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Revue littéraire - De quelques Travaux sur Pascal

Revue littéraire - De quelques Travaux sur Pascal
Revue des Deux Mondes3e période, tome 71 (p. 194-212).

I. Première, quatrième et treizième Lettres provinciales, avec une introduction, par M. Ernest Havet. Paris, 1881 ; Delagrave. — II. Première, quatrième el treizième Lettres provinciales, par M Henry Michel. Paris, 1881 ; Belin. — III. Les Premiers Jansénistes et Port Royal, par M. Ricard. Paris, 1883 ; Plon. — IV. Les Pensées de Pascal considérées comme apologie du christianisme, par M. Adrien Gory. Paris, 1883 ; Fischbacher. — V. Pascal, physicien et philosophe, par M. Nourrisson. Paris, 1885, Em. Perrin. — VI. Œuvres de Pascal, avec une introduction générale, par M. L. Derome. Paris, 1885 ; Garnier frères.


De tous nos grands écrivains, et sans excepter Molière même, Pascal est assurément celui qui, dans notre siècle, a le plus exercé la critique et l’histoire. Il y en a diverses raisons. Le petit nombre des œuvres en est une première : les Provinciales et les Pensées tiennent, ou pourraient tenir en deux ou trois minces volumes ; on peut les lire en quelques heures et se flatter de les avoir comprises ; ni Bossuet, ni Fénelon, ni Voltaire, ni Rousseau ne s’expédient aussi promptement. En second lieu, la nature ou l’objet des œuvres a entretenu depuis deux siècles, et même, dans notre temps, renouvelé leur popularité. Tous les jours, contre la célèbre compagnie dont elles n’ont d’ailleurs ni ébranlé le crédit ni diminué le pouvoir dans l’église, nous voyons qu’on invoque les Lettres provinciales. Et pour les Pensées, quelle qu’en soit la valeur comme apologie du christianisme, le problème qu’y agite l’âme passionnée de Pascal n’a pas cessé d’être celui qu’il faut que tout être qui pense aborde, discute, et résolve une fois dans sa vie. Enfin, la rencontre et l’union, dans le génie de Pascal, des plus hautes facultés qui fassent le géomètre avec les plus rares qui fassent le grand écrivain, — lesquelles d’ordinaire se soutiennent et se corroborent si peu les unes les autres qu’au contraire elles s’excluent, — n’a pas dû contribuer médiocrement à fixer sur l’œuvre et sur l’homme une attention, pour ne pas dire une curiosité particulière. Je laisse bien d’autres raisons : celles-ci suffisent pour expliquer que tant de critiques, d’historiens, de philosophes ou d’érudits même se soient occupés de Pascal ; et aussi qu’au lieu de s’appeler Beffara, Taschereau, Bazin, — comme les biographes de Molière, — ils aient eu nom Vinet, Cousin et Sainte-Beuve ; je ne veux nommer que les morts. Non-seulement Pascal est, de tous nos grands écrivains, celui sur qui la critique s’est le plus exercée, mais encore aucun autre n’a eu des biographes ou des commentateurs plus illustres eux-mêmes.

Ont-ils tout dit ? et l’ont-ils si bien dit qu’il ne resterait plus rien à en dire qu’après eux et d’après eux ? Je voudrais ne pas le croire ; et malheureusement, je ne m’en sens jamais si convaincu que quand je lis un livre où l’on s’est efforcé d’ajouter à ce qu’ils en ont dit. J’ai cherché du nouveau, voilà six ou sept ans, dans la dernière édition que l’on nous ait donnée des Pensées ; j’en cherchais encore, il y a six mois à peine, dans les leçons d’un professeur du Collège de France [1] ; et, si j’en ai trouvé, je n’en ai guère trouvé dans les livres récens de MM. Ricard, Gory, Nourrisson et Derome.

M. Gory, dans son livre, ou plutôt sa brochure sur les Pensées de Pascal considérées comme apologie du christianisme, s’est proposé d’établir que Pascal, « par son genre, par sa méthode et ses argumens, » était encore de nos jours « le plus moderne des apologistes. » M. Gory n’a fait en cela que redire ce qu’avaient dit avant lui M. Frantin, dans des temps très anciens ; M. Prosper Faugère, en 1844 ; et, depuis, dans leurs éditions des Pensées, MM. Astié et Victor Rocher. Je crains d’ailleurs qu’il n’ait rien établi de plus qu’eux, n’ayant pas mieux qu’eux posé la question comme elle devrait être aujourd’hui posée. Car, premièrement, il n’est pas prouvé que le christianisme contemporain, — celui de la Rome catholique ou celui de la Rome protestante, — soit identiquement le même que celui de Pascal ; et, d’autre part, le christianisme n’est plus pour nous la seule religion qui rende raison, en les conciliant dans une synthèse supérieure, des contrariétés de la nature humaine. Je ne saurais vouloir incidemment prouver cette seconde assertion, et il y faudrait un trop long discours ; mais pour la première : que le christianisme contemporain n’est pas celui de Pascal, je n’en demande au besoin d’autre preuve que le livre de M. Ricard, « prélat de la maison du pape, » sur les Premiers Jansénistes et Port-Royal. [2]. Si M. Gory n’avait rien dit que n’eussent dit avant lui M. Frantin ou M. Astié, M. Kicard n’a rien dit lui non plus que n’eût dit avant lui, dans un très bon livre, quoique très partial, M. l’abbé Fuzet, et Joseph de Maistre avant l’abbé Fuzet, dans son livre fameux sur l’Eglise gallicane. On se rappelle de quelle manière les jansénistes y sont traités, avec quelle amusante et aristocratique impertinence, mais surtout de quel accent profond de vengeance et de haine. Les plaisanteries fort libres, et d’assez mauvais goût, que M. Ricard n’a pas hésité d’y joindre, font à peu près la seule nouveauté de son livre.

Le livre de M. Nourrisson sur Pascal, physicien et philosophe, est du moins plus sérieux, mais à peine plus neuf. Je m’étonne surtout d’y rencontrer encore, en 1885, de ces argumens que l’on avait quelque droit de croire à jamais périmés : « Quelles objections, se demande naïvement M. Nourrisson, quelles objections Pascal pourrait-il élever contre ces propositions : Je pense, donc je suis ; je suis, et le moi est une âme, qui, par ses attributs, se distingue essentiellement du corps ? » Quelles objections ? Mais toutes les objections du scepticisme, tant ancien que moderne, ou toutes celles du matérialisme, ou toutes celles du panthéisme, ou toutes celles du criticisme, combien d’autres encore ! et se peut-il vraiment que de nos jours un « philosophe » se paie ainsi de son spiritualisme ! On jugera, sur ce seul trait, de l’originalité du livre de M. Nourrisson. Au contraire, ce n’est point par l’originalité que manque l’Introduction générale de M. Derome aux Œuvres de Pascal, ou plutôt rien ne la gâte autant que la constante prétention de M. Derome à l’originalité, — non pas même le désordre et la confusion dont cette Introduction est un rare modèle. J’en suis fâché pour M. Derome. Car, de loin en loin, je dois le dire, des lueurs ou des clartés brillent parmi cette confusion, et, à force d’y prétendre, M. Derome atteint quelquefois à l’originalité. Sur bien des choses, qui n’ont d’ailleurs avec Pascal et ses œuvres que des rapports assez lointains, M. Derome a ce que l’on appelle des vues, les unes singulières, les autres ingénieuses ; et, sur Pascal même, sur les Provinciales et sur les Pensées, il ne s’est pas contenté de répéter ce qu’en savait tout le monde.

