Différences entre les versions de « Walden ou la vie dans les bois/Commenté/16 »

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Désireux de retrouver le fond longtemps perdu de l'Etang de Walden, j'inspectai soigneusement celui-ci, avant la débâcle, de bonne heure en 46, avec boussole, chaîne et sonde. On avait raconté maintes histoires à propos du fond, ou plutôt de l'absence de fond, de cet étang, lesquelles certainement n'avaient elles-mêmes aucun fond. C'est étonnant combien longtemps les hommes croiront en l'absence de fond d'un étang sans prendre la peine de 3e sonder. J'ai visité deux de ces Etangs Sans Fond au cours d'une seule promenade en ces alentours. Maintes gens ont cru que Walden atteignait de part en part l'autre côté du globe. Quelques-uns, qui sont restés un certain temps couchés à plat ventre sur la glace pour tâcher de voir à travers l'illusoire médium, peut-être par-dessus le marché avec les yeux humides, et amenés à conclure hâtivement par la peur d'attraper une fluxion de poitrine, ont vu d'immenses trous « dans lesquels on pourrait faire passer une charretée de foin », s'il se trouvait quelqu'un pour la conduire, la source indubitable du Styx et l'entrée aux Régions Infernales en ces parages. D'autres se sont amenés du village armés d'un poids de « cinquante-six » et avec un plein chariot de corde grosse d'un pouce, sans toutefois arriver à trouver le moindre fond ; car tandis que le « cinquante-six » restait en route, ils filaient la corde jusqu'au bout dans le vain essai de sonder leur capacité vraiment incommensurable pour le merveilleux. Mais je peux assurer mes lecteurs que Walden possède un fond raisonnablement étanche, à une non irraisonnable quoiqu'à une inaccoutumée profondeur. Je l'ai sondé aisément à l'aide d'une ligne à morue et d'une pierre pesant une livre et demie environ, et pourrais dire avec exactitude quand la pierre quitta le fond, pour avoir eu à tirer tellement plus fort avant que l'eau se mît dessous pour m'aider. La plus grande profondeur était exactement de cent deux pieds ; à quoi l'on peut ajouter les cinq pieds dont il s'est élevé depuis, ce qui fait cent sept. Il s'agit là d'une profondeur remarquable pour une si petite surface ; toutefois l'imagination n'en saurait faire grâce d'un pouce. Qu'adviendrait-il si le fond de tous les étangs était à fleur de terre ? Cela ne réagirait-il pas sur les esprits des hommes ? Je bénis le Ciel que cet étang ait été fait profond et pur en manière de symbole. Tant que les hommes croiront en l'infini, certains étangs passeront pour n'avoir pas de fond.
 
Un propriétaire d'usine entendant parler de la profondeur que j'avais trouvée, pensa que ce ne pouvait être vrai, car, jugeant d'après ses connaissances en matière de digues, le sable ne tiendrait pas à un angle si aigu. Mais les étangs les plus profonds ne sont pas aussi profonds en proportion de leur surface qu'en générai on le suppose, et une fois desséchés, ne laisseraient pas de fort remarquables vallées. Ce ne sont pas des espèces de gobelets entre les montagnes ; car celui-ci, bien que si extraordinairement profond pour sa surface, ne semble en section verticale passant par son centre, guère plus profond qu'une assiette plate. La plupart des étangs, une fois vidés, ne laisseraient pas une prairie plus creuse que nous ne sommes habitués à en voir. William Gilpin, si admirable en tout ce qui a trait aux paysages, et, en général, si exact, debout à la tête du Loch Fyne, en EcosseÉcosse, qu'il décrit comme « une baie d'eau salée, de soixante ou soixante-dix brasses de profondeur, de quatre miles de largeur », et d'environ cinquante miles de longueur, entouré de montagnes, fait cette remarque : « Si nous l'avions vu immédiatement après le cataclysme diluvien ou, quelle que soit la convulsion de la (Nature qui l'ait produit, avant que les eaux s'y déversent, cruel horrible gouffre ce devait paraître !
 
::So high as heaved the tumid hills, so low Down sunk a ::hollow bottom broad and deep,
::Down sunk a hollow bottom broad and deep,
::Capacious bed of waters .<ref>Milton, Paradis perdu, I.<br>D'autant se sont enflées les collines, d'autant<br> S'est creusé un abîme muet, calme, spacieux,<br> Vaste lit pour !es eaux.</ref>.
Mais si, prenant le plus court diamètre du Loch Fyne, nous appliquons ces proportions à Walden, qui, nous l'avons vu, ne se présente déjà en section verticale que comme une assiette plate, il paraîtra quatre fois plus plat. Et voilà pour le surcroît d'horreur qu'offrira le gouffre du Loch Fyne lorsqu'on l'aura vidé. Nul doute que plus d'une vallée souriante aux champs de blés étendus n'occupe exactement un de ces « horribles gouffres », d'où les eaux se sont retirées, quoiqu'il faille les connaissances et la clairvoyance du géologue pour convaincre du fait les populations qui n'en soupçonnent rien. Souvent un regard inquisiteur découvrira les rives d'un lac primitif dans les collines basses de l'horizon, sans qu'il ait été nécessaire d'un exhaussement postérieur de la plaine pour cacher leur histoire. Mais il est fort aisé, comme le savent ceux qui travaillent sur les grand'routes, de découvrir les dépressions aux flaques d'eau qui suivent une averse. Ce qui revient à dire que l'imagination, lui donne-t-on la moindre licence, plonge plus profondément et plus haut prend l'essor que ne fait la Nature. Ainsi, probablement, trouvera-t-on la profondeur de l'océan insignifiante en comparaison de sa largeur.
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