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Comme je vous l'ai télégraphié hier, Evance Coppée ne peut pas courir sur Panhard ; il est possible qu'il monte sur une {{corr|Mercédès|Mercedes}}, de Caters étant {{corr|refenu|revenu}} à Ostende ; Jenatzy monte sa Pipe en place. Il y a sur la route beaucoup de poussière, malgré la goudrogénite.
 
Comme je vous l'ai télégraphié hier, Evance Coppée ne peut pas courir sur Panhard ; il est possible qu'il monte sur une {{corr|Mercédès|Mercedes}}, de Caters étant {{corr|refenu|revenu}} à Ostende ; Jenatzy monte sa Pipe en place. Il y a sur la route beaucoup de poussière, malgré la goudrogénite.
 
{{droite|'''Georges Prade'''}}
 
{{droite|'''Georges Prade'''}}
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<center><big><big>'''Le Tour de France 1904'''</big></big></center>
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<center>{{sc|2<sup>e</sup> année ― Organisé par L'AUTO ― 2<sup>e</sup> année}}</center>
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''2 et 3, 9 et 10, 13 et 14, 16 et 17, 20 et 21, 23 et 24 Juillet''
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<center><big>'''LA SIXIÈME ÉTAPE'''</big></center>
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<big>LA FIN</big>
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Le « Tour de France » est terminé et sa seconde édition aura, je le crains bien, été aussi la dernière. Il sera mort de son succès, des passions aveugles qu'il aura déchaînées, des injures et des sales soupçons qu'il nous aura valus des ignorants ou des méchants. Et, pourtant, il nous avait semblé et il nous semble encore que nous avions édifié avec cette grande épreuve le monument le plus durable et le plus imposant du sport cycliste. Nous avions l'espoir chaque année avec elle de faire à travers la plus grande partie de la France un peu de bien sportif. Les premiers résultats de l'an passé étaient pour nous montrer que nous pensions juste : et nous voici à la fin du second « Tour de France » écœurés, découragés, ayant vécu ces trois semaines au milieu des pires calomnies et des pires injures..
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Et de toutes celles qui ont rampé jusqu'à nous, il n'en est peut-être pas qui nous ait été plus sensible et qui ait affiché plus de puérilité et de sottise que celle qui a voulu faire de nous les associés, que dis-je ? les complices d'une des maisons qui ont pris part à la course. Le plus simple bon sens et la plus vulgaire dignité voulait que nous gardions notre indépendance dans une course où nous convoquions tous les constructeurs, que nous ne fassions pas le jeu de l'un au détriment des autres. Mais non! rien n'y a fait tous nos actes ont été dénaturés : la même punition infligée à un coureur a été traitée et comme une impitoyable rigueur et comme la plus insigne des faiblesses. Sévissions-nous : nous étions des barbares, ne sévissions-nous pas, nous fermions volontairement les yeux pour ne rien voir.
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Puis le chauvinisme local s'en est mêlé. Nous avons ourdi un vaste complot contre Faure de Saint-Etienne : j'ai personnellement et sciemment déclassé Dortignac à Marseille et son manager prétend que j'avais plus de motifs pour le déclasser, ne le connaissant pas qu'il ne saurait en avoir lui qui le connaît pour l'avoir vu en premier à une arrivée à laquelle il n'assistait pas. À Bordeaux, c'est M. Ferrer, un sportsman cependant, qui fait abandonner la course à Beaugendre quatrième du classement général, sous prétexte que son homme a été gêné au dernier tour de piste et voici les esprits surexcités à Orléans et nous voici, nous obligés de faire à nos amis d'Orléans la peine de transformer le contrôle fixe de cette ville en contrôle volant pour que les coureurs n'aient pas à s'y arrêter.
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J'allais oublier le scandale d'Alais : dès la seconde étape du Tour de France l'opinion s'accrédita que l'on pouvait et même que l'on devait se faire justice soi-même et nous avons vécu jusqu'à la fin de l'épreuve dans des transes perpétuelles que quelques brutes ne s'en prissent aux malheureux coureurs bien innocents cependant des prétendues injustices que l'on persistait à nous attribuer.
