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Sour les prétoriens (Verhaeren)

PoèmesSociété du Mercure de France (p. 41-42).


SOUS LES PRÉTORIENS


Les soirs ! voici les soirs de pourpre, évocateurs
De carnages et de victoires,
Quand se hèlent dans les mémoires
Les clairons fabuleux et les buccins menteurs.

Et regardez ! Dans la mobile obscurité
D’une salle immense, personne.
Un bourdon sonne,
À travers l’ombre rouge, avec mordacité !

Contre des murs de nuit, de grands soleils,
Soudain arborent des trophées ;

Les colonnes sont attifées
De cartouches soyeux et de lauriers vermeils.

L’orgueil des étendards coiffés d’alérions
Vaguement remue et flamboie ;
Un bas relief se creuse et se déploie
Où le granit se crispe en mufles de lions.

Un bruit de pas guerriers multiplié s’entend
Derrière un grand rideau livide :
Un trône est là, sanglant et vide…
Et le silence brusque et volontaire attend.

Mon rêve, enfermons-nous dans ces choses lointaines,
Comme en de tragiques tombeaux,
Grands de métaux et de flambeaux
Et de faisceaux tendus sous des lances hautaines.