« Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Arc-boutant » : différence entre les versions

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construction des arcs-boutants de l'église de Saint-Urbain de Troyes (66).
 
[[Image:Arc.boutant.eglise.Saint.Urbain.Troyes.png|center]]
[Illustration: Fig. 66.]
 
Que l'on veuille bien examiner cette figure, et l'on verra que
appareil. Ici, la buttée n'est pas obtenue au moyen de l'arc ABC, mais par
l'étai de pierre DE. L'arc ABC, dont la flexibilité est d'ailleurs neutralisée
par l'horizontale BG et le cercle F, n'est là que pour empêcher l'étai DE de
...
fléchir. Si l'architecte qui a tracé cet arc-boutant eût pu faire tailler le
...
triangle DBG dans un seul morceau de pierre, il se fût dispensé de placer le
''lien'' AB. Toutefois, pour oser appareiller un arc-boutant de cette façon, il
fallait être bien sûr du point de la poussée de la voûte et de la direction de
cette poussée, car si ce système de buttée eût été placé un peu au-dessus
ou au-dessous de la poussée, si la ligne DE n'eût pas été inclinée suivant le
seul angle qui lui convenait, il y aurait eu rupture au point B. Pour que
cette rupture n'ait pas eu lieu, il faut supposer que la résultante des pressions
diverses de la voûte agit absolument suivant la ligne DE. Ce n'est donc
pas trop s'avancer que de dire: le système de l'arc-boutant, au XIVe siècle,
était arrivé à son développement le plus complet. Mais on peut avoir
raison suivant les règles absolues de la géométrie, et manquer de sens.
L'homme qui a dirigé les constructions de l'église de Saint-Urbain de
Troyes était certes beaucoup plus savant, meilleur mathématicien que ceux
qui ont bâti les nefs de Chartres, de Reims ou d'Amiens, cependant ces
derniers ont atteint le but et le premier l'a dépassé en voulant appliquer
ses matériaux à des combinaisons géométriques qui sont en complet
désaccord avec leur nature et leurs qualités; en voulant donner à la pierre
le rôle qui appartient au bois, en torturant la forme et l'art enfin, pour
se donner la puérile satisfaction de les soumettre à la solution d'un problème
de géométrie. Ce sont là de ces exemples qui sont aussi bons à
étudier qu'ils sont mauvais à suivre.
 
[Illustration: Fig. 67.]
 
Ce même principe
est adopté dans
de grands édifices.
On voit dans la
partie de la nef
de la cathédrale de
Troyes, qui date
du XVe siècle, un
arc-boutant à double
volée particulièrement
bien établi
pour résister
aux poussées des
grandes voûtes. Il
se compose de deux
buttées rigides de
pierre réunies par
une arcature à jour (67);
la buttée inférieure
est tangente à l'extrados de l'arc, de manière à reporter la poussée sur
la naissance de cet arc, en le laissant libre toutefois par la disposition de l'appareil.
Les pieds-droits de l'arcature à jour sont perpendiculaires à la direction
des deux buttées, et les étrésillonnent ainsi beaucoup mieux que s'ils
étaient verticaux, comme dans les arcs-boutants des chœurs de la cathédrale
d'Amiens et de l'église d'Eu, donnés figures 62 et 63. Ces deux buttées
rigides AB, CD, ne sont pas parallèles, mais se rapprochent en AC comme
deux étais de bois, afin de mieux reporter la poussée agissant de B en F
sur l'arc-boutant unique de la première volée E. La buttée rigide AB sert
d'aqueduc pour les eaux du comble. Par le fait, cette construction est plus
savante que gracieuse, et l'art ici est complétement sacrifié aux combinaisons
géométriques.
 
Ce système d'arcs-boutants à jour, rigides, fut quelquefois employé avec
bien plus de raison lorsqu'il s'agissait de maintenir une poussée agissant
sur un vide étroit, comme dans la Sainte-Chapelle basse de Paris (XIIIe siècle).
Là, cet arc-boutant se compose d'une seule pierre évidée venant
opposer une résistance fort légère en apparence, mais très-rigide en réalité,
à la pression d'une voûte. La Sainte-Chapelle basse du Palais se compose
d'une nef et de deux bas côtés étroits, afin de diminuer la portée des voûtes
 
[Illustration: Fig. 68.]
 
dont on voulait éviter de faire
descendre les naissances trop
bas; mais les voûtes de ces bas
côtés atteignant la hauteur sous
clef des voûtes de la nef (68),
il fallait s'opposer à la poussée
des grands arcs-doubleaux et
des arcs-ogives au point A, au
moyen d'un véritable étrésillon.
L'architecte imagina de rendre
fixe ce point A, et de reporter
sa poussée sur les contre-forts
extérieurs, en établissant un
triangle à jour ABC découpé
dans un seul morceau de pierre.
 
