Différences entre les versions de « Diloy le chemineau »

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chap 28
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LE GÉNÉRAL<BR>
Tu feras bien, car le vieux Marcotte ne faisait plus grand-chose ; le jardin a été bien négligé, et il y a beaucoup à faire. Le garçon jardinier est un bon travailleur, mais il n’entend rien aux ensemencements, aux arbres fruitiers et aux fleurs. »
 
 
===XXVIII - Le Général proclamé fameux lapin===
 
Au bout de quelques jours le jardin fut nettoyé, débarrassé des mauvaises herbes ; il avait déjà pris un aspect tout différent. La femme et les enfants Diloy aidaient tant qu’ils pouvaient ; mais Gustave et Marie, les deux aînés, étaient souvent dérangés par Juliette, Laurent et Anne, qui avaient aussi besoin d’ouvriers pour mettre leur jardin en état. Ils invitaient souvent leur oncle à venir voir leurs belles fleurs et leurs légumes.
 
LAURENT<BR>
Dans huit jours, mon oncle, vous mangerez une salade de chez nous ; n’est-ce pas, Gustave ?
 
GUSTAVE<BR>
Pour ça, oui monsieur Laurent ; mais il faut arroser tous les jours, pour que la sécheresse ne prenne pas la laitue. Ça aime l’eau, la laitue.
 
LAURENT<BR>
Seulement, mon oncle, il nous faudrait un tonneau plein d’eau ; nous sommes obligés d’aller remplir nos arrosoirs à la pompe de la ferme ; c’est fatigant. »
 
Le lendemain ils trouvèrent un petit tonneau avec un robinet sur une petite charrette. Il n’y avait plus qu’à traîner la charrette jusqu’à la pompe pour que le tonneau se trouvât rempli par le robinet de la pompe. Et, comme ce jeu leur plaisait, ils arrosèrent leur jardin au point d’en faire un marécage. Les laitues pourrirent au lieu de ''pommer'', et les fleurs se flétrirent.
 
Les enfants s’inquiétaient, mais ils arrosaient toujours, malgré les représentations de leur bonne.
 
Un jour le général, accompagné de Gertrude et de Félicie, vint faire une visite au jardin.
 
« Je viens voir ma salade, que j’attends toujours, et qui n’arrive pas, dit-il en approchant.
 
LAURENT<BR>
Je ne sais pas ce qu’elle a, mon oncle : elle ne pousse pas comme il faut.
 
FÉLICIE<BR>
Ah ! mon Dieu ! quelle boue ! Il n’y a pas moyen d’approcher de vos salades ; c’est plein d’eau.
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Vous arrosez trop, petits nigauds ! Vous voyez bien que tout est pourri par la racine.
 
ANNE<BR>
Gustave nous a dit que la laitue aime l’eau.
 
GERTRUDE<BR>
Mais vous lui en avez trop donné.
 
JULIETTE<BR>
Comment faire alors ?
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Ma foi, je n’en sais rien, à moins de tout rebêcher et ressemer. »
 
Laurent était désolé ; Juliette et Anne le consolaient.
 
GERTRUDE<BR>
Attendez ; j’ai une idée qui est bonne, je crois. Il faut entourer le jardin d’un fossé ; toute l’eau s’y écoulera et vos fleurs et vos légumes ne pourriront plus.
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Gertrude a raison. Il faut se mettre au fossé.
 
JULIETTE<BR>
Ce sera bien long pour nous, mon oncle.
 
GERTRUDE<BR>
Nous allons tous*** vous aider. N’est-ce pas, mon oncle, que vous voudrez bien ?
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Tout ce que tu voudras, ma fille ; tu sais que je ne te refuse jamais rien. Laurent, va demander à Diloy qu’il nous prête de grandes bêches.
 
LAURENT<BR>
Et j’appellerai aussi Gustave.
 
LE GÉNÉRAL, ''riant''<BR>
C’est ça ; un bon ouvrier de plus. »
 
Laurent partit comme une flèche et revint peu d’instants après, accompagné de Diloy.
 
DILOY<BR>
Monsieur le comte demande des bêches ? J’en apporte trois ; mais ce ne sera-t-il pas trop lourd à manier pour les enfants ?
 
LE GÉNÉRAL<BR>
C’est moi qui vais en prendre une, mon cher ; Gertrude prendra l’autre. Et toi, Félicie, te sens-tu disposée à prendre la troisième, pour nous aider ?
 
FÉLICIE, ''après quelque hésitation''<BR>
Je veux bien, mon oncle : c’est un peu lourd…
 
DILOY<BR>
Vous ne pouvez pas vous servir d’un outil si grossier, ma bonne petite demoiselle, ni Mlle Gertrude non plus. Laissez-moi faire ; je vais chercher mon garçon, qui bêche bien, et à nous deux nous aurons bientôt fait votre ouvrage.
 
LAURENT<BR>
Merci, merci, Diloy ; commencez tout de suite, je vais courir chercher Ferdinand. »
 
Il disparut aussitôt et ne tarda pas à revenir avec Ferdinand.
 
Pendant son absence le général avait expliqué à Diloy le travail conseillé par Gertrude ; Diloy l’approuva beaucoup et commença tout de suite le tracé du petit fossé ; il le finissait lorsque Laurent arriva.
 
« Tiens, Ferdinand, il faut un fossé autour du jardin ; quarante centimètres de largeur et trente de profondeur. Et vite, c’est un ouvrage pressé, ajouta-t-il en riant.
 
