à cette réponse, elle l’avait déjà oubliée et elleil se tut,: ensi sortebien que l’hommel'homme commença à se poser s’endes étonnaquestions.
 
Mais il s’étonna aussi de lui-même, parce qu’il ne pouvait pas apprendre à oublier et qu’il restait sans cesse accroché au passé. Quoi qu’il fasse, qu’il s’en aille courir au loin, qu’il hâte le pas, toujours la chaîne court avec lui. C’est une merveille : le moment est là en un clin d’œil, en un clin d’œil il disparaît. Avant c’est le néant, après c’est le néant, mais le moment revient pour troubler le repos du moment à venir. Sans cesse une page se détache du rôle du temps, elle s’abat, va flotter au loin, pour revenir, poussée sur les genoux de l’homme. Alors l’homme dit : « Je me souviens. » Et il imite l’animal qui oublie aussitôt et qui voit chaque moment mourir véritablement, retourner à la nuit et s’éteindre à jamais. C’est ainsi que l’animal vit d’une façon ''non historique'' : car il se réduit dans le temps, semblable à un nombre, sans qu’il reste une fraction bizarre. Il ne sait pas simuler, il ne cache rien et apparaît toujours pareil à lui-même, sa sincérité est donc involontaire. L’homme, par contre, s’arc-boute contre le poids toujours plus lourd du passé. Ce poids l’accable ou l’incline sur le côté, il alourdit son pas, tel un invisible et obscur fardeau. Il peut le renier en apparence, ce qu’il aime à faire en présence de ses semblables, afin d’éveiller leur jalousie. C’est pourquoi il est ému, comme s’il se souvenait du paradis perdu, lorsqu’il voit le troupeau au pâturage, ou aussi, tout près de lui, dans un commerce familier, l’enfant qui n’a encore rien à renier du passé et qui, entre les enclos d’hier et ceux de demain, se livre à ses jeux dans un bienheureux aveuglement. Et pourtant l’enfant ne peut toujours jouer sans être assailli de troubles. Trop tôt on le fait sortir de l’oubli. Alors il apprend à comprendre le mot « il était », ce mot de ralliement avec lequel la lutte, la souffrance et le dégoût s’approchent de l’homme, pour lui faire souvenir de ce que son existence est au fond : un imparfait à jamais imperfectible. Quand enfin la mort apporte l’oubli tant désiré, elle dérobe aussi le présent et la vie. Elle appose en même temps son sceau sur cette conviction que l’existence n’est qu’une succession ininterrompue d’événements passés, une chose qui vit de se nier et de se détruire elle-même, de se contredire sans cesse.
 
Utilisateur anonyme