Différences entre les versions de « La Maison Tellier (recueil, Ollendorff 1891)/En famille »

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<center>[[La Maison Tellier]]</center>
[[category:Contes et Nouvelles de Maupassant]]
 
 
 
Deux chambres, une salle à manger et une cuisine où des sièges recollés erraient de pièce en pièce selon les besoins, formaient tout l’appartement que Mme Caravan passait son temps à nettoyer, tandis que sa fille Marie-Louise, âgée de douze ans, et son fils Philippe-Auguste, âgé de neuf, galopinaient dans les ruisseaux de l’avenue avec tous les polissons du quartier.
 
Au-dessus de lui, Caravan avait installé sa mère, dont l’avarice était célèbre aux environs et dont la maigreur faisait dire que le Bon Dieu avait appliqué sur elle-même ses propres principes de parcimonie. Toujours de mauvaise humeur, elle ne passait point un jour sans querelles et sans colères furieuses. Elle apostrophait de sa fenêtre les voisins sur leurs portes, les marchandes des quatre saisons, les balayeurs et les gamins qui, pour se venger, la suivaient de loin, quand elle sortait, en criant : « AÀ la chie-en-lit ! »
 
Une petite bonne normande, incroyablement étourdie, faisait le ménage et couchait au second près de la vieille, dans la crainte d’un accident.
Elle devint très sérieuse :
 
AÀ quel bureau ?
 
– Au bureau des achats extérieurs.
Elle se fâchait :
 
AÀ la place de Ramon alors, juste celle que je voulais pour toi ; et lui, Ramon ? à la retraite ?
 
Il balbutia :
 
AÀ la retraite.
 
Elle devint rageuse, le bonnet partit sur l’épaule :
– A-t-il navigué celui-là ?
 
AÀ cette question, Caravan se rasséréna. Une gaieté lui vint qui secouait son ventre : « Comme Balin, juste comme Balin, son chef. » Et il ajouta, dans un rire plus fort, une vieille plaisanterie que tout le ministère trouvait délicieuse : « Il ne faudrait pas les envoyer par eau inspecter la station navale du Point-du-Jour, ils seraient malades sur les bateaux-mouches. »
 
Mais elle restait grave comme si elle n’avait pas entendu, puis elle murmura en se grattant lentement le menton : « Si seulement on avait un député dans sa manche ? Quand la Chambre saura tout ce qui se passe là-dedans, le ministre sautera du coup… »
Il leva la tête et, montrant le plafond de l’œil :
 
- Mais… là-haut… il n’y a personne.
 
- Pardon, Rosalie est auprès d’elle, tu iras la remplacer à trois heures du matin, quand tu auras fait un somme.
 
Il resta néanmoins en caleçon afin d’être prêt à tout événement, noua un foulard autour de son crâne, puis rejoignit sa femme qui venait de se glisser dans les draps.
Mais Caravan se frappa le front et, avec l’intonation timide qu’il prenait toujours en parlant de son chef dont la pensée même le faisait trembler : « Il faut aussi prévenir au ministère. » dit-il. Elle répondit :
 
-Pourquoi prévenir ? Dans des occasions comme ça, on est toujours excusable d’avoir oublié. Ne préviens pas, crois-moi ; ton chef ne pourra rien dire et tu le mettras dans un rude embarras.
 
- Oh ! ça oui, dit-il, et dans une fameuse colère quand il ne me verra point venir. Oui, tu as raison, c’est une riche idée. Quand je lui annoncerai que ma mère est morte, il sera bien forcé de se taire.
 
Et l’employé, ravi de la farce, se frottait les mains en songeant à la tête de son chef, tandis qu’au-dessus de lui le corps de la vieille gisait à côté de la bonne endormie.
5° Aux pompes funèbres ;
 
AÀ l’imprimerie pour les lettres ;
 
6° A l’imprimerie pour les lettres ;
 
7° Chez le notaire ;
Mais Marie-Louise et Philippe-Auguste étaient repartis vagabonder dans l’avenue. Ils furent bientôt entourés de camarades, de petites filles surtout, plus éveillées, flairant plus vite tous les mystères de la vie. Et elles interrogeaient comme les grandes personnes.
 
- Ta grand’maman est morte ?
 
- Oui, hier au soir.
 
-Comment c’est, un mort ?
 
Et Marie-Louise expliquait, racontait les bougies, le buis, la figure. Alors une grande curiosité s’éveilla chez tous les enfants ; et ils demandèrent aussi à monter chez la trépassée.
Alors l’homme tomba sur une chaise avec une sueur froide aux tempes, et murmura : « Qu’est-ce que je vais dire à mon chef ? »
 
15 février 1881.
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