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édifiantes ; mais certains critiques, blâmant les œuvres du génie, ressemblent à ce professeur vaporeux qui tient sous son nez à chaque mot un flacon de vinaigre en faisant un cours sur la ''force'' <ref> Ein schwindsüchtiger professor halt sich bei jedem Wort ein Flaschen Salmiakgeist vor die Nase, und liest ein collegium über die Kraft. — SCHILLER.</ref>.
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{{tiret2|dé|clamations}} édifiantes ; mais certains critiques, blâmant les œuvres du génie, ressemblent à ce professeur vaporeux qui tient sous son nez à chaque mot un flacon de vinaigre en faisant un cours sur la ''force''{{lié}}<ref>{{lang|de|Ein schwindsüchtiger {{corr|professor|Professor}} halt sich bei jedem Wort ein Flaschen Salmiakgeist vor die Nase, und liest ein {{corr|collegium|Collegium}} über die Kraft.}}
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<p>{{d|Schiller|4|sc}}</ref>.
   
Nuremberg est l’ornement de la Franconie. Dans ses murs l’histoire du passé vous enveloppe ; cette ville a résisté au temps qui n’a pu parvenir à lui déchirer encore sa robe des jours antiques. Vous reconnaissez Nuremberg, qui, au XIII{{e}} siècle, de compagnie avec Augsbourg et Ulm, commerçait avec Venise, que Rodolphe de Hapsbourg déclarait ville impériale, où Charles IV décrétait la bulle d’or ; cité du moyen-âge qui s’épanouit radieusement sous la bénédiction de la réforme, qui rajeunit le christianisme avec les enseignemens nouveaux, qui l’exprime par le pinceau d’Albrecht Dürer, le ciseau de Kraft, et le génie de Fischer élevant en bronze le tombeau de saint Sebald. A Nuremberg seulement, l’esprit germanique apparaît tout entier ; il semble s’élancer devant l’œil comme la fusée de sculpture de l’église de Saint-Laurent. Ici rien de grec ou d’italien, tout est allemand : vous êtes face à face avec les rivaux et les contemporains de Raphaël et de Michel-Ange, et il devient sensible qu’au XVI{{e}} siècle, l’art, l’art moderne, frappait à sa gloire, dans la même époque, deux types différens, en Italie et en Allemagne, à Rome et à Nuremberg. Mais devant ces signes du passé on éprouve, du moins nous l’avons enduré, une douleur sourde, car on n’a plus la foi de ces hommes qui élevèrent ces monumens et qui s’en délectèrent ; les sentimens et les idées qui les animaient ne sont plus les nôtres ; aussi l’admiration première se convertit en satiété du spectacle ; elle se convertit encore en avidité d’œuvres et de simulacres qui représentent des idées à nous, nos aspirations, nos élans. Non, nous ne sommes pas religieux aujourd’hui à la manière de Melanchton ; nous ne concevons plus ni la religion, ni l’art, comme Dürer ; envoyez-nous d’autres émotions, artistes et penseurs. Jamais on ne sent mieux la vie et l’avenir qu’en présence des témoignages des âges écoulés ; car ces testamens vous
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Nuremberg est l’ornement de la Franconie. Dans ses murs l’histoire du passé vous enveloppe ; cette ville a résisté au temps qui n’a pu parvenir à lui déchirer encore sa robe des jours antiques. Vous reconnaissez Nuremberg, qui, au {{s|xiii}}, de compagnie avec Augsbourg et Ulm, commerçait avec Venise, que Rodolphe de Hapsbourg déclarait ville impériale, où Charles{{lié}}{{rom-maj|iv|4}} décrétait la bulle d’or ; cité du moyen-âge qui s’épanouit radieusement sous la bénédiction de la réforme, qui rajeunit le christianisme avec les enseignemens nouveaux, qui l’exprime par le pinceau d’Albrecht Dürer, le ciseau de Kraft, et le génie de Fischer élevant en bronze le tombeau de saint Sebald. À Nuremberg seulement, l’esprit germanique apparaît tout entier ; il semble s’élancer devant l’œil comme la fusée de sculpture de l’église de Saint-Laurent. Ici rien de grec ou d’italien, tout est allemand : vous êtes face à face avec les rivaux et les contemporains de Raphaël et de Michel-Ange, et il devient sensible qu’au {{s|xvi}}, l’art, l’art moderne, frappait à sa gloire, dans la même époque, deux types différens, en Italie et en Allemagne, à Rome et à Nuremberg. Mais devant ces signes du passé on éprouve, du moins nous l’avons enduré, une douleur sourde, car on n’a plus la foi de ces hommes qui élevèrent ces monumens et qui s’en délectèrent ; les sentimens et les idées qui les animaient ne sont plus les nôtres ; aussi l’admiration première se convertit en satiété du spectacle ; elle se convertit encore en avidité d’œuvres et de simulacres qui représentent des idées à nous, nos aspirations, nos élans. Non, nous ne sommes pas religieux aujourd’hui à la manière de Melanchton ; nous ne concevons plus ni la religion, ni l’art, comme Dürer ; envoyez-nous d’autres émotions, artistes et penseurs. Jamais on ne sent mieux la vie et l’avenir qu’en présence des témoignages des âges écoulés ; car ces testamens vous
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