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<section begin="texte"/>prétendre que les parties de l’univers sont faites pour changer, et en même temps de s’en étonner et de s’en indigner, comme si ces changements étaient contraires aux lois de la nature<ref>[La contradiction consisterait non pas tant à déclarer contraire à la nature ce qui y est conforme, qu’à invoquer le nom de la nature après avoir dit qu’on ne s’occupait pas de son rôle. Aucun artifice de langage (voir la note précédente) ne saurait la dissimuler.]</ref> : d’autant plus que la dissolution aboutit aux éléments mêmes dont chaque chose est composée. Ou bien, en effet, les éléments assemblés en moi se dispersent<ref>[Cette première hypothèse est l’hypothèse épicurienne (''supra'' IX, 39) ; et, dans ce cas, les éléments ({{lang|grc|στοιχεῖα}}) sont les atomes.]</ref>, ou bien ils font retour, l’élément solide à la terre, le volatil à l’air<ref>[Couat : « ou bien ils se transforment. L’élément solide redevient terre, et le volatil, air ; et tous font retour au principe de l’univers. » — Le sens de {{lang|grc|τροπὴ}}, (cf. ''supra'' VIII, 6, 2{{e}} note) est assez nettement indiqué ici par la fin de la phrase précédente et par les mots « sont repris » ({{lang|grc|ἀναληφθῆναι}}), qui vont suivre. Il ne s’agit pas d’une « transformation ». La transformation qui, nous a-t-on dit, est vraiment la mort, n’aura lieu pour l’homme qu’une fois son corps rendu à la terre et son âme « transportée » dans les espaces aériens (cf. ''supra'' IV, 21) : c’est à ce moment que tous les éléments qui l’ont composé pourront être employés par la nature à des œuvres nouvelles, ou, comme dit Marc-Aurèle, pourront être repris dans la raison — c’est-à-dire dans la raison séminale — universelle, laquelle est recueillie, on l’a vu (''supra'' IV, 14, note 2), dans toute la matière du monde. — « Retour » traduirait plus naturellement et plus exactement {{lang|grc|τροπή}} : encore ne faudrait-il pas entendre par là la restitution de tout ce que nous avons reçu à l’élément même où nous l’avons pris. La terre, par exemple, nous a peut-être donné toute la matière du corps qui lui revient ; mais elle nous a donné aussi tant d’aliments que nous avons transformés (''supra'' IV, 21) en souffle et en flamme intérieure ! Entendu ainsi, le « retour » ne serait vrai qu’en partie. J’ai employé ce mot comme on dirait d’un capital qu’il fait retour à tels héritiers, sans considérer s’il leur revient intact ou diminué. Ces explications m’ont semblé d’autant plus nécessaires que, si, en d’autres pensées (''supra'' IV, 4, 2{{e}} note), Marc-Aurèle a peut-être méconnu l’importance des {{lang|grc|άλλοιώσεις}} dans la vie, rien n’indique qu’ici il n’en ait pas tenu compte. Même lorsqu’il écrit que « la dissolution aboutit aux éléments mêmes dont les choses sont composées », il veut dire seulement ceci : que les quatre éléments, ou les cinq (si l’on met à part la raison), que l’on trouve en l’homme sont ceux mêmes entre lesquels se partage la substance du monde.
<section begin="texte"/>prétendre que les parties de l’univers sont faites pour changer, et en même temps de s’en étonner et de s’en indigner, comme si ces changements étaient contraires aux lois de la nature : d’autant plus que la dissolution aboutit aux éléments mêmes dont chaque chose est composée. Ou bien, en effet, les éléments assemblés en moi se dispersent, ou bien ils font retour, l’élément solide à la terre, le volatil à l’air ; et tous sont repris dans la raison universelle, soit que l’univers doive être consumé après une période déterminée, soit qu’il se renouvelle par d’éternels échanges. Et par cet élément solide et
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<section begin="notes"/>{{bloc|hasard et intitulent leurs ouvrages : ''de la Nature''. Seulement, ces Épicuriens ne se donnent pas le ridicule de se contredire en s’étonnant et en s’indignant. — Il était bien difficile de conserver en français deux fois dans la même phrase le rapprochement de {{lang|grc|φύσις}} et de {{lang|grc|πεφυκέναι}}, et d’écrire : « le rôle de la ''nature'', » puis : « c’est ''naturel'', » puis, une ligne plus loin : « les parties de l’univers sont ''naturellement'' destinées à changer, » enfin : « … aux lois de la ''nature''. » Le lecteur, en retrouvant les mêmes mots, eût-il pu soupçonner le changement de langue ?]