En nous aidant de ces quatre volumes, et recherchant ce qui ne s’y trouve pas plutôt que ce qu’ils contiennent, voyons donc ce qu’il y aurait à dire de nouveau sur Pascal, ou, — pour parler plus modestement et plus selon la vérité, — quels sont les points de sa vie et de son œuvre, sur lesquels, pour le parfaitement connaître, nous aurions besoin de quelques éclaircissemens. Rien n’importe plus aujourd’hui, dans cette abondance où nous sommes de travaux et de documens, que de savoir exactement quelles recherches restent encore à faire, et dans quel sens il les faut diriger. Si on le savait mieux, il se publierait moins de livres inutiles ; et, de notre côté, nous nous plaindrions moins souvent de l’étrange façon de travailler qui s’est accréditée depuis trop longtemps parmi nous.

C’est sur les Provinciales qu’il y a, je crois, le moins à dire ; et peu de mots nous suffiront. Sainte-Beuve, en effet, a tout dit ou tout indiqué, mais si bien et de telle manière que quiconque en veut dire quelque chose ne peut guère ici que copier ou contredire Sainte-Beuve. L’origine des Provinciales, leur composition, les circonstances de leur impression, l’effet soudain qu’elles produisirent, leur retentissement, leur condamnation, leur rôle dans l’histoire de la langue et de l’esprit français, leur valeur littéraire durable, l’admiration que ceux mêmes contre qui l’on s’en sert n’ont pu toujours leur marchander : tout cela est connu de longue date. Que si pourtant quelque détail eu avait échappé jadis à l’active curiosité de l’historien de Port-Royal, les éditeurs récens des Provinciales l’auront sans doute glané sur ses traces. Entre ces éditeurs, c’est un plaisir autant qu’un devoir pour nous de nommer particulièrement M. Ernest Havet et M. Henry Michel.

Tout au plus pourrait-on prétendre, et encore si des discussions récentes n’en avaient pas, pour quelque temps, épuisé l’intérêt, qu’il y aurait lieu d’examiner, à l’occasion des Provinciales, de plus près que ne l’ont fait eux-mêmes M. Michel ou M. Havet, le problème général de la casuistique. Nous ne connaissons assez ni Escobar ni Sanchez, et nous ne savons pas si la casuistique ne tiendrait pas peut-être plus étroitement au fond même du catholicisme que Pascal ne l’a semblé croire. L’abbé Maynard, jadis, dans une édition des Provinciales, avait essayé de traiter la question, mais avec moins de succès que de bonne volonté. J’exprimerai mon étonnement que ni l’abbé Fuzet, dans sa réfutation de Sainte-Beuve, ni M. Ricard, dans son imitation du livre de l’abbé Fuzet, n’aient suivi ce premier exemple. Mais ils se sont contentés, selon l’ordinaire, d’épiloguer sur l’exactitude ou la portée des citations.

Peut-être enfin, comme quelqu’un l’a dit, dont le nom m’échappe, faudrait-il bien, pour en terminer avec les Provinciales, faire observer qu’elles ne sont pas uniquement remplies de la polémique de Pascal contre les casuistes. On ne s’en douterait guère à entendre ce qui s’en dit, et guère davantage à lire ce qui s’en écrit. Cependant, ni les quatre premières, ni les trois dernières, sept sur dix-huit, par conséquent, ne se rapportent à la casuistique, mais à la matière de la grâce et à la question du jansénisme. N’altère-t-on pas sensiblement, ou plutôt ne mutile-t-on pas, si je puis ainsi dire, les vraies intentions de Pascal quand on réduit les Provinciales à ce qu’elles contiennent sur le sujet de la morale facile ? Et ne conviendrait-il pas, dans les appréciations que l’on en fait, ou dans les idées que l’on en donne, d’oublier un peu moins le premier dessein de Pascal et de ses amis jansénistes ?

Si l’on pense que ces questions ne sont pas de tant d’importance, en voici de plus considérables. Il nous faudrait, en premier lieu, des renseignemens plus précis sur la valeur des travaux scientifiques de Pascal. Condorcet, dans un Éloge qui n’en est pas un, mais qui n’est pas aussi ridicule de tous points qu’on l’a dit, et Bossiit, dans son Discours sur la vie et les œuvres de Pascal, sont également insuffisans. Par exemple, sur la parole du dernier, tout le monde a répété, répète encore, que Pascal serait l’inventeur du hoquet et de la brouette, et de là, Sainte-Beuve lui-même, trop ingénieux, a tiré des conséquences. De qui cependant Bossuet tenait-il ce renseignement ? Il a bien voulu nous l’apprendre ; il le tenait de M. Le Roi, de l’Académie des sciences, lequel, à son tour, le tenait de M. Julien Le Roi, son père. Voilà bien des intermédiaires, peut-être ; et encore que la gloire scientifique de Pascal ne dépende pas d’une invention de plus ou de moins en ce genre, c’est pourtant une question qu’il conviendrait d’examiner à nouveau. Pareillement, la question des rapports de Descartes avec Pascal. Si nous en croyons M. Nourrisson, et M. Nourrisson n’est pas le premier qui le dise, c’est à Descartes que Pascal aurait dû l’idée de la fameuse expérience du puy de Dôme. Mais M. Nourrisson est-il bien compétent ? et, pour nous qui le sommes encore moins que lui, des on-dit, des fragmens de lettres, une longue dissertation sur le plein, sur le vide, et sur le plein du vide, suffisent-ils pour fermer le débat ? Descartes, jaloux de Pascal, lui a-t-il indûment contesté ses droits ? Ou Pascal, qui n’aimait pas Descartes, l’a-t-il frustré d’une vraie découverte ? C’est l’opinion, le jugement motivé d’un savant qu’il nous faudrait ici L’avons-nous quelque part ? Je voudrais le savoir, et c’était à M. Nourrisson de me l’apprendre.

Autre question encore, plus générale : à quel rang ses inventions placent-elles Pascal dans l’histoire de la science ? Pascal est un « géomètre, » et un « cœur passionné ; » je puis étudier « le cœur passionné » dans ses Provinciales elles-mêmes et dans ses Pensées, y mesurer l’ardeur et la violence de la passion, en reconnaître la nature et le vrai caractère. Je voudrais savoir où trouver le « géomètre ; » et, pour cela, qu’un géomètre se fût une fois chargé, non pas, comme on l’a fait si souvent, de me donner une idée de la roulette ou du triangle arithmétique : je la puis prendre aussi bien dans les écrits originaux de Pascal ; mais de me dire quelle portée d’esprit scientifique, quelle puissance de réflexion, quelle capacité d’invention nous y devons reconnaître. Penserez-vous que ce soient là de ces questions oiseuses ? « Je me crois obligé de reconnaître, écrivait Nodier, voilà bien des années, que le plagiat de Pascal, dans ses Pensées, est le plus évident peut-être, et le plus manifestement intentionnel dont les fastes de la littérature offrent l’exemple ; » et M. Nourrisson déclare que, pour excessives qu’elles soient, « ces paroles de Nodier n’en restent pas moins en partie fort justifiées. » Nous ne sommes pas de son avis, et encore moins de celui de Nodier, mais pour tous ceux qui le partageraient, et nous en connaissons plus d’un, c’est la discussion des titres scientifiques de Pascal qui seule établira sa force d’invention. Tel est en effet sur la foule, et sur quelques habiles aussi, le prestige naturel de ce mot de science. Et c’est pourquoi, du jour où l’on aura montré, par des raisons accessibles à tous, que Pascal est l’égal des Leibniz et des Newton dans la science, on comprendra que l’on se trompe à parler encore des « plagiats » de l’auteur des Pensées.