Ce système d'arc-boutant, ou
plutôt d'étrésillon, est employé
souvent dans les constructions
civiles pour contre-butter des
poussées. Les manteaux des
quatre cheminées des cuisines
dites de saint Louis, au Palais de Paris, sont maintenus par des étrésillons
pris également dans un seul morceau de pierre découpé à jour
(voy. CHEMINÉE).
 
Il n'en résulte pas moins que l'arc-boutant surmonté d'un aqueduc se
perfectionne sous le point de vue de la parfaite connaissance des poussées
pendant les XIVe et XVe siècles, comme l'arc-boutant simple ou double. Les
constructeurs arrivent à calculer exactement le poids qu'il faut donner aux
aqueducs à jour pour empêcher le soulèvement de l'arc. Le caniveau qui
couronne l'aqueduc devient un étai par la force qu'on lui donne aussi bien
que par la manière dont il est appareillé.
 
Comme il arrive toujours lorsqu'un système adopté est poussé à ses
dernières limites, on finit par perdre la trace du principe qui l'a développé;
à la fin du XVe siècle et pendant le XVIe, les architectes prétendirent si bien
améliorer la construction des arcs-boutants, qn'ils oublièrent les conditions
premières de leur stabilité et de leur résistance. Au lieu de les former d'un
simple arc de cercle venant franchement contre-butter les poussées, soit
par lui-même, soit par sa combinaison avec une construction rigide servant
d'étai, ils leur donnèrent des courbes composées, les faisant porter sur les
piles des nefs en même temps qu'ils maintenaient l'écartement des voûtes.
Ils ne tenaient plus compte ainsi de cette condition essentielle du glissement
des têtes d'arcs, dont nous avons expliqué plus haut l'utilité; ils
tendaient à pousser les piles en dedans, au-dessous et en sens inverse de
la poussée des voûtes. Nous donnons ici (69) un des arcs-boutants de la
nef de l'église Saint-Wulfrand d'abbeville, construit d'après ce dernier
 
*[Illustration: Fig. 69.]
 
principe pendant les premières années du XVIe siècle. Ces arcs ont produit
et subi de graves désordres par suite de leur disposition vicieuse. Les
contre-forts extérieurs ont tassé; il s'est déclaré des ruptures et des écrasements
aux points A des arcs, les sommiers B ayant empêché le glissement
qui aurait pu avoir lieu sans de grands inconvénients. Les arcs
rompus aux points A ne contre-buttent plus les voûtes, qui poussent et
écrasent, par le déversement des murs, les aqueducs supérieurs; en même
temps ces arcs, déformés, chargés par ces aqueducs qui subissent la pression
des voûtes, agissent puissamment sur les sommiers B, et, poussant
dès lors les piliers vers l'intérieur à la naissance des voûtes, augmentent
encore les causes d'écartement. Pour nous expliquer en peu de mots,
lorsque des arcs-boutants sont construits d'après ce système, la poussée
des voûtes qui agit de C en D charge l'arc A verticalement, en augmentant
la pression des pieds-droits de l'aqueduc. Cette charge verticale, se reportant
sur une construction élastique, pousse de A en B. Or, plus la poussée de A
en B est puissante, et plus la poussée des voûtes agit en C par le renversement
de la ligne DC. Donc les sommiers placés à la tête des arcs-boutants
en B sont contraires au principe même de l'arc-boutant.
 
Les porches nord et sud de l'église Saint-Urbain de Troyes peuvent
donner une idée bien exacte de la fonction que remplissent les arcs-boutants
dans les édifices de la période ogivale. Ces porches sont comme la
dissection d'une petite église du XIVe siècle. Des voûtes légères, portées
sur des colonnes minces et longues, sont contre-buttées par des arcs
qui viennent se reposer sur des contre-forts complétement indépendants
du monument; pas de murs: des colonnes, des voûtes, des contre-forts
isolés, et les arcs-boutants placés suivant la résultante des poussées. Il
n'entre dans toute cette construction, assez importante cependant, qu'un
volume très-restreint de matériaux posés avec autant d'art que d'économie (70).
A indique le plan de ce porche, B la vue de l'un de ses arcs-boutants
d'angle. Comme dans toutes les bonnes constructions de cette
époque, l'arc-boutant ne fait que s'appuyer contre la colonne, juste au
point de la poussée, étayant le sommier qui reçoit les
arcs-doubleaux,
 
*[Illustration: Fig 70 A.]
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