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Si bien que nous avons fini par nous dire que si le rôle d'un journal comme le nôtre comprenait une part d'encouragement au sport à côté de l'information qui doit être notre objectif principal, notre dévouement n'était plus obligatoire le jour ou la passion populaire nous remerciait par l'injure et par la calomnie d'une organisation qui demande pendant plus de six mois d'efforts persévérants et journaliers, le jour où la sûreté des coureurs était menacée par des énergumènes qui nous accusaient seulement de ne pas jugé selon leurs passions et leurs intérêts particuliers.
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Nous laisserons donc à d'autres provisoirement le soin d'affronter des aventures semblables au « Tour de France » et nous étudierons pour l'an prochain ce qu'il y a lieu de faire dans d'autres ordres d'idées. Aussi bien d'ici là l'opinion publique se modifiera-t-elle : peut être le dégoût qu'ont inspiré à tout le monde les fraudes des dernières courses sur route fera-t-il son œuvre salutaire ; peut-être prendra-t-on l'habitude de se borner à voir la fraude là ou elle est et non pas partout et surtout là où elle n'est pas. J'en aurai fini avant de venir aux résultats de la course en affirmant que si nous n'avons pas réprimé toutes les fraudes qui ont eu lieu dans le « Tour de France », nous avons puni toutes celles dont nous avons eu la preuve évidente ; et par preuve évidente j'entends non pas l'accusation sans fondement, d'un concurrent ou d'un ignorant ou d'un intéressé. J'ajouterai même qu'il est encore temps pour nous de punir toutes colles dont on nous apporterait la preuve, car le registre des réclamations est encore ouvert pendant trois jours.
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Ceci dit, je puis examiner les résultats principaux de la course : Maurice Garin gagne pour la seconde fois le « Tour de France » suivi à quelques secondes par Pothier également second l'an passé : le troisième est encore un Garin, un jeune frère de Maurice. On sait de longue date avec quelle ardeur la Société la Française dont ces trois coureurs montent les machines dispute les courses cyclistes et surtout les grandes épreuves sur route. Il n'est pas douteux que nous ne lui devions, à une époque où tous les constructeurs délaissaient les luttes de la route, que nous ne lui devions de les avoir conservées et le succès est venu souvent à récompenser des sacrifices très nombreux qu'elle sut toujours s'imposer.
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Tout en la félicitant d'un si gros succès que ses trois champions étaient parfaitement capables de remporter par leur valeur, je veux lui adresser un reproche tout amical : c'est celui d'avoir confié l'organisation de leurs étapes du « Tour de France » à quelqu'un trop mêlé précédemment aux événements fâcheux qui accompagnaient toujours les courses sur route, n'ayant pas le calme ni l'indépendance de caractère, ni la clairvoyance qu'il fallait pour comprendre qu'une nouvelle situation était née du dégoût des fraudes dans les courses sur route.
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Ce mandataire, que je ne désigne pas autrement, car tous ceux qui touchent aux courses sur route le connaissent parfaitement a été, je ne crains pas de le dire, d'une insigne maladresse. Persuadé que les fraudes allaient recommencer comme précédemment, il a pris ses précautions non seulement pour s'en défendre mais encore, je n'en jurerais pas, pour y répondre aussi. Il a, tout le long de la route, {{corr|cotoyé|côtoyé}} le {{corr|réglement|règlement}}, donné l'impression qu'il était partisan de l'axiome qu'il n'est jamais défendu de mal faire, mais seulement de se faire prendre. N'exagérons rien. il n'a rien eu à son actif, je n'ai pas reçu de plainte sur lui et je ne crois pas qu'il ait mal fait. Mais il a accumulé sur la tête des coureurs qu'il avait mission de défendre dans les contrôles toutes les colères et toutes les haines et du public et de leurs adversaires. C'est lui que l'on voyait partout et, par une injustice bien humaine, même où il ne pouvait pas être.
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Je lui ferai encore un autre reproche et, à mon sens, plus grave : celui d'avoir réservé ses faveurs à Maurice Garin, d'avoir donné au jeune Garin et à Pothier l'impression qu'ils devaient s'effacer devant l'ancêtre qu'était Maurice Garin et les deux malheureux ont fait toute la course en s'accrochant désespérément à Maurice, c'est-à-dire là où était le salut. En France, dans le sport cycliste, nous n'aimons pas, c'est peut-
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être un manque d'habitude, la désigna-
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