Différences entre versions de « Les Loix du mouvement et du repos déduites d’un principe metaphysique »

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Lors qu'une partie de la Matière en mouvement, en rencontre un autre en repos, alle lui communique une partie de son mouvement, ou tout son mouvement même. Et comme la rencontre de deux parties de Matière, dont l'une est en repos & l'autre en mouvement, ou qui sont en mouvement l'une & l'autre, est toujours suivie de quelque changement dans l'état des deux; ce Choc paroît la cause de ce changement: quoi qu'il fût absurde de dire qu'une partie de la Matière, qui ne peut se mouvoir d'elle-même, en pût mouvoir une autre.
 
Pour trouver la première cause du Mouvement, le plus grand Philosophe de l'Antiquité eut recours à un premier Moteur, immobile, & indivisible (''Aristot. Physic. Lib. VIII''). Un Philosophe moderne a non seulement reconnu pour l'auteur du premier mouvement imprimé à la Matière, mais il a cru l'Action de Dieu continuellement nécessaire pour toutes les distributions & les modifications du Mouvement. Ne pouvant comprendre comment la puissance de mouvoir appartenoit au corps, il s'est cru fondé à nier qu'elle lui appartînt; & a conclu que, lors qu'un corps choque ou presse un autre corps, c'est Dieu seul qui le meut: l'impulsion n'est que l'occasion qui détermine Dieu à le mouvoir (''Malebranche. Entretiens sur la Metaph. Entret. VII'').
 
Ces Philosophes n'ont mis la cause du Mouvement en Dieu que parce qu'ils ne savoient où la mettre: ne pouvant concevoir que la Matière eût aucune efficace, pour produire, distribuer & détruire le Mouvement, ils ont eu recours à un Etre immatériel. Il falloit savoir que toutes les loix du Mouvement & du Repos étoient fondées sur le principe le plus convenable, pour voir qu'elles devoient leur établissement à un Etre tout puissant & tout sage; soit que cet Etre agisse immédiatement ; soit qu'il ait donné aux Corps le pouvoir d'agir les uns sur les autres; soit qu'il ait emploié quelqu'autre moien qui nous est encore moins connu.
Ces recherches étoient si peu du goût, ou si peu à la portée des Anciens, qu'on peut dire qu'elles sont encore aujourdhui une science toute nouvelle. Comment en effet les Anciens auroient-ils découvert les loix du Mouvement, pendant que les uns réduisoient toutes leurs spéculations sur le Mouvement à des disputes sophistiques; & que les autres soûtenoient qu'il n'y avoit point de Mouvement?
 
Des Philosophes plus laborieux, ou plus sensés, ne jugerent pas que des difficultés attachées aux premiers principles des choses, fussent des raisons pour désesperer d'en rien connoître, ni des excuses pour se dispenser se toute recherche.
 
Dès que la vraie manière de philosopher fut introduite, on ne se contenta plus de ces vaines disputes sur la nature du Mouvement: on voulut savoir selon quelles loix il se distribue, se conserve, & se détruit: on sentit que ces loix étoient le fondement de toute la Philosophie Naturelle.
 
Le grand Descartes, le plus audacieux des Philosophes, chercha ces loix, & se trompa. Mais comme si les tems avoient enfin conduit cette matière à une espece de maturité, l'on vit tout à coup paroître de toutes parts, ces loix inconnues pendant tant de siecles.Huygens, Wallis & Wren les trouverent en même tems. Plusieurs Mathématiciens après eux, qui les ont cherchées par des routes différentes, les ont confirmées.
 
Cependant tous les Mathématiciens étant aujourdhui d'accord dans le cas le plus compliqué, ne s'accordent pas dans le cas le plus simple. Tous conviennent des mêmes distributions de Mouvement dans le Choc des ''Corps élastiques''; mais ils en assignent de differentes pour les ''Corps durs'': & quelques uns prétendent qu'on ne sauroit déterminer les distributions de Mouvement dans le Choc de ces Corps. Les embarras qu'ils y ont trouvés, leur ont fait prendre le parti de nier l'existence & même la possibilité des Corps durs. Ils prétendent que les Corps qu'on prend pour tels, ne sont que des Corps élastiques, dont la roideur rend la flexion de leurs parties & leur redressement, imperceptibles.
 
On allegue des expériences qu'on a faites sur des Corps qu'on appelle vulgairement durs, qui prouvent que ces corps ne sont qu'elastiques. Lorsque deux Globes d'yvoire, d'acier, ou de verre, se choquent; quoiqu'après le Choc on leur retrouve leur premiere figure, ils ne l'ont peut-être pas toujours conservée. On s'en assuré par les yeux, si l'on teint l'un des Globes de quelque couleur qui puisse s'effacer & tacher l'autre: on voit par la grandeur de la tache, que les Globes se sont applatis pendant le choc, quoi qu'après il ne soit resté aucun changement sensible à leur figure.
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