La question appartient aux savans ; celle-ci appartient aux médecins ou aux physiologistes : quelle était cette maladie mystérieuse, étrange, dont on sait que Pascal fut attaqué dès la première enfance, qui se manifesta plus tard par des accidens si bizarres, et qui finit par l’emporter avant qu’il eût accompli sa quarantième année, — l’âge où Molière avait à peine commencé d’écrire, et où Bossuet n’avait rien imprimé ? Le docteur Lélut, jadis, dans un livre assez mal fait et d’une grande prétention philosophique : l’Amulette de Pascal, avait abordé la question. Mais l’amulette de Pascal, — qui n’est pas plus une « amulette » qu’un objet que l’on porte en mémoire d’une personne chère ne s’appelle en français un « fétiche, » — n’a rien à faire ici. Que si d’ailleurs, à cette occasion, rassemblant tous les symptômes connus de la maladie de Pascal, le docteur Lélut avait bien essayé d’en inférer la nature de l’affection ; la connaissance des maladies nerveuses, depuis tantôt un demi-siècle, a fait trop de progrès pour qu’il n’y ait pas lieu de revenir sur ce douloureux problème. Car une âme comme celle de Pascal peut bien toujours demeurer « maîtresse du corps qu’elle anime, » c’est-à-dire de ses actions ; elle l’est peut-être moins constamment du cours que prennent ses pensées. Or, c’est là le problème, et non pas de savoir, comme le voulait Lélut, si Pascal était un « halluciné ; » ou, comme le veut M. Derome, si le génie est une « névrose. » Non, le génie n’est pas une névrose, mais il ne suffit pas à nous préserver d’en avoir une ; et inversement, pour avoir une névrose, nous ne tombons pas au-dessous d’un lourdaud, d’un enfant, d’une bête. Mais « les maladies nous gâtent le jugement et le sens. Et si les grandes l’altèrent sensiblement, je ne doute point que les petites n’y fassent impression à proportion. » C’est Pascal qui l’a dit lui-même, et bien qu’il y ait quelque chose d’analogue dans Montaigne, et ailleurs, nous voudrions Bavoir ce que Pascal, en le disant à son tour, y met de sa propre expérience.

Il nous semble du moins que l’on ne souffre pas comme Pascal a souffert sans qu’il en demeure quelque chose, ou qu’il s’en grave quelque trace dans l’esprit le plus fier, le plus ferme, le plus sûr de soi. Et, pour notre part, nous verrions volontiers dans la maladie de Pascal, quel que soit le nom dont on doive la nommer, une des sources amères du pessimisme des Pensées. Encore ici, nous voudrions donc qu’un médecin, ou quelque érudit versé dans la médecine, reprit et traitât le sujet. On en a tous les élémens sous la main, puisque la famille même et les amis de Pascal, Mme Périer, sa sœur ; Marguerite Périer, sa nièce ; les pieux rédacteurs du Recueil d’Utrecht, nous les ont fidèlement transmis. Nous avons même le procès-verbal de son autopsie, ou de son « ouverture, » comme on disait au XVIIe siècle, pièce curieuse autant que rare, et qui parait bien indiquer que l’étrangeté du mal avait étonné les amis et les médecins de Pascal. Si, d’ailleurs, on voulait un modèle de ce genre d’enquête à distance que nous demandons, Littré, jadis, l’a donné dans les pages qu’il a consacrées à cet autre problème historique : Madame est-elle morte empoisonnée ? A quelque conclusion que l’on dût aboutir, craindrait-on, par hasard, que Pascal en fût diminué ? Mais nous serions trop timides si nous avions peur de la vérité tout entière ; et nous serions bien grossiers, bien « enfoncés dans la matière, » si nous ne pouvions loger le génie que dans un corps d’athlète.

D’autres particularités de la vie de Pascal nous sont à peine mieux connues. Comme dans la biographie de Molière, il y a des lacunes dans celle de Pascal, et quelques-unes aux endroits mêmes que nous attacherions le plus de prix à bien connaître. On sait qu’après une première conversion, à Rouen, en 1647, Pascal, jeune encore, non-seulement revint aux sciences profanes, mais rentra même dans le monde, qu’il ne quitta définitivement qu’en 165iJ. De quelle manière y vécut-il ? On ne l’ignore pas précisément, mais on voudrait en savoir davantage. Mme Périer, dans sa Vie de Pascal, n’en a pas dit assez ; la sœur sainte Euphémie (Jacqueline Pascal), dans ses Lettres, par quelques expressions, en a trop fait entendre ; ni l’une ni l’autre en cela n’a bien servi la mémoire de son frère, et encore moins satisfait notre juste curiosité. Ainsi, de ce que Pascal, pendant des mois, fit difficulté de délivrer à sa sœur Jacqueline, la religieuse de Port-Royal, la part où elle avait droit dans l’héritage paternel, on en a conclu qu’il devait avoir eu de grands besoins d’argent, en ce temps de sa vie mondaine, si même il n’avait été, selon le mot de Sainte-Beuve, « un peu joueur. » Mais je crois que l’on n’a pas bien lu les interminables lettres où Jacqueline Pascal raconte cette affaire à la mère Agnès. Il y a là surtout une question d’arrangemens de famille antérieurement convenus, à modifier dans un nouveau sens ; et Mme Périer, qui ne parait guère avoir été mondaine, s’y oppose en même temps et autant que son frère. C’étaient des dettes, peut-être, ou d’autres charges, assignées sur les revenus ; peut-être le bien, de sa nature, était-il difficile à réaliser ; peut-être Jacqueline contrariait-elle des engagemens pris ; que sais-je ? Nous demandions un médecin tout à l’heure, et c’est un jurisconsulte, ou un savant dans l’ancien droit qu’il nous faudrait maintenant pour reconstituer ces arrangemens de famille, et nous aider à juger plus exactement que nous ne le pouvons faire encore d’un trait de la vie mondaine de Pascal.

