Différences entre versions de « Aurore (Nietzsche)/Livre troisième »

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''Apprendre la solitude''. – Oh ! pauvres hères, vous qui habitez les grandes villes de la politique mondiale, jeunes gens très doués, martyrisés par la vanité, vous considérez que c'est votre devoir de dire votre mot dans tous les événements (– car il se passe toujours quelque chose) ! Vous croyez que, lorsque vous avez fait ainsi de la poussière et du bruit, vous êtes le carrosse de l'histoire ! Vous épiez toujours et attendez sans cesse le moment où vous pourrez jeter votre parole au public, et vous perdez ainsi toute productivité véritable ! Quel que soit votre désir de grandes œuvres, le profond silence de la maturation ne vient pas jusqu'à vous ! L'événement du jour vous chasse devant lui comme de la paille légère, tandis que vous avez l'illusion de chasser l'événement, – pauvres diables ! – Lorsque l'on veut être un héros sur la scène, il ne faut pas songer à jouer le chœur, on ne doit même pas savoir comment on fait chorus.
Avenir de la noblesse. - L'attitude du monde aristocratique exprime que dans tous ses membres le sentiment de la puissance joue sans cesse son jeu charmant. C'est ainsi que l'individu de mceurs nobles, qu'il soit homme ou femme, ne se laisse pas aller à des gestes d'abandon, il évite de se mettre à son aise devant tout le monde, par exemple de s'adosser en chemin de fer aux coussins du wagon, il ne semble pas se fatiguer de rester sur pied pendant des heures à la cour, il installe sa maison, non selon son agrément, mais pour qu'elle produise l'impression de quelque chose de vaste et d'imposant, comme si elle devait servir de séjour à des êtres plus grands (qui vivent plus longtemps), il répond à un discours provocant par de la retenue, avec un esprit clair, non comme s'il était scandalisé, anéanti, honteux, hors d'haleine, à la façon des plébéiens. Tout comme il sait garder l'apparence d'une force physique supérieure, toujours présente, il désire aussi maintenir, par une sécurité continuelle et beaucoup d'aménité, même dans les situations les plus pénibles, l'impression que son âme et son esprit sont à la hauteur des dangers et des surprises. Une culture noble peut ressembler, quant aux passions, soit à un cavalier qui éprouve du plaisir à faire marcher une bête ardente et fière au pas espagnol - que l'on se représente l'époque de Louis XIV - soit encore à un cavalier qui sent que sa monture s'élance sous lui comme une force de la nature, et qu'ils ne sont pas loin, tous deux, de perdre la tête, mais qu'ils se redressent avec fierté, jouissant de leur allure : dans les deux cas la culture noble respire la puissance et si très souvent, dans ses mœurs, elle n'exige que l'apparence du sentiment de puissance, le véritable sentiment de la supériorité grandit pourtant sans cesse par l'impression que ce jeu fait sur ceux qui ne sont point nobles et par le spectacle de cette impression. - Cet incontestable bonheur de la culture noble, qui s'édifie sur le sentiment de la supériorité, commence maintenant à monter à un degré supérieur encore, parce que, grâce à tous les esprits libres, il est dès lors permis à ceux qui sont nés et ont été élevés dans la noblesse, de pénétrer sans déchoir dans l'ordre de la connaissance pour y chercher des consécrations plus intellectuelles, y apprendre une courtoisie supérieure; permis de regarder vers cet-idéal de la sagesse victorieuse que nulle époque ne put encore dresser devant elle, avec une si bonne conscience que l'époque qui veut s'ouvrir. Et, en fin de compte, de quoi s'occuperait dès lors la noblesse, s'il apparaît de jour en jour plus clairement qu'il est indécent de s'occuper de politique?
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