Différences entre les versions de « Le Roman en Angleterre depuis Walter Scott »

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{{journal|Du Roman en Angleterre depuis Walter Scott|[[Philarètes Chasles]]|[[Revue des Deux Mondes]] T.31, 1842}}
 
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L'histoire littéraire n'est que l'histoire des opinions et des idées. Dans quelque forme que ces opinions et ces idées se jettent, quelque moule qu'elles empruntent, drame, roman ou poème, le même fonds commun, la guerre des opinions, se retrouve dans les livres. Milton, le poète idéal, spiritualiste et chrétien, procède directement de l'idéaliste Spenser. Il fait la guerre à Butler et à Roscommon, épicuriens et royalistes. Dryden, le versificateur indifférent, est père de Pope, cet admirable et ingénieux artisan d'élégantes rimes; l'un et l'autre se montrent hostiles à la rigidité calviniste, qui règne au contraire chez Bunyan, le romancier allégorique, chez Daniel De Foë, le conteur minutieux, chez Richardson, le casuiste de la narration domestique. On voit marcher sous le même drapeau l'amer et ingénieux Butler, Fielding, antagoniste ardent de toutes les hypocrisies, et le spirituel Sheridan; ils font partie d'une seule armée qui attaque l'apparence de la vertu sous les noms de Richardson. Bunyan et De Foë.
 
Bulwer est donc supérieur à la plupart des romanciers de la Grande-Bretagne, précisément par ce sentiment universel dont les oeuvres de l'esprit ne peuvent se passer aujourd'hui. Walter Scott, Byron, Carlyle (malgré ses nuages et ses emportemens métaphysiques), peuvent être lus et compris d'un bout de l'Europe à l'autre. Il est impossible, au contraire, à qui n'est pas Anglais ou Écossais, de déchiffrer le vrai sens de ces romanciers nombreux, analystes impitoyables du monde britannique, gens de mérite d'ailleurs, qui font gémir la presse anglaise. L'un traite d'une profession spéciale, l'autre d'un ridicule particulier; celui-ci se renferme dans l'Irlande, et celui-là dans l'île de Man. Bulwer, même dans ses romans de second ordre, a le coup d'oeil plus vaste. Sans doute on ne trouve rien de complet dans ''Zanoni'', son dernier roman. C'est un rêve mêlé de peintures réelles, une fantasmagorie violente dont les masses enflammées ou sombres s'entr'ouvrent de temps à autre pour laisser apparaître des perspectives heureuses et beaucoup de ces idées dont Herder disait au lit de la mort : «Mon fils; rappelez-moi quelque grande pensée. Il n'y a que cela qui me rafraîchisse. » Eh bien ! au milieu de ces vapeurs et de cette confusion, vous sentez encore un souffle de philosophie élevée, de tolérance et d'aspiration vers l'unité européenne, une sympathie vaste, large et facile, qui remplace les passions des temps moins avancés, et qui est encore le meilleur et le plus fécond symptôme d'une époque telle que la nôtre. Il faut aujourd'hui tout comprendre pour être au niveau de son siècle. Il faut que le coeur batte à l’unisson de toutes les grandes pensées européennes, et que l'on s'associe à Gozzi comme à Molière, à Raphaël comme à Durer. Ne croyez pas que l'appréciation d'un mérite emporte avec elle la négation du mérite contraire. Rien de plus noble que cette abondante largeur de vues, cette vaste puissance de sensibilité intellectuelle qui permet de goûter à la fois les saveurs les plus diverses, et qui associe la pensée, par une sympathie profonde et ardente, à la grandeur gothique et chrétienne de Dante, à l'ironie sensuelle de Rabelais, à l'analyse impartiale, lumineuse et infatigable de Shakespeare. Ce n'est pas de l'éclectisme, c'est la souveraineté de la raison. Ce n'est pas de la confusion, c'est de l'ordre. Repoussons donc à la fois la confusion et l'exclusion; cherchons ce que le génie des races a donné de fruits éclatans et divers, tributs magnifiques apportés par les littératures à la grande civilisation de l'Europe moderne.
 
 
 
PHILARETE CHASLES.
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