<p>On remarquera que, par un procédé de langage familier aux Stoïciens (cf. IV, 21, 1{{re}} note, reportée en ''Appendice''), ces quatre ou cinq éléments semblent ici réduits à deux : la terre, représentant les éléments inertes, et l’air, les éléments actifs.]</p></ref> ; et tous sont repris dans la raison universelle, soit que l’univers doive être consumé après une période déterminée, soit qu’il se renouvelle par d’éternels échanges<ref>[Sur ces deux hypothèses, cf. ''supra'' V, 13, note finale ; sur la seconde en particulier, cf. IV, 21, 1{{re}} note, reportée en ''Appendice'' (fin de l’avant-dernier paragraphe).]</ref>. Et par cet élément solide et<ref follow=p213>hasard et intitulent leurs ouvrages : ''de la Nature''. Seulement, ces Épicuriens ne se donnent pas le ridicule de se contredire en s’étonnant et en s’indignant. — Il était bien difficile de conserver en français deux fois dans la même phrase le rapprochement de {{lang|grc|φύσις}} et de {{lang|grc|πεφυκέναι}}, et d’écrire : « le rôle de la ''nature'', » puis : « c’est ''naturel'', » puis, une ligne plus loin : « les parties de l’univers sont ''naturellement'' destinées à changer, » enfin : « … aux lois de la ''nature''. » Le lecteur, en retrouvant les mêmes mots, eût-il pu soupçonner le changement de langue ?]</ref><section end="texte"/>
1. [La contradiction consisterait non pas tant à déclarer contraire à la nature ce qui y est conforme, qu’à invoquer le nom de la nature après avoir dit qu’on ne s’occupait pas de son rôle. Aucun artifice de langage (voir la note précédente) ne saurait la dissimuler.]

2. [Cette première hypothèse est l’hypothèse épicurienne (''supra'' IX, 39) ; et, dans ce cas, les éléments ({{lang|grc|στοιχεῖα}}) sont les atomes.]

3. [Couat : « ou bien ils se transforment. L’élément solide redevient terre, et le volatil, air ; et tous font retour au principe de l’univers. » — Le sens de {{lang|grc|τροπὴ}}, (cf. ''supra'' VIII, 6, 2{{e}} note) est assez nettement indiqué ici par la fin de la phrase précédente et par les mots « sont repris » ({{lang|grc|ἀναληφθῆναι}}), qui vont suivre. Il ne s’agit pas d’une « transformation ». La transformation qui, nous a-t-on dit, est vraiment la mort, n’aura lieu pour l’homme qu’une fois son corps rendu à la terre et son âme « transportée » dans les espaces aériens (cf. ''supra'' IV, 21) : c’est à ce moment que tous les éléments qui l’ont composé pourront être employés par la nature à des œuvres nouvelles, ou, comme dit Marc-Aurèle, pourront être repris dans la raison — c’est-à-dire dans la raison séminale — universelle, laquelle est recueillie, on l’a vu (''supra'' IV, 14, note 2), dans toute la matière du monde. — « Retour » traduirait plus naturellement et plus exactement {{lang|grc|τροπή}} : encore ne faudrait-il pas entendre par là la restitution de tout ce que nous avons reçu à l’élément même où nous l’avons pris. La terre, par exemple, nous a peut-être donné toute la matière du corps qui lui revient ; mais elle nous a donné aussi tant d’aliments que nous avons transformés (''supra'' IV, 21) en souffle et en flamme intérieure ! Entendu ainsi, le « retour » ne serait vrai qu’en partie. J’ai employé ce mot comme on dirait d’un capital qu’il fait retour à tels héritiers, sans considérer s’il leur revient intact ou diminué. Ces explications m’ont semblé d’autant plus nécessaires que, si, en d’autres pensées (''supra'' IV, 4, 2{{e}} note), Marc-Aurèle a peut-être méconnu l’importance des {{lang|grc|άλλοιώσεις}} dans la vie, rien n’indique qu’ici il n’en ait pas tenu compte. Même lorsqu’il écrit que « la dissolution aboutit aux éléments mêmes dont les choses sont composées », il veut dire seulement ceci : que les quatre éléments, ou les cinq (si l’on met à part la raison), que l’on trouve en l’homme sont ceux mêmes entre lesquels se partage la substance du monde.

<p>On remarquera que, par un procédé de langage familier aux Stoïciens (cf. IV, 21, 1{{re}} note, reportée en ''Appendice''), ces quatre ou cinq éléments semblent ici réduits à deux : la terre, représentant les éléments inertes, et l’air, les éléments actifs.]</p>

4. [Sur ces deux hypothèses, cf. ''supra'' V, 13, note finale ; sur la seconde en particulier, cf. IV, 21, 1{{re}} note, reportée en ''Appendice'' (fin de l’avant-dernier paragraphe).]}}<section end="notes"/>
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