Mais c’est sur ce qu’ils ont appelé le Roman de Pascal que les biographes ou les critiques se sont donné carrière. Déjà, dans une de ces réponses que les jésuites essayèrent de faire à l’auteur des Provinciales, un de leurs pères n’avait pas craint d’écrire « que le secrétaire de Port-Royal avait donné de justes sujets de croire qu’il n’était pas si chaste que Joseph, et que, s’il n’avait été dépouillé d’une autre façon que ce patriarche, peut-être il n’aurait pas fait tant d’invectives contre les casuistes, de ce qu’ils n’obligent pas les femmes à restituer à ceux qu’elles ont dévalisées par leurs cajoleries. » La tradition de ces plaisanteries ecclésiastiques sur une matière toujours délicate ne s’est point perdue parmi nous, et, sinon dans le livre de l’abbé Fuzet, mais du moins dans celui de M. Ricard, on en trouvera plus d’un exemple. A l’égard d’un Pascal, et sous la plume ou dans la bouche d’un prêtre nulle raison n’en excuse la forme ; mais le fond eu semble avoir pris quelque consistance ou quelque apparence depuis la publication du Discours sur les passions de l’amour. Dans ce Discours, Victor Cousin, qui l’avait découvert, avait reconnu « l’écho secret et la révélation involontaire d’une affection que Pascal aurait éprouvée pour une personne du grand inonde. » M. Faugère, plus décisif, avait nommé la personne : Charlotte Gouffier de Roannez, future duchesse de La Feuillade, sœur de ce duc et pair qui fut l’ami, le protecteur, et le disciple de Pascal. Mais M. Ricard, encore mieux informe, nous donne, comme on dit aujourd’hui, des détails. Il sait comment Pascal déclara son amour ; comment « durant une petite fête que le duc de Roannez avait organisée en l’honneur de son savant ami, » un oncle de la jeune fille « menaça Pascal de lui passer son épée au travers du corps ; » comment Pascal, après cette scène, eut de la peine à s’endormir. Pour bien nous montrer d’ailleurs s’il connaît son XVIIe siècle, il ajoute qu’en même temps que Mlle de Roannez, deux « autres personnes du grand monde, » Mme de Longueville et Mme de Sévigné, « poursuivaient de leur admiration » ce jeune homme « superbe et mélancolique. » Et, dans une insinuation dont je laisse au lecteur d’apprécier le bon goût, il conclut : « Désormais nous serons moins surpris de rencontrer Pascal au désert de Port-Royal-des-Champs, quand nous rencontrerons, non loin des allées où le philosophe promène ses Pensées, la silhouette d’une jeune religieuse entrée en même temps que lui, et sur ses conseils pressans, au même monastère de Port-Royal. » Par où nous voyons qu’il n’est rien qu’un prélat de la maison du pape ne se puisse aujourd’hui permettre contre un janséniste, et je pense qu’en se le permettant il croit servir la cause de sa religion.

Voilà des années, cependant, qu’un érudit qui connaît mieux que personne de France, aujourd’hui, les choses du jansénisme, avait fait justice de ces suppositions. Mais M. Ricard n’a pas lu M. Gazier, et je crains que M. Derome ne s’en soit également dispensé. Je ne ferai point ici de grandes phrases, et je ne dirai pas, avec Victor Cousin, que l’on fait injure « au bon sens et à la loyauté » de Pascal, en osant croire qu’il ait levé les yeux sur Mlle de Roannez ; mais je me contenterai de rappeler tout simplement que, si Pascal a ai nié, M. Gazier a prouvé sans réplique que ce n’était point Mlle de Roannez [3]. M. Derome a donc pris une peine bien inutile en essayant d’établir, à son tour, non-seulement que Pascal avait aimé Mlle de Roannez, mais encore qu’il eût pu prétendre à l’épouser, l’ajouterai bravement, quant à la question même de savoir si Pascal a aimé, que je ne vois pas bien l’intérêt qu’il y aurait à la tant éclaircir. Pour admirer, si nous l’admirons, le Discours sur les passions de l’amour, nous n’avons pas besoin d’y voir une confession de Pascal. Supposé que ce discours fût encore plus parlant qu’il ne l’est, si je puis ainsi dire, c’est nous, modestes écrivains, et non pas les Pascal, qui ne saurions analyser ou peindre que les passions que nous avons vécues. Mais s’il est une faculté qui soit le propre du génie, c’est celle d’anticiper ou de suppléer l’expérience, et Pascal, j’ose le croire, en était bien capable, en amour comme en politique. C’est l’opinion de M. Gazier, c’était aussi celle de Sainte-Beuve. Nous nous y rangerons d’autant plus volontiers que nous ne voyons pas la marque de Pascal empreinte si manifestement ni si profondément dans le Discours sur les passions de l’amour, et qu’au surplus il n’est pas prouvé que ce discours soit vraiment de Pascal. Les manuscrits eux-mêmes se bornent à le lui attribuer.

Après Pascal joueur et Pascal amoureux, croirons-nous davantage au Pascal « homme politique » que nous présente M. Derome ? Et M. Derome n’entend pas seulement par là ce que sait tout le monde, que Pascal, dans ses Pensées, aurait approfondi plus avant que pas un de nos publicistes du XVIIIe siècle quelques-uns des plus difficiles problèmes de l’art de gouverner ; il entend que Pascal aurait lui-même rêvé de mettre la main aux affaires, et que les Pensées trahiraient, comme il dit, « le souvenir amer de ce rêve évanoui. » C’est la grande nouveauté de l’Introduction de M. Derome aux Œuvres de Pascal ; et, pour preuve, il en apporte une note « jusqu’ici presque inaperçue, » que Nicole a mise en tête des trois Discours de Pascal sur la condition des grands. « Une des choses sur lesquelles feu M. Pascal avait le plus de vue, dit en effet Nicole, c’était l’éducation d’un prince… On lui a souvent entendu dire qu’il n’y avait rien à quoi il désirât plus de contribuer, s’il y était engagé, et qu’il sacrifierait volontiers sa vie pour une chose si importante. » M. Derome en conclut que Pascal, dans sa vie mondaine, avait dû proposer ce but à son ambition. C’est une supposition et, si l’on le veut, on peut s’y arrêter. Il est vrai que l’on ne voit pas bien de quel prince Pascal eût pu songer à faire l’éducation ; que Nicole ne dit point que Pascal eût « une vue » sur cet objet, mais bien « des vues » sur le sujet, ce qui n’est pas tout à fait la même chose ; et qu’enfin, cette note a jusqu’ici presque inaperçue, » M. Floquet, en l’altérant sensiblement, ne l’avait pas moins citée dans un livre assez connu sur Bossuet, précepteur du dauphin. Mais peut-être, après cela, les biographes de Pascal ne l’avaient-il point mise en assez belle place ; ou même n’avaient-ils point tiré toutes les conséquences des préoccupations qu’elle semble révéler chez Pascal. N’essayons donc point, avec M. Derome, de nous représenter un Pascal précepteur de Louis XIV ou de Monsieur, encore moins un Pascal conseiller d’état ou ministre ; mais accordons que Pascal adonné aux choses de la politique une attention plus active, plus constante, plus passionnée qu’on ne le croit généralement.

