Différences entre versions de « Aurore (Nietzsche)/Livre troisième »

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''Scepticisme éteint''. – Les entreprises périlleuses sont plus rares dans les temps modernes que dans l'antiquité et pendant le Moyen Âge, – probablement parce que les temps modernes n'ont plus la croyance aux signes, aux oracles, aux constellations et aux devins. C'est-à-dire que nous sommes devenus incapables de croire à un avenir qui nous est réservé, comme faisaient les Anciens qui – à l'inverse de nous – étaient beaucoup moins sceptiques à l'égard de ce qui arrivait que de ce qui existait.
Désirer des adversaires parfaits. - On ne saurait contester aux Français qu'ils ont été le peuple le plus chrétien de la terre : non point qu'en France la dévotion des masses ait été plus grande qu'ailleurs, mais les formes les plus difficiles à réaliser de l'idéal chrétien s'y sont incarnées en de hommes et n'y sont point demeurées à l'état de conception, d'intention, d'ébauche imparfaite. Voici Pascal, dans l'union de la ferveur, de l'esprit et de la loyauté, le plus grand de tous les chrétiens, - et que l'on songe à tout ce qu'il s'agissait d'allier ici! Voici Fénelon, l'expression la plus parfaite et la plus séduisante de la culture ecclésiastique, sous toutes ses formes : un équilibre sublime, dont, comme historien, on serait tenté de démontrer l'impossibilité, tandis qu'en réalité il ne fut qu'une perfection d'une difficulté et d'une invraisemblance infinies. Voici Madame de Guyon, parmi ses semblables, les quiétistes français : et tout ce que l'éloquence et l'ardeur de l'apôtre Paul ont essayé de deviner de l'état le plus sublime, le plus aimant, le plus silencieux, le plus extasié et, pour tout dire semi-divin du chrétien, s'est ici fait vérité, en se dépouillant de cette importunité juive dont saint Paul fait preuve à l'endroit de Dieu, en la rejetant grâce à une naïveté de la parole et du geste, vraiment toute féminine, subtile et distinguée telle que la connaissait l'ancienne France. Voici le fondateur de l'ordre des Trappistes, le dernier qui ait pris au sérieux l'idéal ascétique du christianisme, non pas qu'il fût une exception parmi les Français, mais, au contraire, en vrai Français : car jusqu'à présent sa sombre création ne put s'acclimater et prospérer que chez les Français, elle les a suivis en Alsace et en Algérie. N'oublions pas les Huguenots : depuis eux il n'y a pas encore eu de plus bel alliage d'esprit guerrier et d'amour du travail, de mceurs raffinées et de rigueur chrétienne. Voici encore Port-Royal, où l'on assiste à la dernière floraison de la haute érudition chrétienne : et pour ce qui est de la floraison, en France les grands hommes s'y entendent mieux qu'ailleurs. Loin d'être superficiel, un grand Français n'en conserve pas moins sa surface, une enveloppe naturelle qui entoure son fond et sa profondeur, - tandis que la profondeur d'un grand Allemand est généralement tenue renfermée dans une fiole étrangement contournée, comme un élixir qui cherche à se garantir, par son enveloppe dure et singulière, de la clarté du jour et des mains étourdies. - Et que l'on devine après cela pourquoi ce peuple, qui possède les types les plus accomplis de la chrétienté, engendra nécessairement aussi les types contraires les plus accomplis de la libre pensée anti-chrétienne! Le libertin français a, dans son for intérieur, toujours livré bataille à de vrais grands hommes, et non pas seulement à des dogmes et à de sublimes avortons, comme les libertins des autres peuples.
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