« Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Arc-boutant » : différence entre les versions

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est arrivé à un haut degré de perfection. De plus, les charpentes brûlent, et
un édifice couvert seulement par une charpente que l'incendie dévore est
un édifice perdu de la base au faîte. Jusqu'aux XeX<sup>e</sup> et XIeXI<sup>e</sup> siècles il n'est question
dans les documents écrits de notre histoire que d'incendies d'églises qui
nécessitent des reconstructions totales. La grande préoccupation du clergé,
et par conséquent des architectes qui élevaient des églises, était dès le XeX<sup>e</sup> siècle
de voûter les nefs des basiliques. Mais les murs des basiliques portés par
des colonnes grêles ne pouvaient présenter une résistance suffisante à la
poussée des voûtes hautes ou basses. Dans le centre de la France les constructeurs,
vers le XIeXI<sup>e</sup> siècle, avaient pris le parti de renoncer à ouvrir des
jours au sommet des murs des nefs hautes, et ils contre-buttaient les voûtes
en berceau de ces nefs hautes, soit par des demi-berceaux, comme dans la
en construction comme en toute chose, sont lents à trouver. Mais aussi dès
que cette nouvelle voie fut ouverte elle fut parcourue avec une rapidité
prodigieuse, et l'arc-boutant, qui naît à peine au XIIeXII<sup>e</sup> siècle, est arrivé à
l'abus au XIVeXIV<sup>e</sup>. Quelques esprits judicieux veulent conclure de la corruption
si prompte du grand principe de la construction des édifices gothiques, que
ce principe est vicieux en lui-même; et cependant l'art grec, dont personne
construction et comment ils en ont abusé.
 
Ce n'est, comme nous venons de le dire, qu'à la fin du XIIeXII<sup>e</sup> siècle que
l'arc-boutant se montre franchement dans les édifices religieux du nord de
la France; il n'apparaît dans le centre et le midi que comme une importation,
vers la fin du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, lorsque l'architecture ogivale, déjà développée
dans l'IleÎle-de-France, la Champagne et la Bourgogne, se répand dans tout
l'occident.
 
Nous donnons en première ligne et parmi les plus anciens l'un des arcs-boutants
du chœur de l'église Saint-Remy de Reims, dont la construction
remonte à la dernière moitié du XIIeXII<sup>e</sup> siècle (50). Ici l'arc-boutant est simple,
 
[[Image:Arc.boutant.Saint.Remy.Reims.png|center]]
prudent, on posera verticalement sur ce mur une couche en bois et deux
étais l'un au-dessus de l'autre pour arrêter le bouclement; de même les
constructeurs qui élevèrent, au commencement du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, les grandes
nefs des cathédrales du nord, établirent de C en B un contre-fort, véritable
''couche'' de pierre, et deux arcs-boutants l'un au-dessus de l'autre, le premier
''roide'' à la construction des piles
sans prendre de charge; aussi vers
le milieu du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle ces colonnes
isolées sont-elles faites de
grandes pierres minces posées en
cathédrale de Soissons, dont la
construction remonte aux premières
années du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, sont
contre-buttées par des arcs-boutants
doubles (52) dont les têtes
GARGOUILLE). Ce moyen de résistance opposé aux poussées des voûtes
par les arcs-boutants doubles ne sembla pas toujours assez puissant aux constructeurs
du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle; ils eurent l'idée de rendre solidaires les deux arcs
par une suite de rayons qui les réunissent, les étrésillonnent et leur donnent
toute la résistance d'un mur plein, en leur laissant une grande légèreté. La
une force remarquable, les voûtes ont une épaisseur inusitée (0m,40 environ),
les matériaux employés, lourds, rugueux, compactes, se prêtant peu aux
délicatesses de l'architecture gothique de la première moitié du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle. Il
était nécessaire, pour résister à la poussée de ces voûtes épaisses et qui n'ont
pas moins de 15 mètres d'ouverture, d'établir des buttées énergiques, bien
Ce système d'étrésillonnement des arcs au moyen de rayons intermédiaires
ne paraît pas toutefois avoir été fréquemment adopté pendant le
XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle; il est vrai qu'il n'y avait pas lieu d'employer des moyens aussi
puissants pour résister à la poussée des voûtes, ordinairement fort légères,
même dans les plus grandes églises ogivales. À la cathédrale de Reims les
arcs-boutants sont doubles, mais indépendants l'un de l'autre; ils deviennent
de plus en plus hardis vers le milieu du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, alors que les piles
sont plus grêles, les voûtes plus légères. Une fois le principe de la construction
des églises gothiques admis, on en vint bientôt à l'appliquer dans ses
[[Image:Arc.boutant.eglise.Saint.Denis.png|center]]
 
adopté au XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle
dans les chœurs des cathédrales
de Troyes, de Sées, du
Mans, et plus tard, au XIVeXIV<sup>e</sup> siècle,
à Saint-Ouen de Rouen.
Toute la science des constructeurs
de la culée, pour éviter le déversement. Ce système a été adopté dans la
construction des immenses arcs-boutants de Notre-Dame de Paris, refaits
au XIVeXIV<sup>e</sup> siècle (59). Ces arcs prodigieux, qui n'ont pas moins de 15 mètres
 