Il y a plus à dire de la vie de Pascal que de ses Provinciales, et il y a plus à dire de ses Pensées que de sa vie. Mais je voudrais bien avant tout que l’on renonçât désormais à refaire le livre inachevé dont les Pensées ne sont que les fragmens. Car si je sais, comme tout le monde, que Pascal avait formé le projet d’écrire une Apologie de la religion chrétienne, j’ignore quel en était le plan, et tous ceux qui, depuis un demi-siècle, l’ont prétendu rétablir, n’en savent pas plus que moi. On l’a dit bien des fois, mais il faut le redire encore et ne s’en point lasser : ce ne sont ici que des notes, et dans la confusion desquelles nous ne saurions seulement discerner celles qui se rapportaient ou ne se rapportaient pas au dessein de l’Apologie. Dans le même avant-propos où Nicole nous a parlé des vues de Pascal sur l’éducation d’un prince, il s’étonne que, parmi les papiers de Pascal, on n’ait rien trouvé qui « regardât expressément cette matière. » Si l’on y eût cependant trouvé quelque chose, nous ne serions pas incapables de prendre les notes de Pascal sur l’éducation d’un prince pour autant de fragmens de l’Apologie de la Religion. Considérez plutôt l’étrange diversité des arrangemens les plus récens qu’on en ait proposés. Celui-ci nous soutient que toutes les pensées sur les miracles, « véritable hors-d’œuvre, » n’appartiennent même pas au livre de l’Apologie. Mais celui-là nous assure au contraire qu’il y faut voir le fondement premier de l’argumentation de Pascal. Les uns rejettent hardiment tout ce qui constitue dans les anciennes éditions la première partie du livre et n’y voient, — je cite ici textuellement, — « que quelques fragmens sentimentaux donnés en satisfaction aux besoins du cœur. » Mais les autres, en revanche, dans la seconde partie, ne veulent voir, comme ils disent « que le tribut payé par l’immortel novateur à la science suspecte du moyen âge ou à l’exégèse la plus fantastique. » Et ne s’est-il pas enfin trouvé quelqu’un pour ôter de l’Apologie l’une des rares Pensées dont on osât affirmer qu’elle en faisait partie : « C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison ? » J’aimerais autant qu’il en eût écarté la règle des partis.

Ce que d’ailleurs une telle manière, plus que familière, d’en user avec Pascal, a d’irrévérencieux et même d’insoutenable, y faut-il maintenant appuyer ? Je le ferais, si je ne l’avais fait. Mais sans doute il vaut mieux indiquer deux ou trois points encore obscurs, et chercher ce que l’on pourrait ou ce que l’on devrait faire pour les avoir éclaircis. Telle est d’abord la question tant controversée de la grâce. Si c’est méconnaître ou altérer en effet le caractère des Provinciales que de ne pas rappeler ce que cette question de la grâce y occupe de place, on ne peut rien comprendre et on ne comprend rien aux Pensées, si l’on n’est suffisamment informé de la question de la grâce avant que de les aborder. Nul ne l’a mieux vu que M. Ernest Havet, dans l’Introduction qu’il a mise à son édition scolaire des Provinciales et déjà dans les notes de son édition classique des Pensées. Éditions, introduction et notes, M. Derome a l’air d’en faire si peu d’état que nous sommes impatiens de voir ce qu’il composera sur la même matière. On dit bien là-dessus que cette question même est si vieille aujourd’hui, d’un si mince intérêt pour les hommes de notre temps, si obscure d’ailleurs, et enfin les solutions des théologiens si bizarres, qu’autant vaut la laisser dormir ou s’agiter confusément dans les écoles entre augustiniens et thomistes ou molinistes et congruistes. C’est une bien mauvaise raison, si une certaine doctrine sur la grâce est le fond ou plutôt l’âme même du jansénisme, et elle l’est incontestablement, comme aussi bien des Pensées de Pascal. Rien d’ailleurs n’est plus facile, sans remonter pour cela jusqu’aux Pères, sans sortir de l’histoire de notre littérature, que de trouver, dans Bossuet, par exemple, tout ce qu’il faut connaître du sujet pour une pleine ou suffisante intelligence des Pensées. Non-seulement dans les opuscules que cite M. Ernest Havet, comme le petit Traité du libre arbitre, mais dans l’un de ses ouvrages les plus considérables : la Défense de la tradition et des saints pères, et un peu partout dans ses écrits contre les protestans, Bossuet a touché ou traité la matière de la grâce, avec sa clarté, son aisance et son autorité souveraines [4]. Quelques extraits, bien choisis, mis en ordre, coordonnés sous quelques axiomes supérieurs pourraient donc largement suffire à tout ce que nous réclamons. Ceux qui d’ailleurs aimeraient mieux consulter Fénelon, ou Malebranche encore, le pourraient, avec moins de sécurité peut-être, mais non pas moins de profit, ni surtout d’intérêt. Notre fortune a voulu que ces questions, dans notre histoire, au lieu d’être uniquement traitées par des docteurs, l’aient au contraire été par nos plus grands écrivains.

Et il est vain de dire qu’ils n’ont pas résolu le problème, et qu’après comme avant eux les difficultés en demeurent insurmontables. Cela prouverait seulement que nous ne possédons pas les élémens de la solution du problème, et qu’étant toujours posée, la difficulté, toujours actuelle, est moins surannée qu’on ne le veut prétendre. Nous serions trop heureux si nous pouvions nous soustraire à la préoccupation de tant de problèmes qui passent notre intelligence, et qui doivent leur invincible et fatal aurait justement à ce qu’ils la passent. Or, il s’agit de savoir si nous sommes nous-mêmes les ouvriers de notre salut, c’est-à-dire les maîtres de notre conduite, et si l’opération de la nature en nous suffit à l’œuvre de notre perfectionnement moral ; ou, au contraire, et de quelque nom qu’on le nomme, si nous y avons besoin d’un secours, d’une aide, d’une coopération d’en haut. Mettez la grâce, il est bien certain que vous diminuez la nature, et même que vous risquez de détruire la liberté ; mais ôtez la grâce, et donnez à la nature ce que vous enlevez à la religion, il est non moins certain que, dans l’ordre moral, selon le mot célèbre, vous avez fait de Dieu la plus inutile hypothèse. En effet, dans le monde moral comme dans l’ordre physique, nous n’en avons besoin qu’autant que la nature ne saurait se suffire à elle-même. Laissons donc de côté les subtilités des théologiens, ou prétendues telles ; ne disputons pas de la grâce efficace par elle-même, de la grâce relativement et de la grâce absolument nécessitante, quoique d’ailleurs ce soit là presque tout le calvinisme, tout le jansénisme, et, par un certain biais, tout le catholicisme. Mais on ne me persuadera pas aisément que, sous la forme que je viens de dire, le problème ait rien perdu de son intérêt et de sa gravité. L’eût-il d’ailleurs perdue aux yeux de ceux qui placent dans la vie même l’objet et le but de la vie, la question pour nous serait toujours de connaître l’exacte position du jansénisme dans la controverse, et dans le jansénisme lui-même la position de Pascal. Les Lettres provinciales, comme on l’a très bien dit, sont des pamphlets jansénistes, mais les Pensées aussi sont des pensées jansénistes, et la matière de la grâce est à peu près tout le jansénisme. Les éditeurs des Pensées, d’une manière générale, et les biographes de Pascal ne l’ont pas assez approfondie.

