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[[en:Uncle Tom's Cabin/Chapter XXXVII]]
 
==[[Page:Beecher Stowe - La Case de l’oncle Tom, Sw Belloc, 1878.djvu/519]]==
 
 
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Cassy ouvrit, et aperçut Emmeline, pâle d’épouvante, blottie dans le coin le plus reculé de la chambre. À son entrée, la jeune fille eut un tressaillement nerveux ; mais elle la reconnut, s’élança au devant d’elle, lui saisit le bras, et s’écria :
==[[Page:Beecher Stowe - La Case de l’oncle Tom, Sw Belloc, 1878.djvu/520]]==
elle la reconnut, s’élança au devant d’elle, lui saisit le bras, et s’écria :
 
« Ô Cassy, est-ce vous ? Je suis si contente que vous veniez ! J’avais si grand’peur que ce fût… Oh ! vous ne savez pas quel effroyable bruit il y a eu là-bas toute la soirée !
 
— Demandez plutôt ce qu’il ''ne ferait pas !'' Il a bien appris son métier parmi les pirates des Indes occidentales. Vous ne dormiriez plus si je vous contais les choses que j’ai vues ; — les choses qu’il cite, parfois, comme de bons tours. J’ai entendu ici des cris tels que je ne pouvais les chasser de ma tête pendant des semaines et des mois. Là-bas, près des cases, il y a un endroit où vous pourriez voir un arbre calciné par le feu, au pied duquel sont amoncelées des cendres noires. Demandez-leur ce qui s’est passé là : vous verrez s’ils osent vous répondre !
==[[Page:Beecher Stowe - La Case de l’oncle Tom, Sw Belloc, 1878.djvu/521]]==
 
Oh ! que voulez-vous dire ?
 
Rien ; je ne vous le dirai pas. J’en hais même la pensée ; mais je vous affirme que le Seigneur seul sait ce que nous pouvons voir demain, si ce pauvre garçon persiste comme il a commencé.
 
— Horreur ! » s’écria Emmeline, tout son sang abandonnant ses joues. « Ô Cassy, dites-moi, que ferai-je ?
— C’est un vieux souhait, dit Cassy ; je me suis lassés à le faire. Je me serais tuée, si je l’avais osé. »
 
Elle s’arrêta ; son regard, perdu dans l’obscurité de la nuit, prit l’expression de désespoir fixe et morne qui lui était habituelle au repos.
==[[Page:Beecher Stowe - La Case de l’oncle Tom, Sw Belloc, 1878.djvu/522]]==
nuit, prit l’expression de désespoir fixe et morne qui lui était habituelle au repos.
 
— Ce serait mal de se tuer, dit Emmeline.
Cette nuit, cependant, ses efforts fébriles pour chasser de son esprit l’épouvante et le remords qui l’obsédaient, lui avaient fait dépasser les bornes ; et, dès qu’il eut congédié ses noirs serviteurs, il tomba pesamment sur un siège et s’endormit.
 
Oh ! comment l’âme mauvaise ose-t-elle aborder le monde fantastique du sommeil, empire dont les contours indécis touchent de si près aux mystères de l’autre vie ? Legris eut un rêve. Dans son lourd et fiévreux sommeil, il vit, debout à ses côtés, une forme vague qui posa sur lui une main froide et douce. Il lui sembla la reconnaître, et il frissonna d’horreur, quoique la figure fût voilée ; puis, il sentit la ''mèche de cheveux'' s’enrouler à ses doigts, se glisser doucement autour de son cou, et l’étreindre, — l’étreindre, jusqu’à ce qu’il en perdit le souffle. Il crut entendre des voix lui murmurer tout bas des mots pleins d’épouvante. Tout à coup, il se trouva sur le bord d’un abîme sans fond, criant et luttant, en proie à de mortelles terreurs, tandis que des mains noires, sorties du précipice, le saisissaient et l’attiraient à elles ; Cassy survint derrière lui et le poussa en riant. Alors la solennelle figure voilée s’avança et se découvrit. C’était sa mère. Elle se détourna de lui, et il roula au plus profond du gouffre, au bruit de cris, de huées, d’éclats de rire diaboliques, — et… Legris s’éveilla.
==[[Page:Beecher Stowe - La Case de l’oncle Tom, Sw Belloc, 1878.djvu/523]]==
terreurs, tandis que des mains noires, sorties du précipice, le saisissaient et l’attiraient à elles ; Cassy survint derrière lui et le poussa en riant. Alors la solennelle figure voilée s’avança et se découvrit. C’était sa mère. Elle se détourna de lui, et il roula au plus profond du gouffre, au bruit de cris, de huées, d’éclats de rire diaboliques, — et… Legris s’éveilla.
 
