Différences entre les versions de « Édimbourg et la société écossaise à la fin du siècle dernier »

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{{journal|Edimbourg et la société écossaise à la fin du siècle dernier|[[Cucheval-Clarigny]]|[[Revue des Deux Mondes]] T.10, 1857}}
 
:I. — ''Memorials of his Times'', by lord Cockburn; London 1856. - II. — ''Jeffrey’s Life and correspondence'', by lord Cockburn.
:II. — ''Jeffrey’s Life and correspondence'', by lord Cockburn.
 
« En mars 1811, je me mariai et j’établis mes rustiques pénates à Bonaly, sur la paroisse de Colinton, au nord et tout au pied des monts Pentland, et, à moins qu’un ange vengeur ne vienne m’en chasser, je ne quitterai jamais ce paradis. Je commençai par louer à l’année quelques pieds carrés de terre et une maison de ferme à peine habitable; mais, réalisant les profanations d’Auburn, j’ai détruit un village pour élever une tour, et, j’ai atteint la dignité d’un laird, seigneur de vingt acres. Excepté les deux granges, quelques vieux arbres et les montagnes, tout à Bonaly est mon ouvrage et en grande partie l’œuvre de mes propres mains. Il est impossible à la nature humaine de goûter un bonheur plus grand que celui qui a été mon partage dans cette demeure, où la beauté du site et les charmes d’une agreste retraite ont été encore rehaussés pour moi par le succès de mes améliorations, par les progrès de mes enfans et de moi-même. J’ai été trop heureux, et je tremble souvent à la pensée que le nuage devra venir enfin. »
Edimbourg est aujourd’hui une ville toute moderne, régulière et bien bâtie, d’un accès facile, avec des rues droites et propres, des maisons bien blanches, des édifices publics corrects, des gares de chemins de fer spacieuses. On n’y trouverait plus un seul des nombreux bouquets d’arbres qui ornaient ses rues et ses places, il y a un demi-siècle, et à l’ombre desquels ont joué Brougham, Cockburn et Jeffrey. La promenade de Bellevue, les champs de lord Moray ont été remplacés par des quartiers tout neufs; l’église de Tron, avec son clocher élégant, a disparu dans l’incendie de 1824; l’église de la Trinité, le seul édifice gothique que possédât Edimbourg, a été sacrifiée à un chemin de fer : la vieille prison, le ''Cœur de Midlothian'', n’existe plus que dans le roman de Walter Scott. Tous ces changemens, dont chacun a arraché un soupir à Cockburn, grand ami des vieux arbres et des vieux édifices, ont transformé complètement la capitale de l’Ecosse; mais lorsque Cockburn y arriva tout enfant, le vieil Edimbourg était encore debout : c’était toujours la cité du moyen âge, avec le couvre-feu traditionnel, avec ses monumens riches en souvenirs, ses rues tortueuses, ses quartiers séparés les uns des autres par la nature, et plus encore par les mœurs. La noblesse habitait dans la Canongate ses demeures patrimoniales; les hommes d’étude étaient groupés autour du collège, et les gens de loi autour de Parliament-House, devenu le temple de la justice. Chaque corps de métier, chaque genre de commerce étaient parqués dans une rue spéciale, et partout ailleurs aucun propriétaire n’aurait transformé en boutique le rez-de-chaussée de sa maison, sous peine d’incivilité envers ses voisins.
 
Le temps n’était plus sans doute où une pléiade d’écrivains éminens faisaient d’Edimbourg comme une nouvelle Athènes; mais la ''haute école'' et le ''collège'' (1)<ref> En anglais, les mots ''école'' et ''académie'' désignent un établissement d’enseignement secondaire analogue à nos lycées : le mot de ''collège'' s’applique aux établissemens d’enseignement supérieur tels que nos anciennes universités ou que les facultés actuelles.</ref> conservaient une légitime renommée. La guerre contre la république française, en bouleversant le continent, avait fermé aux fils des riches familles anglaises les universités de Hollande et d’Allemagne : Edimbourg avait hérité de cette brillante clientèle, et c’était à qui chercherait pour ses enfans un précepteur ou un conseiller parmi les maîtres illustres qu’elle comptait encore. C’est ainsi que lord Palmerston, lord Lansdowne, lord John Russell, lord Kinnaird, lord Glenelg, lord Abinger se trouvèrent rassemblés à Edimbourg par la communauté des études avant de se rencontrer dans les luttes de la politique active. La capitale de l’Ecosse avait déjà perdu les plus illustres de ses enfans et de ses hôtes, et cependant ni Oxford ni Cambridge ne pouvaient offrir une réunion de talens pareils à ceux qu’elle renfermait. La promenade quotidienne, et comme le rendez-vous de ces savans hommes, étaient la rue Nicolson et les prairies qui avoisinaient le collège. Il était impossible de n’y pas rencontrer à certaines heures les derniers des amis de Hume, les successeurs de Blair, d’Adam Smith et de Beattie, les uns cheminant à petits pas, un livre à la main, les autres philosophant à la façon des sages de l’ancienne Grèce. C’étaient les historiens Robertson, Ferguson et Henry, le philosophe Black, le chimiste Playfair, le naturaliste Robison.
 
« Robertson et sa famille étaient intimement liés avec la famille de mon père. Le docteur dînait très-souvent à la maison, et dans les deux dernières années de sa vie il était notre très proche voisin. Son petit-fils John Russell et moi avons passé plus d’une bonne journée d’été dans sa maison. Le docteur nous aidait volontiers à combiner des plans pour empêcher nos lapins de s’échapper, et quelquefois, mais bien rarement, et avec de sérieuses recommandations d’observer une modération que mistress Robertson ne pouvait jamais obtenir de lui-même, il nous permettait de donner un assaut à son cerisier favori. C’était un vieillard de bonne mine, avec des yeux pleins de vivacité et d’intelligence, un menton large et proéminent; il portait un petit cornet acoustique, attaché par un ruban noir à une de ses boutonnières, et une immense perruque poudrée et frisée. Nous autres enfans, même à la distance de la petite table où l’on nous plaçait, nous étions frappés de l’attrait évident qu’avait pour lui un bon dîner : il s’y mettait de tout cœur, le menton presque dans son assiette, et tout entier à la besogne du moment. Peut-être sa surdité contribuait-elle un peu à lui donner cet air, car, quand son œil l’avertissait qu’il se passait quelque chose d’intéressant, c’était plaisir de voir avec quelle vivacité il appliquait le cornet à son oreille; et une fois sur la piste de la conversation, il la continuait avec ardeur, entraînant tout le monde à sa suite.
 
 
CUCHEVAL-CLARIGNY.
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<small> (1) En anglais, les mots ''école'' et ''académie'' désignent un établissement d’enseignement secondaire analogue à nos lycées : le mot de ''collège'' s’applique aux établissemens d’enseignement supérieur tels que nos anciennes universités ou que les facultés actuelles.</small><br />
 
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CUCHEVAL-CLARIGNY.
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