C’est que de cette idée de la grâce, au sens du jansénisme, acceptée ou poussée par Pascal dans ses dernières conséquences, il suit une conception de l’homme et de la vie que peut-être n’a-t-il jamais été plus opportun qu’aujourd’hui de préciser et de définir. J’hésiterais ici, sans doute, à me servir du mot de pessimisme, de peur de paraître céder à une puérile tentation de mettre Pascal « à la mode, » si l’un de ses interprètes, et peut-être le plus profond, Alexandre Vinet, voilà déjà longtemps, ne m’en avait donné l’exemple [5]. Le pessimisme n’avait pas fait la fortune qu’on l’a vu faire depuis, quand, il y a plus de quarante ans, Vinet osait bien dire que « dans la balance où Pascal avait entassé les élémens de sa conviction religieuse, le pessimisme, bien plus manifeste que le pyrrhonisme, avait pesé d’un bien plus grand poids que l’insuffisance de nos moyens de connaître. » Et quand il ajoutait, à quelques lignes de distance : « Une philosophie sérieuse est naturellement pessimiste ; le pessimisme est l’une des doctrines, ou l’une des bases de la doctrine de Pascal, » les théoriciens du pessimisme à venir, s’ils étaient déjà nés, étaient du moins bien obscurs. Vinet avait raison, et pessimisme est le mot juste. Mais le faible bruit de la voix de Vinet s’est comme évanoui dans le retentissement de la grande voix sonore de Cousin, et c’est au « pyrrhonisme » ou au « scepticisme » de Pascal que continuent de s’attacher, les uns pour en démontrer, les autres pour en nier la réalité, les interprètes, annotateurs et éditeurs des Pensées. M. Nourrisson est de cette école, quand il s’évertue laborieusement à nous prouver que Pascal n’est pas « un ennemi de la philosophie ; » et M. Gory en est aussi quand il en revient encore à la fameuse théorie du « doute méthodique. » Comme si ce n’était pas le plus insupportable abus de langage que d’appliquer les noms de « sceptique » ou de « pyrrhonien » à l’homme qui a cru avec la sincérité, l’ardeur, et la violence de Pascal ! ou comme si d’autre part il nous importait, dans le temps où nous sommes, que le triomphe de Pascal s’établit sur les ruines de l’éclectisme ! A quelque raillerie méprisante qu’il se soit emporté contre la science humaine, si Pascal est un sceptique, où trouverez-vous un croyant ?

Au contraire, à ce mot impropre et trompeur ici de pyrrhonisme, si l’on substitue, avec Vinet, celui de pessimisme, combien d’obscurités aussitôt ne s’éclaircissent-elles pas dans les Pensées, et combien de contradictions ne s’y concilient-elles point ? Oui, je sais qu’on l’a compromis, ce mot, depuis quelques années, dans de fâcheuses aventures ; et, parce que beaucoup s’en servent aujourd’hui, je conviens que ce n’est pas à dire pour cela qu’ils le comprennent tous. Mais ceux qui croient faire merveille en se moquant agréablement de tout ce qu’il représente sont évidemment ceux qui le comprennent le moins. Si l’on déclare en termes généraux que « la vie est mauvaise, » ils s’imaginent qu’il n’y a d’autre issue du pessimisme que « la destruction de la vie. » Ils se trompent du tout au tout ; et l’on dit uniquement que la vie de ce monde n’a pas son but en elle-même, ce qui mène uniquement à placer la fin de l’homme en dehors et au-delà de la vie de ce monde ; laquelle croyance est si peu le principe de désespoir, de découragement et d’inertie qu’ils y voient, qu’au contraire c’est elle que l’on trouve à la racine des grandes religions qui se partagent l’humanité. Le bouddhisme et le christianisme sont nés de l’impossibilité même de porter le poids de la vie sans y être aidé par quelque secours extérieur et supérieur à la vie. Voilà le pessimisme de Pascal, et voici maintenant le fond de ses Pensées. Si la vie est mauvaise, et elle l’est, puisqu’elle ne peut contenter ni notre désir de bonheur, ni notre soif de science, ni notre rêve de vertu, cependant nous ne pouvons pas en accuser l’auteur même de la vie, puisque cet auteur, s’il existe, ne peut rien avoir l’ait que de bon. Que reste-t-il donc, sinon de nous en accuser nous-mêmes ? et c’est l’explication de « l’énigme incompréhensible » ou de « l’amas de contradictions » que nous sommes, c’est le dogme du péché originel, qui nous rend également raison de notre misère et de notre grandeur. Ici se place le mystère de la rédemption, qui ne serait pas « mystère » s’il ne choquait pas rudement notre intelligence. Aussi n’est-ce pas à l’intelligence, mais à la volonté qu’il faut demander de le croire : « Travaillez non pas à vous convaincre par l’augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions ; » et « en suivant les gens qui savent ce chemin, vous guérirez du mal dont vous voulez guérir : » c’est la voie du salut, et c’est le dogme de la grâce. Or, ces dogmes et ces mystères, une religion les enseigne, et il n’y eu a qu’une : c’est donc la vraie religion, celle qu’en ne croyant pas vous mettez non-seulement au hasard votre salut éternel, mais encore tout ce qui ferait le prix de la vie de ce monde, et, de plus, vous vous devenez à vous-même, ainsi que la nature et l’histoire, un monstre et un chaos. Était-ce exagérer tout à l’heure que de dire qu’il ne serait pas sans fruit, après avoir tant parlé du « pyrrhonisme » de Pascal, d’examiner un peu son pessimisme ; et croyez-vous que Vinet se trompât quand il y voulait voir la doctrine ou au moins l’une des bases de la doctrine des Pensées ? Disons-le donc avec lui : le pyrrhonisme de Pascal n’est qu’une des formes ou une des faces de son pessimisme ; et de l’insuffisance de nos moyens de connaître, la conviction que tirent les Pensées n’est pas tant celle de notre impuissance à trouver la vérité que celle de notre corruption et de notre déchéance d’un état où nous peuvent seules remettre la religion et la vie chrétienne. Quelques mots de M. Derome, dans la dernière partie de son Introduction, donneraient à penser que, s’il n’a pas démêlé très nettement, du moins a-t-il entrevu quelque chose de tout cela. Nous ne saurions, pour notre part, affecter la prétention, en quelques lignes ou quelques pages, de l’éclaircir autant qu’il le faudrait pour l’avoir démontré. Mais il y a là certainement une recherche à faire, une recherche intéressante, et, — puisque ce n’est pas moi qui m’en suis avisé, — j’ose dire qu’elle serait féconde en résultats heureux. Je n’en citerai qu’un seul exemple. Elle terminerait la question des emprunts si nombreux que Pascal a faits à Montaigne, pour les marquer de son originale et si profonde empreinte, je veux dire la question de l’emploi qu’il en eût fait pour son Apologie de la religion chrétienne. Combien de fois s’est-on demandé s’il les avait transcrits pour en autoriser ses propres démonstrations ou, au contraire, pour combattre et réfuter Montaigne ? « Il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison corrompue a tout corrompu. Ex senatusconsultis et plebiscitis crimina exercentur. » Est-ce Montaigne, est-ce Pascal qui parle ? Et la question ainsi posée, dans l’état d’inachèvement où nous sont parvenues les Pensées, demeure en effet insoluble. Mais elle se décide, ou plutôt elle s’évanouit et ne se pose pas seulement, si nous sommes une fois convaincus du pessimisme de Pascal. Car la corruption de cette belle raison, en ce cas, est son dogme ; et plus profonde est la corruption, plus éclatante en devient la nécessité de la religion que veut prouver l’apologiste. Encore une fois je signale donc et même je recommande cette étude ou cette recherche du pessimisme de Pascal. Elle n’est pas faite, elle est à faire ; et cela vaudra toujours mieux que de s’obstiner comme nous faisons les uns après les autres à déranger l’ordre tel quel que Port-Royal avait mis dans les Pensées de Pascal, pour n’aboutir nous-mêmes qu’à y mettre un désordre inédit.