La lueur calme et rosée de l’aube se glissait dans la chambre. L’étoile du matin, comme un œil divin, avec sa chaste et solennelle clarté, regardait, du haut du ciel de plus en plus radieux, l’homme de péché. Quelles fraîches et saintes splendeurs accompagnent le lever du jour ! Ne semblent-elles pas dire à l’insensé : « Regarde ! voici une chance de plus ! ''efforce''-toi de conquérir la gloire immortelle ! » Il n’y a ni langue, ni pays où cette voix ne s’entende ; mais l’homme endurci dans le mal ne la comprend pas. Legris s’éveilla, une imprécation à la bouche. Que lui importaient l’or et la pourpre du miracle quotidien de l’aube ? Que lui importait la sainteté de cette étoile que le Fils de Dieu a bénie en la prenant pour emblème ? Abruti comme il l’était, il voyait sans percevoir. Il se leva en chancelant, se versa un verre d’eau-de-vie, et en avala moitié.
— Qu’as-tu à y voir ? ce ne sont pas tes affaires.
 
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— Non, à coup sûr, et je ne sais pourquoi je m’en mêlerais. S’il vous prend fantaisie de payer douze cents dollars un esclave et de l’éreinter au moment le plus pressé de l’année, rien que pour satisfaire votre dépit, ce ne sont, certes, pas mes affaires ! J’ai fait pour lui ce que je pouvais.
 
 
— Mais il cédera, il cédera ! Ne connais-je pas les nègres ? Il rampera comme un chien, ce matin.
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— Non, Simon ; vous ne connaissez rien à cette espèce-là. Vous pouvez le tuer pouce à pouce, mais vous n’en tirerez pas un mot de repentir.
À travers le grossier vitrail de la grange où gisait Tom, la douce lumière de l’aube, la gloire angélique de l’étoile du matin avaient pénétré, semblant apporter avec elles ces paroles solennelles : « Je suis la tige et le rejeton de David ; je suis l’étoile brillante du matin ! » Les réticences, les avis mystérieux de Cassy, loin d’abattre son âme, l’avaient fortifiée, comme un appel d’en haut. Il ne savait si c’était le jour de sa mort qui se levait au ciel, et son cœur palpitait de joie et de désir en songeant à toutes les merveilles, sujet constant de ses méditations. Le grand trône blanc, entouré de son arc-en-ciel toujours radieux, la multitude en robe blanches, murmurante comme le bruit des grandes eaux, les couronnes, les palmes et les harpes d’or, pouvaient tous éclater à sa vue avant le coucher du soleil ! Il entendit donc, sans effroi et sans frisson, la voix de son persécuteur au moment où il approcha.
 
« Eh bien ! mon garçon, dit Legris en le frappant avec mépris du pied, comment te va ? Ne t’avais-je pas prédit que je t’apprendrais une chose ou deux ? T’en trouves-tu bien ? La leçon te plaît-elle ? tes geignements t’ont-ils profité ? Es-tu tout à fait aussi crâne que tu l’étais hier ? Ne saurais-tu régaler un pauvre pécheur d’un petit brin de sermon ? Tâche ! »
==[[Page:Beecher Stowe - La Case de l’oncle Tom, Sw Belloc, 1878.djvu/526]]==
l’étais hier ? Ne saurais-tu régaler un pauvre pécheur d’un petit brin de sermon ? Tâche ! »
 
Tom ne répondit rien.
— Maître, répondit Tom, je sais que vous pouvez faire d’effroyables choses ! mais, — il se redressa et joignit les deux mains, — mais quand vous aurez tué le corps, vous ne pourrez plus rien, — rien ! Et après ! oh ! après ! viendra l’''éternité'', toute l’<small>ÉTERNITÉ</small> ! »
 
L’<small>ÉTERNITÉ</small> ! — À ce mot, l’âme du pauvre noir tressaillit, inondée de lumière et de puissance ; — celle du pêcheur aussi tressaillit comme sous la morsure du scorpion. Muet de rage, Legris broya le mot sous ses dents. Tom, semblable à un captif délivré de ses chaînes, parlait d’une voix claire et joyeuse.
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Muet de rage, Legris broya le mot sous ses dents. Tom, semblable à un captif délivré de ses chaînes, parlait d’une voix claire et joyeuse.
 
« Maître Legris, vous m’avez acheté, et je vous serai un loyal et fidèle serviteur. Je vous donnerai tout l’ouvrage de mes mains, tout mon temps, toute ma force, mais je n’abandonnerai jamais mon âme à une créature mortelle. Que je doive vivre ou mourir, je persévérerai dans le Seigneur, et mettrai ses commandements avant toutes choses ; vous pouvez en être sûr. Je n’ai pas peur de la mort : j’aime autant mourir que vivre. Il ne tient qu’à vous de me battre, de m’affamer, de me brûler, je n’en irai que plus tôt là où j’ai soif d’aller.
 
Legris se détourna, décidé à en rester là pour l’instant.
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« Eh bien ! fais-en à ta fantaisie, dit-il à Cassy d’un ton bourru.
 
— Oui, pour cette fois, répéta-t-elle. Mais désormais sa haine est attachée à vous ; elle vous suivra de jour en jour, accrochée comme un chien à votre gorge ; elle sucera votre sang, et pompera votre vie goutte à goutte ! Je connais l’homme ! »
 
 
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