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Si charmante que soit sa ''Péri'', — et les inepties d’un poème ridicule ne l’ont pas empêchée de conquérir la popularité en Allemagne, — si passionné et si personnel qu’il se montre dans son quatuor et son quintette pour piano et cordes, c’est encore dans ses petites pièces que Schumann a mis le meilleur de lui-même. Il lui faut des moyens d’expression immédiats et dans ces compositions toutes remplies d’une émotion sincère, l’inspiration jaillit spontanée et pathétique avec des cris d’une simplicité grandiose. Malgré l’abondance de ses idées, il se sent dépaysé dans des ouvrages de plus longue haleine. Son éducation musicale avait été très tardive, morcelée, interrompue par l’état de sa santé. Jusqu’à trente ans, il n’avait composé que des morceaux de piano ou de chant, et l’on a pu dire de ses symphonies « qu’elles semblaient des transcriptions de morceaux écrits primitivement pour le piano. » Lorsqu’il a en main toutes les ressources de l’orchestre, il en paraît embarrassé ; son originalité l’abandonne ; ses développemens n’offrent que peu d’intérêt et son instrumentation toujours pleine, étouffée, manque d’air de souplesse et de coloris. Comme Mendelssohn, du reste, il est dépourvu du sens dramatique. Le choix de ses sujets et la façon de les traiter le montrent assez : ses deux grandes compositions ''Faust'' et ''Manfred'' ne sont ni des opéras ni des oratorios. Au lieu de profiter des situations qu’il y pouvait trouver, on dirait qu’il les évite pour se complaire dans des abstractions peu faites pour stimuler sa verve. Aussi les obscurités y abondent et, en dépit des beautés que renferment ces ouvrages, ils provoquent une impression de monotonie. Et cependant, quoique ces œuvres où s’attarde son génie indiquent peu de clairvoyance, Schumann comme critique a fait preuve du sens le plus judicieux, le plus pénétrant. Par la sincérité et l’ouverture d’esprit qu’il y a mises, ses écrits ont inauguré une ère nouvelle dans la littérature musicale de l’Allemagne. Epris du beau, il le recherche avidement chez les autres ; il le reconnaît partout où il est et le prône de son mieux lorsqu’il le trouve. Une telle impartialité unie aune si haute compétence ajoutent à notre admiration pour le grand artiste toute la sympathie que mérite son noble caractère. On reste à la fois étonné et ravi de voir ce génie si personnel, fait de souffrance et de passion, ayant pour se conduire lui-même si peu conscience de ses qualités et de ses dons, et qui, lorsqu’il parle des autres, montre tant d’intelligence et de générosité.
 
Si charmante que soit sa ''Péri'', — et les inepties d’un poème ridicule ne l’ont pas empêchée de conquérir la popularité en Allemagne, — si passionné et si personnel qu’il se montre dans son quatuor et son quintette pour piano et cordes, c’est encore dans ses petites pièces que Schumann a mis le meilleur de lui-même. Il lui faut des moyens d’expression immédiats et dans ces compositions toutes remplies d’une émotion sincère, l’inspiration jaillit spontanée et pathétique avec des cris d’une simplicité grandiose. Malgré l’abondance de ses idées, il se sent dépaysé dans des ouvrages de plus longue haleine. Son éducation musicale avait été très tardive, morcelée, interrompue par l’état de sa santé. Jusqu’à trente ans, il n’avait composé que des morceaux de piano ou de chant, et l’on a pu dire de ses symphonies « qu’elles semblaient des transcriptions de morceaux écrits primitivement pour le piano. » Lorsqu’il a en main toutes les ressources de l’orchestre, il en paraît embarrassé ; son originalité l’abandonne ; ses développemens n’offrent que peu d’intérêt et son instrumentation toujours pleine, étouffée, manque d’air de souplesse et de coloris. Comme Mendelssohn, du reste, il est dépourvu du sens dramatique. Le choix de ses sujets et la façon de les traiter le montrent assez : ses deux grandes compositions ''Faust'' et ''Manfred'' ne sont ni des opéras ni des oratorios. Au lieu de profiter des situations qu’il y pouvait trouver, on dirait qu’il les évite pour se complaire dans des abstractions peu faites pour stimuler sa verve. Aussi les obscurités y abondent et, en dépit des beautés que renferment ces ouvrages, ils provoquent une impression de monotonie. Et cependant, quoique ces œuvres où s’attarde son génie indiquent peu de clairvoyance, Schumann comme critique a fait preuve du sens le plus judicieux, le plus pénétrant. Par la sincérité et l’ouverture d’esprit qu’il y a mises, ses écrits ont inauguré une ère nouvelle dans la littérature musicale de l’Allemagne. Epris du beau, il le recherche avidement chez les autres ; il le reconnaît partout où il est et le prône de son mieux lorsqu’il le trouve. Une telle impartialité unie aune si haute compétence ajoutent à notre admiration pour le grand artiste toute la sympathie que mérite son noble caractère. On reste à la fois étonné et ravi de voir ce génie si personnel, fait de souffrance et de passion, ayant pour se conduire lui-même si peu conscience de ses qualités et de ses dons, et qui, lorsqu’il parle des autres, montre tant d’intelligence et de générosité.
   
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