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m (Nouvelle page : Les fonctionnaires publics - II L’acte de nomination, émané de l’autorité compétente, est le titre du fonctionnaire. Selon les emplois, la prise de possession doit être pr...)
 
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Mais on peut être en dissentiment sur des questions moins essentielles. Dans un état constitutionnel, la liberté des opinions crée des partis nombreux parmi les hommes même les plus dévoués à la forme du gouvernement et à la personne du prince. Les uns placent au premier rang les douceurs de la paix, les autres la dignité du pays. Ceux-ci pour suffisans, peut-être même pour excessifs, les droits politiques dont jouissent les citoyens; ceux-là seraient d’avis de les étendre. Mille questions s’agitent. L’enseignement public sera-t-il laïque ou religieux? Quel sera le système des impôts? Quelles alliances sont préférables pour la nation? On discute, on s’assemble, on écrit; c’est la vie d’un pays libre, et heureux celui où elle ne périt point sous l’étreinte mortelle des intérêts privés! Cependant un ministère s’est formé; il a adopté un ensemble d’opinions qui constitue sa politique; contre lui se sont réunis ceux qui ne partageaient point ces opinions, et qui ont formé le parti de l’opposition. Les fonctionnaires seront-ils obligés de se ranger au système du ministère et de s’en faire les appuis? Pourront-ils se placer dans les rangs de l’opposition? Telle est la question sur laquelle les esprits sont divisés.
 
IIIl y a une école politique aux yeux de laquelle le fonctionnaire, humble vassal, est étroitement lié au système ministériel. Il ne peut parler, écrire, se prononcer contre ce système. On l’oblige à se mêler aux élections pour soutenir les candidats du ministère. Électeur, il leur doit son suffrage; pair ou député, on lui concédera par grace de voter avec l’opposition; mais qu’il se garde de s’en porter l’organe à la tribune, qu’il ne l’appuie point surtout dans les questions qui touchent au fond même de la politique: une destitution inévitable l’atteindrait. On n’avoue pas toutes ces théories, mais elles sont au fond des pensées, et plusieurs ont été professées publiquement et mises en pratique.
 
Si le fonctionnaire appartient à la personne des ministres, tout est dit. Il se doit à ses maîtres : qu’il soit donc chassé, s’il n’est pas leur servile admirateur; mais telle n’est point sa condition : il n’est l’homme de personne, il est le serviteur de l’état. Il prête serment de fidélité à la charte et au roi, non au cabinet du 11 octobre ou du 22 février Quand les ministres sont chargés de pourvoir aux emplois, est-ce pour se faire des créatures? Nullement. La loi a cru qu’ils étaient les mieux placés pour choisir les hommes les plus capables, les plus propres à chaque service. Sous un régime administratif bien constitué, les emplois sont donnés à la capacité, aux travaux éprouvés, et non point au dévouement ministériel. Laissez donc à ceux qui les occupent, à moins que le caractère de l’emploi ne soit exclusivement politique, la liberté de leur opinion. Qu’ils puissent être de l’opposition, si tel est leur sentiment. Surtout, qu’on ne les fasse pas intervenir dans les élections. La liberté publique courrait de grands périls le jour où il serait admis en principe que tous les serviteurs de l’état sont au service du ministère dans ces épreuves solennelles; que, par exemple, les juges de paix dans tous les cantons, les percepteurs dans toutes les communes, peuvent user de l’influence qu’ils tiennent de leurs fonctions pour peser sur les électeurs. D’un autre côté, le pays ne verrait plus dans les fonctionnaires, au lieu des représentans impartiaux de la puissance publique, que des courtiers de suffrages, proxénètes méprisés, désertant le poste où la loi les a placés pour se faire agens d’intrigues. Plus le ministère serait audacieux, plus le danger serait grand. La considération du pouvoir y périrait avec la sincérité des élections. L’un de ces écueils est aussi redoutable que l’autre.