Je pousserai plus loin la hardiesse, et, à ceux qui voudront étudier Pascal et ses Pensées, je conseillerai de commencer par étudier la religion même. Comme l’œuvre de Bossuet, comme l’œuvre de Fénelon, comme l’œuvre de Bourdaloue, la religion remplit l’œuvre entière de Pascal ; or, c’est beaucoup si nous en savons ce que le catéchisme en enseigne ; et cependant nous n’en parlons pas avec moins d’assurance et de sécurité de Fénelon et de Bourdaloue, de Bossuet et de Pascal. Il conviendrait d’en savoir davantage, et nous en comprendrions mieux le livre des Pensées. Si Bayle, il y a cent cinquante ans, ne nous avait pas appris que la règle des partis est déjà dans Arnobe, — et sous quelque forme qu’elle y soit, le rapprochement ou la constation a sans doute son importance, — le saurions-nous aujourd’hui ? Comment n’en pas douter au moins, lorsque je vois, faute d’avoir mieux connu les sources où Bossuet et Pascal ont puisé, tout ce que l’on a dit sur cette question de savoir si Bossuet avait imité les Pensées, ou Pascal entendu les Sermons de Bossuet. Bossuet n’aurait-il pas eu communication des papiers de Pascal ? ont demandé les uns. Ne serait-ce pas plutôt Pascal qui aurait pris des notes aux sermons de Bossuet ? ont répondu les autres. Mais ils se sont formés tous les deux à l’école de saint Augustin, et, par de la saint Augustin, dans la lecture et la méditation de l’Évangile et de l’Ancien-Testament. Quand on part du même point et que l’on passe par les mêmes chemins, est-il étonnant que l’on arrive tous les deux au même but ? C’est faute encore d’avoir mieux étudié son sujet que, dans cette recherche des « sources » des Pensées, un récent éditeur a reconnu « quelques-uns des traits essentiels des doctrines théologiques de Pascal » dans le Pugio fidei d’un moine du moyen âge ; « l’application des prophéties des livres saints à Jésus-Christ, » par exemple, ou encore « la théorie du péché originel ! » Quoi donc ? Si Raimond Martin, l’auteur du Pugio fidei, n’eût pas découvert, sans doute, « la théorie du péché originel, » le savant éditeur veut-il dire que Pascal n’en eût pas ouï parler ? ou que le christianisme ne se fût pas avisé de l’application des « prophéties des livres saints à Jésus-Christ, » sans le secours du même Raimond Martin ? Il pourra dire, je le sais bien, que, si c’était son opinion, c’est aussi celle de quelques pasteurs protestans qui lui ont uniquement reproché là-dessus de n’avoir pas examiné d’assez près ce livre et ce dominicain. Mais peut-être pensera-t-on plus généralement que, si c’est là ce qui se peut trouver de plus neuf à dire sur Pascal, on ferait aussi bien de s’en taire.

Tels sont, sauf erreur ou méprise, les principaux points de la vie et des œuvres de Pascal sur lesquels nous voudrions avoir de plus amples eclaircisseinens.il y en a d’autres, après cela, qui ne laissent pas d’avoir leur intérêt. Où donc lisais — je, tout récemment encore, une Étude sur la syntaxe de Pascal ? Je crains bien que ce ne fût pas dans une publicatiou française, mais dans quelque revue allemande [6]. Elle était d’un aspect rébarbatif, tout d’abord, cette étude, et ensuite d’une lecture ingrate, elle avait cependant son prix ; et elle l’aurait surtout pour celui qui voudrait en tirer ce que peut en effet comporter un semblable sujet. On attribue communément ce mérite aux Provinciales d’avoir « fixé la langue, » et, dans la mesure où l’on peut « fixer les langues, » M. Désiré Nisard a montré supérieurement le sens et la portée d’un tel éloge. M. Derome y ajoute pourtant une réflexion fine : c’est que les Provinciales ont fixé surtout une certaine langue, et donné le modèle d’un art d’écrire qui d’ailleurs aurait pu sensiblement différer de ce qu’il est sous la plume de Pascal, sans pour cela répugner au génie de la langue. C’est une question, et il y aurait lieu de l’examiner. En effet, dans l’état d’indétermination relative où se trouvait la langue française, ou plutôt l’art d’écrire en français, au commencement du XVIIe siècle, pourquoi les lettres de Balzac, par exemple, ou celles de Voiture, n’en ont-elles pas fixé les règles générales ? Mais on voit que c’est là plutôt un point de l’histoire de la langue et de l’esprit français que de celle de Pascal.

Autant en dirai-je d’une question que je croyais vidée, mais qu’il paraît que l’on discute encore : Quelle est la première édition des Pensées ? C’est un point, si l’on veut, de l’histoire de Pascal ; mais c’en est un surtout, selon comme on le prend, de l’histoire du jansénisme ou de l’histoire de la librairie. S’il y a trois éditions des Pensées qui ont pu passer pour la première : l’une, datée de 1669, et dont on ne connaît que très peu d’exemplaires ; les deux autres, datées de 1670, et ne différant guère entre elles que par le nombre des pages, — 365 dans l’une et 334 dans l’aune ; — il n’est pas douteux que l’édition en trois cent trente-quatre pages soit la dernière des trois ; que l’édition de 1669 soit une édition d’essai, destinée tant à la censure qu’aux amis très particuliers de Pascal ; et qu’ainsi l’édition de 1670, en trois cent soixante-cinq pages, est la bonne. Mais quel est l’intérêt du la question en ce qui regarde Pascal, puisqu’il est convenu que le seul texte de Pascal est aujourd’hui celui du manuscrit autographe, et qu’aucun éditeur, depuis Bossuet, n’a cru devoir reproduire l’ordre qu’avait adopté Port-Royal ? [7]. C’est un peu soulever des questions pour le plaisir de les résoudre, plaisir d’érudit, s’il en fut, et d’autant plus vif qu’elles fournissent matière à plus de digressions. D’aucuns ont même prétendu que ce pourrait bien être l’objet propre de l’érudition : abuser du nom de Pascal pour nous faire lire le Pugio fidei, comme d’autres abusent du nom de Molière pour nous conter les histoires d’un immeuble de la rue Richelieu. Il y a là des dangers que nous avons plusieurs fois signalés, mais où nous ne craignons pas de revenir encore. L’histoire d’une littérature est toujours à refaire, pour toute espèce de raisons, parce que le jugement d’une génération n’engage pas celui de la suivante, et parce le temps donne aux œuvres qu’il ne détruit pas une signification et une valeur nouvelles ; mais l’histoire littéraire, lentement et par parties, se complète, s’achève et se fixe pour ne plus changer. On pourra donc toujours dire quelque chose de nouveau de Pascal, de ses Provinciales et de ses Pensées ; il y suffira de les avoir lues, de les avoir soi-même revécues avec Pascal, et de le dire comme on l’aura senti. Cela vaudra ce que cela vaudra, selon l’homme et la manière dont il le dira ; ce sera toujours un droit que l’on aura ; et il sera bien difficile que cela ne vaille pas quelque chose, aussi souvent qu’on y mettra plus de sincérité que de littérature. Dans ce genre, pour tâcher de ne rien oublier de récent, je signalerai les pages curieuses que M. Renouvier, dans son deuxième Essai de critique générale, a données sous ce titre : Pascal et la Théorie du vertige moral. Mais, au contraire, il est bien évident que, sur les circonstances de la composition des Provinciales, ou l’effet qu’elles produisirent à leur apparition, comme aussi sur les éditions successives des Pensées, ou sur l’histoire des papiers de Pascal, un jour viendra où l’on aura tout dit.

