« Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Construction -- Principes » : différence entre les versions

 
=== CONSTRUCTION -- PRINCIPES ===
Pour que des principes nouveaux se développent, en toute
chose, il faut qu'un état et des besoins nouveaux se manifestent. Quand
l'ordre de saint Benoît se réforma, au XI<sup>e</sup> siècle, les tendances des réformateurs
ne visaient à rien moins qu'à changer toute une société qui, à peine
née, tombait déjà en décomposition. Ces réformateurs, en gens habiles,
commencèrent donc par abandonner les traditions vermoulues de la
société antique: ils partirent de rien, ne voulurent plus des habitations à la
fois somptueuses et barbares qui jusqu'alors avaient servi de refuge aux
moines corrompus des siècles précédents. Ils se bâtirent eux-mêmes des
cabanes de bois, vécurent au milieu des champs, prenant la vie comme le
pourraient faire des hommes abandonnés à leur seule industrie dans un
désert. Ces premiers pas eurent une influence persistante, lorsque même
la richesse croissante des monastères, leur importance au milieu de la
société les porta bientôt à changer leurs cahutes contre des demeures
durables et bâties avec luxe. Satisfaire rigoureusement au besoin est
toujours la première loi observée, non-seulement dans l'ensemble des
bâtiments, mais dans les détails de la construction; ne jamais sacrifier la
solidité à une vaine apparence de richesse est la seconde. Cependant la
pierre et le bois sont toujours de la pierre et du bois, et si l'on peut
employer ces matières dans une construction en plus ou moins grande
quantité, leur fonction est la même chez tous les peuples et dans tous les
temps. Quelque riches et puissants que fussent les moines, ils ne pouvaient
espérer construire comme l'avaient fait les Romains. Ils s'efforcèrent donc
d'élever des constructions solides et durables (car ils comptaient bien
bâtir pour l'avenir) avec économie. Employer la méthode romaine la plus
ordinaire, c'est-à-dire en composant leurs constructions de massifs de
blocages enfermés entre des parements de brique ou de moellon, c'était
mettre à l'œuvre plus de bras qu'ils n'en avaient à leur disposition.
Construire au moyen de blocs énormes de pierre de taille, soigneusement
taillés et posés, cela exigeait des transports impossibles, faute de routes
solides, un nombre considérable d'ouvriers habiles, de bêtes de somme,
des engins dispendieux ou d'un établissement difficile. Ils prirent donc
un moyen terme. Ils élevèrent les points d'appui principaux en employant
pour les parements de la pierre de taille, comme un revêtement, et garnirent
les intérieurs de blocages. Pour les murs en remplissage, ils adoptèrent
un petit appareil de moellon smillé pour les parements ou de
carreaux de pierre, enfermant de même un blocage de cailloux et de
mortier.
 
Notre fig. 2 donne une idée de ce genre de construction. Afin de relier
les diverses parties des bâtisses, de chaîner les murs dans leur longueur,
ils noyèrent dans les massifs, à différentes hauteurs, sous les appuis des
fenêtres, au-dessous des corniches, des pièces de bois longitudinales, ainsi
que nous l'avons figuré en A (voy. [[Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 2, Chaînage|Chaînage]]). Dans ces constructions, la
pierre est économisée autant que faire se peut; aucun morceau ne présente
d'évidements: tous sont posés en besace; ce n'est qu'un revêtement
exécuté d'ailleurs avec le plus grand soin; non-seulement les parements
sont layés, mais aussi les lits et les joints, et ces pierres sont posées à cru
sans mortier, comme l'appareil romain.
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[[Image:Maconnerie.XIe.et.XIIe.siecle.png|center]]
<div class=prose>
Ce genre de bâtisse est apparent dans les grandes constructions monastiques
de Cluny, de Vézelay, de la Charité-sur-Loire (XI<sup>e</sup> et XII<sup>e</sup> siècles).
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