Différences entre les versions de « L’Altaï, son histoire naturelle, ses mines et ses habitants »

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Cette indifférence en matière de religion paraît avoir régné chez les Kalmouks à l’époque même où régnaient les successeurs immédiats de Tchingis-Khan. Elle seule peut expliquer, comme elle les a rendues possibles, les pérégrinations de quelques moines du XIIIe siècle. On sait que Rubruquis et Carpini entre autres pénétrèrent jusque dans les cours mongoles, qu’ils y furent bien accueillis, mais ne parvinrent à exciter qu’une curiosité semblable à celle qu’auraient fait naître des baladins et des jongleurs. On les promenait couverts de leurs habits sacerdotaux, on leur enjoignait de déployer toute la pompe de leurs cérémonies, d’entonner les hymnes sacrés, puis on les renvoyait. On les traitait d’ailleurs sans façon, et Rubruquis raconte naïvement comment un jour qu’il expliquait à Mangou-Khan les vérités de la religion chrétienne, il se vit interrompu dans sa harangue par les ronflemens sonores du prince. Cette tolérance dédaigneuse contraste étrangement avec le fanatisme farouche inspiré par les doctrines de Mahomet, avec le zèle trop souvent cruel qui régnait alors chez les populations chrétiennes. Certes, si un sectaire étranger se fût ainsi présenté chez un prince catholique, il est peu probable qu’on se fût contenté de le trouver ennuyeux ou divertissant, témoin les nestoriens, qui, à cette même époque, étaient contraints, pour fuir le glaive de l’orthodoxie, de se réfugier dans ces villes lointaines, où le pieux Rubruquis les trouva, à son très grand scandale, suivant tranquillement leurs doctrines à l’abri de l’indifférentisme des princes mongols.
 
 
==[[Page:Revue des Deux Mondes - 1845 - tome 11.djvu/263]]==
 
On doit distinguer soigneusement des peuples dont nous venons de parler les ''Kirghiz'', qui habitent les steppes étendues au pied de l’Altaï, au sud-ouest de ces montagnes. Ces derniers, résultant du mélange de la race turque avec quelques rameaux indo-germaniques, sont bien supérieurs aux Kalmouks. En revanche, ils sont aussi turbulens et enclins au brigandage que leurs voisins sont doux et inoffensifs. Aussi, pour maintenir la sécurité dans ces steppes que leur position désigne comme la grande voie commerciale entre la Chine et la Russie, cette dernière puissance s’est vue obligée de multiplier les établissemens militaires et les piquets de Cosaques. Ces établissemens ont déjà amené un résultat utile et d’un heureux augure pour l’avenir de ces contrées. Frappées des avantages et du bien-être que la civilisation entraîne après elle, les populations nomades commencent à se grouper autour des villages cosaques, et déjà quelques familles ont échangé leurs ''yourtes'' ambulantes pour des maisons immobiles, mais plus comfortables.
 
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