[[Image:Arc.boutant.Notre.Dame.de.Paris.png|center]]
Tous les exemples que nous venons de donner ne reproduisent que des
arcs-boutants simples ou doubles d'une seule volée; mais dans les chœurs
des grandes cathédrales, par exemple, ou dans les nefs des XIIIeXIII<sup>e</sup>, XIVeXIV<sup>e</sup> et
XVeXV<sup>e</sup> siècles bordées de doubles bas côtés, ou de bas côtés et de chapelles
communiquant entre elles, il eût fallu établir des arcs-boutants d'une trop
grande portée pour franchir ces espaces s'ils eussent été s'appuyer sur les
l'épaisseur des contre-forts extérieurs.
 
Dans les chœurs des grandes églises bâties pendant les XIIIeXIII<sup>e</sup>, XIVeXIV<sup>e</sup> et
XVeXV<sup>e</sup> siècles, les chapelles présentent généralement en plan une disposition
telle que derrière les piles qui forment la séparation de ces chapelles, les
murs sont réduits à une épaisseur extrêmement faible (60) à cause de la
séparation des chapelles est à la hauteur des piles D, jusqu'à la naissance de
la voûte comme 1 est à 6, et la longueur C B comme 1 est à 9. Voici donc
comment les constructeurs du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle établirent les arcs-boutants du
chœur de cette immense église (61). Pour laisser une plus grande résistance
 
appartient au rond-point dont toutes les parties ont conservé leur aplomb.
Nous citons le chœur de Beauvais parce qu'il est la dernière limite à laquelle
la construction des grandes églises du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle ait pu arriver. C'est la
théorie du système mise en pratique avec ses conséquences même exagérées.
Sous ce point de vue, cet édifice ne saurait être étudié avec trop de
infinis qui nuisent à son effet sans augmenter ses chances de stabilité (voy.
CATHÉDRALE). Dans la plupart des églises bâties au commencement du
XIII^<sup>e</sup> siècle, les eaux des chéneaux des grands combles s'égouttaient par les
larmiers des corniches, et n'étaient que rarement dirigés dans des canaux
destinés à les rejeter promptement en dehors du périmetre de l'édifice
(voy. CHÉNEAU); on reconnut bientôt les inconvénients de cet état de choses,
et, vers le milieu du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, on eut l'idée de se servir des arcs-boutant
supérieurs comme d'aqueducs pour conduire les eaux des chéneaux des
grands combles à travers les têtes des contre-forts; on évitait ainsi de longs
voûtes. La poussée de ces arcs-boutants supérieurs, agissant à la tête des
murs, pouvait causer des désordres dans la construction. On remplaça
donc, vers la fin du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, les arcs-boutants supérieurs par une
construction à claire-voie, véritable aqueduc incliné qui étrésillonnait les
têtes des murs, mais d'une façon passive et sans pousser. C'est ainsi que
chœur, là où il fallait résister à la poussée combinée des
arcs-doubleaux et
des arcs-ogives, les arcs-boutants se soulevèrent, et au XV^<sup>e</sup> siècle on dut
bander, en contre-bas des arcs primitifs, de nouveaux arcs d'un plus grand
rayon, pour neutraliser l'effet produit par la poussée des grandes voûtes.
Cette expérience profita aux constructeurs des XIVeXIV<sup>e</sup> et XVeXV<sup>e</sup> siècles, qui
combinèrent dès lors les aqueducs surmontant les arcs-boutants, de façon
à éviter ce ''relèvement'' dangereux. Toutefois, ce système d'aqueducs
appartient particulièrement aux églises de Picardie, de Champagne et du
nord, et on le voit rarement employé avant le XVIeXVI<sup>e</sup> siècle dans les monuments
de l'Île-de-France, de la Bourgogne et du nord-ouest.
 
Voici comment au XVeXV<sup>e</sup> siècle l'architecte qui réédifia en grande partie le
chœur de l'église d'Eu sut prévenir le relèvement des arcs-boutants
surmontés seulement de la trop faible charge des aqueducs à jour. Au lieu
suite du défaut d'expérience de leurs architectes.
 
Lorsque le goût dominant vers le milieu du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle poussa les
constructeurs à élever des églises d'une excessive légèreté et d'une grande
élévation sous voûtes, lorsque l'on abandonna partout le système des arcs-boutants
d'établir des règles fixes, des formules qui pouvaient servir de guide aux
constructeurs novices ou n'étant pas doués d'un génie naturel. À la fin du
XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle, et pendant le XIVeXIV<sup>e</sup>, on voit en effet l'arc-boutant appliqué sans
hésitation partout; on s'aperçoit alors que les règles touchant la stabilité
des voûtes sont devenues classiques, que les écoles de construction ont
ce sont des exceptions.
 