Je crois précisément que ce jour est venu, qu’il approche du moins, pour les Pensées comme pour les Provinciales, et c’est ce que je me suis efforcé de montrer à l’occasion et aux dépens de M. Ricard, de M. (Nourrisson et de M. Derome. La faute en est à eux sans doute, mais elle en est surtout à leur sujet. L’auteur des Études sur la vie de Bossuet, le respectable M. Floquet, n’était pas mieux instruit de son sujet ni d’ailleurs plus consciencieux que M. Nourrisson ; et M. Derome, assurément, s’il n’a pas plus d’érudition, a plus d’idées, quoique souvent bizarres, que l’auteur de ces huit volumes sur Voltaire et la Société au XVIIIe siècle. Cependant, si nous adressions une critique à l’ouvrage de M. Floquet, ce serait de n’avoir pas été terminé ; et pour celui de M. Desnoiresterres, combien de fois n’avons-nous pas dit l’estime que nous en faisons ? C’est que l’histoire de la vie et des œuvres de Bossuet ou de Voltaire, quand M. Floquet et M. Desnoiresterres s’y mirent, étaient encore des sujets où leurs prédécesseurs avaient laissé beaucoup ou presque tout à dire ; et c’est surtout qu’aucun Victor Cousin, qu’aucun Sainte-Beuve, qu’aucun Vinet, et, — d’une autre manière qu’eux, mais non pas sans talent ni sans profit pour nous, — aucun Faugère ne s’y était appliqué. Il y a une justice ; et il ne faut pas enfin croire que tous ceux qui nous ont précédés aient rempli si médiocrement la tâche qu’ils s’étaient donnée qu’elle soit toujours à reprendre. Que reste-t-il donc à dire de Pascal, au point de vue de l’histoire littéraire ? S’il ne s’agit que d’écrire une Introduction à ses œuvres complètes, il suffit d’y résumer des travaux aujourd’hui classiques. Une courte biographie, où l’on n’affiche aucune prétention d’être neuf, mais exacte et facile à lire ; où l’on ne s’attarde point à discuter dans le détail les opinions qu’on ne partage pas, mais où tout simplement on les passe sous silence ; pas de phrases, pas de paradoxes, aucun étalage d’érudition, mais plutôt un constant et visible souci de dissimuler ce que l’on en possède ; point d’allusions à Confucius, comme chez M. Derome, non plus qu’à Gérard de Nerval, qui s’étonnerait fort d’être nommé dans une biographie de l’auteur des Pensées ; trente ou quarante pages enfin, voilà ce que doit être aujourd’hui une Introduction aux Œuvres de Pascal. Et dans l’édition qu’il nous promet, que nous attendons depuis si longtemps, des Œuvres de Pascal, nous ne jurerons pas, mais nous aimons à croire que c’est ainsi que M. Faugère comprendra son devoir d’éditeur. Maintenant, au lieu d’une Introduction, est-ce un livre que l’on veut écrire ? et après un long examen de ce qu’il reste à dire sur Pascal, ne veut-on toucher qu’à ces quelques points ? La meilleure manière alors sera peut-être de les traiter chacun à part, et chacun pour soi, selon les proportions d’une modeste brochure ou d’un article de Revue. On pourra cependant ne pas se contenter de ces études fragmentaires et vouloir en former un ensemble. En ce cas, on passera rapidement sur ce qui est connu ; on ne répétera pas une fois de plus, et ordinairement pour le dire plus mal, ce qui a été dit, ce qui se trouve partout ; on ne reproduira pas la fameuse tirade de Chateaubriand ; on ne recommencera pas après Victor Cousin d’invectiver Nicole et le duc de Roannez ; on ne fera plus, après Sainte-Beuve, la comparaison de Pascal et de Molière, des Provinciales et du Tartufe ; en deux mots, on ne s’attachera qu’à ce que l’on croit apporter de vraiment nouveau, et en en mesurant le développement à l’importance réelle. C’est une formule ou un plan de composition à trouver. Mais il en faut venir là, si l’on ne veut pas que les questions s’anéantissent bientôt sous le prodigieux entassement des livres ; et qu’ainsi le plus grand écrivain devienne insensiblement la moindre préoccupation du biographe qui le prend pour victime. Je ne dis pas, d’ailleurs, en terminant, que ce plan soit facile à trouver, ni qu’il soit aisé de composer un vrai livre qui réponde à ce programme, — puisqu’après avoir essayé d’en indiquer la nature, je laisse à de plus audacieux et de plus habiles que moi le soin et l’honneur de l’écrire sur Pascal.


F. BRUNETIERE.

  1. Voyez dans la Revue du 1er août 1879 : le Problème des Pensées de Pascal ; et dans la Revue du 1er avril 1885 : l’Enseignement de la littérature française au Collège de France.
  2. Les Jansénistes et leur Dernier Historien, par M. l’abbé Fuzet. Paris, 1870 ; Bray et Retaux.
  3. Voyez, dans la Revue politique et littéraire du 21 novembre 1877 : le Roman de Pascal ; par M. A. Gazier.
  4. M. Havet, à ce propos, croit devoir faire observer, et il a raison, que tous ces écrits n’ont paru qu’après la mort de Bossuet ; mais a-t-il le droit d’en conclure que, si Bossuet ne les a pas publiés, c’est qu’il n’était pas arrivé à se satisfaire lui-même ? Je ne saurais résumer ici la longue et curieuse histoire des manuscrits de Bossuet, mais si la Politique tirée de l’Ecriture sainte, si les Élévations sur les Mystères, si les Méditations sur l’Évangile, si le Traité de la Connaissance de Dieu n’ont également paru qu’après la mort de Bossuet, M. Havet en conclura-t-il que Bossuet n’y était pas arrivé à se satisfaire lui-même, au sons où on l’entend bien, c’est-à-dire pour le fond des doctrines ?
  5. A. Vinet, Études sur Blaise Pascal, 3e édition, p. 158, 159. L’article fut écrit à l’occasion de l’édition Faugère, en 1844.
  6. Zeitschrift fur französische Sprache und Litleratur, t. IV, (1882), p. 95. Bemerkungen uber die Syntax Pascals, par A. Haase.
  7. Sauf pourtant M. Jouaust, dans une belle édition, précédée d’une introduction de M. de Sacy.