– D’abord, dit-il tout en bêchant, tout ce qui est pour les enfants est toujours pressé. Ils n’ont pas, comme nous, la patience d’attendre.
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Et tu crois, mon brave garçon, que je resterai les bras croisés comme un oison à te regarder faire ! Je prends ma bêche et je commence à l’autre bout. »
 
Gertrude voulut également aider avec une bêche des enfants ; Félicie finit par s’y mettre aussi.
 
DILOY<BR>
La bonne terre doit être jetée sur les planches, ça les exhaussera et ça n’en fera que mieux.
 
LAURENT<BR>
Et nos salades qui seront enterrées !
 
ANNE<BR>
Et nos pauvres fleurs !
 
DILOY<BR>
Quant aux fleurs, mam’selle, ça ne leur fera pas de mal. Mais, pour les salades, il faut les arracher, et lestement, car nous y arrivons tout à l’heure.
 
JULIETTE<BR>
Arrachons tout ; que chacun prenne une rangée. Aide-nous, Gertrude ; aide aussi, Félicie. »
 
Gertrude et Félicie jetèrent leurs bêches, qui n’avançaient pas beaucoup le fossé, et se mirent avec les autres à arracher les salades. Laurent et Juliette voulurent les garder pour les éplucher, et servir à leur oncle les feuilles encore fraîches.
 
GERTRUDE, ''riant''<BR>
Une jolie salade que mangera mon pauvre oncle !
 
LAURENT<BR>
Tiens ! les feuilles sont très bonnes.
 
FÉLICIE<BR>
Il n’y a pas de cœur ; les feuilles sont vertes. Ce sera détestable.
 
ANNE<BR>
Ce sera très bon. Qu’est-ce que ça fait que les feuilles sont vertes. »
 
Hier j’en ai donné un peu aux lapins ; ils ont tout mangé ; ils ont trouvé ça très bon. »
 
Tout le monde partit d’un éclat de rire.
 
ANNE<BR>
Pourquoi riez-vous ? C’est très vrai.
 
GERTRUDE<BR>
Mais mon oncle n’est pas un lapin.
 
ANNE<BR>
Je sais bien ! Et pourtant, l’autre jour, Diloy disait, en parlant de mon oncle, qui est si brave et si bon : "M. le comte est un fameux lapin !"*** Tu vois. »
 
Le pauvre Diloy cessa un instant de bêcher ; il était tout confus. Le général interrompit aussi son travail pour rire plus à son aise. Gertrude, Félicie, Juliette et Laurent riaient aux éclats. Les rires redoublaient devant l’air étonné d’Anne.
 
« Ma pauvre petite Anne, dit enfin le général, je te remercie bien de ton explication pour ma salade, que je mangerai avec autant d’appétit que tes lapins.
 
ANNE<BR>
N’est-ce pas, Diloy, vous avez dit que mon oncle est un fameux lapin ?
 
– Mon Dieu, oui, mam’selle, répondit humblement le pauvre Diloy tout confus ; et j’en demande bien pardon à monsieur le comte. Je n’avais pas l’intention d’offenser monsieur le comte, bien sûr. Je serais bien désolé que monsieur le comte pût croire que je lui ai manqué de respect, moi qui suis tout dévoué à monsieur le comte, et qui lui suis attaché comme à un bienfaiteur.
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Sois donc tranquille, mon brave garçon ; est-ce que je puis jamais avoir une pensée pareille ? Mais c’est que tu m’as fait au contraire un fier compliment. Ce n’est pas chose facile ni commune que d’arriver à être un ''fameux lapin''. Mes hommes appelaient le maréchal Pélissier un fameux lapin, et je t’assure qu’il ne s’en fâchait pas quand il le savait ; il riait de bon cœur et remerciait de la bonne opinion qu’on avait de lui.
 
DILOY<BR>
Merci bien, monsieur le comte, de me rassurer ; j’aurais été si désolé de mécontenter monsieur le comte !
 
LE GÉNÉRAL<BR>
Je ne suis pas si facile à fâcher, mon ami… Et notre fossé donc ! Vite, à l’ouvrage. À l’ouvrage, enfants… Eh bien ! eh bien ! qu’est-ce que tu as, ma petite Anne ? Pourquoi pleures-tu si fort, ma pauvre fille ?
 
ANNE, ''sanglotant''<BR>
Félicie… m’a dit… que je suis… une méchante… que j’ai fait… de la… peine… à… Diloy… et à vous.
 
LE GÉNÉRAL, ''la prenant dans ses bras et l’embrassant''<BR>
 
Pas du tout, ma pauvre petite, tu n’as fait de peine à personne. Où diable, Félicie, as-tu été chercher cela pour faire pleurer cette enfant ?… Console-toi, ma petite Anne ; tu as très bien fait. Arrache tes salades ; vous ne serez pas prêts à temps pour Diloy. Il travaille, il bêche. C’est lui qui est un fameux lapin. »
 
En deux heures le fossé fut terminé, et on le vit avec bonheur se remplir tout doucement d’eau. Les ouvriers étaient en nage, y compris le général ; il fit apporter une bouteille d’''anisette'' et du café noir tout bouillant, qu’il fit avaler à ''tous les ouvriers''. Il distribua ensuite de l’anisette selon l’âge et le sexe.
 
Les enfants, qui ne prenaient jamais de café noir, s’en régalèrent avec délices ; ils auraient voulu avoir tous les jours leur oncle dans leur jardin.
 
L’heure des leçons était arrivée ; quand ils retournèrent à leur jardin, ils firent des cris de joie en voyant leur fossé plein d’eau et deux petits ponts que Diloy venait de leur établir.
 
 
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