Il existe en France trois grandes églises bâties pendant le XIVeXIV<sup>e</sup> siècle, qui
nous font voir jusqu'à quel point ces règles sur la construction des voûtes
et des arcs-boutants étaient devenues fixes: ce sont les cathédrales de
et le vide AB se trouve au-dessus de la partie mince des murs de séparation
de ces chapelles, comme à Amiens. Ces constructions sont exécutées avec
une irréprochable précision. Alors, au XIVeXIV<sup>e</sup> siècle, l'arc-boutant, sous le
point de vue de la science, avait atteint le dernier degré de la perfection;
vouloir aller plus loin, c'était tomber dans l'abus; mais les constructeurs du
qui sont autant de chefs-d'œuvre, soit en les réduisant à leur plus
simple expression, en leur donnant alors la roideur que doit avoir un étai.
C'est ce dernier parti qui fut franchement admis au XIVeXIV<sup>e</sup> siècle dans la
construction des arcs-boutants de l'église de Saint-Urbain de Troyes (66).
 
cette rupture n'ait pas eu lieu, il faut supposer que la résultante des pressions
diverses de la voûte agit absolument suivant la ligne DE. Ce n'est donc
pas trop s'avancer que de dire: le système de l'arc-boutant, au XIVeXIV<sup>e</sup> siècle,
était arrivé à son développement le plus complet. Mais on peut avoir
raison suivant les règles absolues de la géométrie, et manquer de sens.
de la cathédrale de
Troyes, qui date
du XVeXV<sup>e</sup> siècle, un
arc-boutant à double
volée particulièrement
Ce système d'arcs-boutants à jour, rigides, fut quelquefois employé avec
bien plus de raison lorsqu'il s'agissait de maintenir une poussée agissant
sur un vide étroit, comme dans la Sainte-Chapelle basse de Paris (XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle).
Là, cet arc-boutant se compose d'une seule pierre évidée venant
opposer une résistance fort légère en apparence, mais très-rigide en réalité,
Il n'en résulte pas moins que l'arc-boutant surmonté d'un aqueduc se
perfectionne sous le point de vue de la parfaite connaissance des poussées
pendant les XIVeXIV<sup>e</sup> et XVeXV<sup>e</sup> siècles, comme l'arc-boutant simple ou double. Les
constructeurs arrivent à calculer exactement le poids qu'il faut donner aux
aqueducs à jour pour empêcher le soulèvement de l'arc. Le caniveau qui
Comme il arrive toujours lorsqu'un système adopté est poussé à ses
dernières limites, on finit par perdre la trace du principe qui l'a développé;
à la fin du XVeXV<sup>e</sup> siècle et pendant le XVIeXVI<sup>e</sup>, les architectes prétendirent si bien
améliorer la construction des arcs-boutants, qn'ils oublièrent les conditions
premières de leur stabilité et de leur résistance. Au lieu de les former d'un
[[Image:Arc.boutant.église.Saint.Wulfrand.Abbeville.png|center]]
 
principe pendant les premières années du XVIeXVI<sup>e</sup> siècle. Ces arcs ont produit
et subi de graves désordres par suite de leur disposition vicieuse. Les
contre-forts extérieurs ont tassé; il s'est déclaré des ruptures et des écrasements
donner une idée bien exacte de la fonction que remplissent les arcs-boutants
dans les édifices de la période ogivale. Ces porches sont comme la
dissection d'une petite église du XIVeXIV<sup>e</sup> siècle. Des voûtes légères, portées
sur des colonnes minces et longues, sont contre-buttées par des arcs
qui viennent se reposer sur des contre-forts complétement indépendants
à être chanfreinés ou ornés de moulures
qu'à partir de la deuxième moitié
du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle. En général, les profils
des arcs-boutants sont toujours plus
simples que ceux des arcs-doubleaux;
moulures qui couvraient tous les
membres de l'architecture dès la fin
du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle. Cependant les moulures qui sont profilées à l'intrados des
arcs-boutants sont toujours plus simples et conservent une plus grande
apparence de force que celles appliquées aux archivoltes et aux arcs des
voûtes.
 
Lorsqu'à la fin du XIIeXII<sup>e</sup> siècle et au commencement du XIIIeXIII<sup>e</sup> on appliqua
le système des arcs-boutants aux grandes voûtes portées sur des
piles isolées, on ne songea d'abord qu'à contre-butter les poussées des
de Paris. Cette difficulté non résolue causa
quelquefois la ruine des croisillons peu de
temps après leur construction. Aussi, dès le milieu du XIII^<sup>e</sup> siècle, on disposa
les contre-forts des angles formés par les transsepts de manière à pouvoir
butter les voûtes dans les deux sens (72). À la cathédrale d'Amiens,
 
de Paris, de l'église de Saint-Denis, de la cathédrale du Mans, tendaient à
faire déverser ces murs; on établit également, vers le milieu du XIIIeXIII<sup>e</sup> siècle,
des éperons latéraux A sur les flancs des contre-forts, pour prévenir ce
déversement (voy. CONTRE-FORT).
 
On ne s'arrêta pas là; ces masses de constructions élevées pour maintenir
les arcs-boutants ne pouvaient satisfaire les constructeurs du XVeXV<sup>e</sup> siècle, qui
voulaient que leurs édifices parussent plus légers encore qu'ils ne l'étaient
réellement. Dans quelques églises, et notamment dans le chœur de l'église
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