Remontrances faites à Messieurs les Prévôts des Marchands, Échevins et principaux habitants de la ville de Lyon, touchant la nécessité et utilité des écoles chrétiennes pour l’instruction des enfants pauvres

REMONSTRANCES

A MESSIEVRS

LES PREVOST DES MARCHANDS,

Eschevins, & Principaux Habitans De la Ville de Lyon:

TOVCHANT

L’Etablissement des Écoles Chrétiennes, Pour l’instruction des Enfans du Pauvre peuple.

Les marques illustres que Messieurs les Prevost des Marchans, et Echevins de la Ville de Lyon ont donne de tout tems, du zele qu’ils ont eu de la rendre une des mieux policees du Royaume, et la piete de ses principaux Habitans; ont fait naitre la pensee a quelque personne de remontrer a Messieurs du Consulat, et plus Notables qui resident dans Lyon, que le principal moyen d’achever la splendeur et magnificence de cette grande Ville, est d’y etablir des Ecoles Chretiennes, ou les pauvres de l’un et l’autre sexe, soient enseignez gratuitement dans leur bas ages.

Cet Etablissement est de telle Importance, et d’une si grande utilite, qu’il n’est rien dans la Police, qui soit plus digne des soins et de la vigilance des Magistrats; puisque de la depend le bonheur et la tranquilite publique, qui ne peuvent subsister, a moins que les Particuliers ne s’acquittent de leurs devoirs envers Dieu, envers leur Patrie et leur Famille.

Or il est impossible de s’en bien aquitter, si les jeunes gens n’en sont [pas] instruis de bonne heure, en des lieux ou l’on fasse profession Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/2 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/3 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/4 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/5 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/6 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/7 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/8 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/9 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/10 Page:Charles Démia - Remonstrances a Messieurs les Prevost des marchands 1672.pdf/11

commencer le Mystere de notre Redemption. Sibien qu'apres tant de bienfaits que les hommes ont receus, et qu'ils recoivent encore en leurs bas age, apres le commandement expres d'un Dieu, qui exige qu'on lui offre les premices des annees aussi bien que des fruits, it ne faut pas s'etonner s'il chatie si severement ceux qui manquent a cc devoir;4Si l'on voit la perte de tant de belles esperances dans les uns, la mort precipitee dans les autres; tous ces malheurs n'ont autre source, sinon la mauvaise instruction de ]a jeunesse; Qui est encore cause du peu de sentiment de la vertu dans le bas age, de 1'estime du vice dans ('age viril, de I'endurcissement et impenitence finale dans la vieillesse.s

SI CE DEFAUT de bonne instruction est cause que ]'on peche contre les Devoirs que l'on doit rendre a Dieu, à prejudicie encore beaucoup au public et particulier qui le composent. Car les jeunes gens mal elevez, tombent ordinairement dans la feneantise; de 1a vient qu'ils ne font que ribler[1] et battre le pave, qu'on les voit attroupez par les carrefours, on ils ne s'entretiennent le plus souvent, que de discours dissolus, qu'ils deviennent indociles, libertins [refusant de <<s'assujettir aux loix>> cf. Furetiere], joueurs, blasphemateurs, querelleux; s'adonnent a l'yvrognerie, a l’impurete, au larcin et brigandage, qu'ils deviennent enfin les plus depravez et factieux de l'Etat, duquel etant les membres corrompus, ils gateroient le reste du corps, si le Met des bourreaux, les galeres des Princes, les gibets de la Justice, n'enlevoient de terre ces serpens venimeux, qui infecteroient le monde par leurs venins et leurs dissolutions.6 Adeo a teneris assuescere ma/urn est? C'est encore de ce defaut de bonne education que nait la difficulte qu'on a de trouver des serviteurs fideles, et des bons Ouvriers; Que l'on voit tant de feneans et vagabons par les rues, qui ne sgachans que boir et manger et mettre au monde des miserables, causent dans la Ville une fourmilliere de gueux, qui pourroient non seulement faire apprehender des desordres publics (telle sorte de gens etant ordinairement porte a la sedition, et capables de toutes les mauvaises entreprises) mais encore dormer juste sujet de craindre, que le fond destine pour la subsistence de l'Aumone generale de 1'Hotel Dieu ne fat a la fin epuise, Ce qui retomberoit à la Charge du Consulat, notamment pour l'Hotel Dieu, dont les Prevos des Marchans et Echevins sont les Recteurs primitifs. SI LA BONNE INSTRUCTION est si necessaire dans les pauvres garcons, elle ne l'est pas moins pour la gloire de Dieu et le bien public dans les Pauvres Filles,; Ce sexe ayant d'autant plus besoin d'être soutenu par la vertu, que la foiblesse est grande, et que de leur bon commencement depend leur fin heureuse.' D'ou croit on que viennent les desordres, et la jalousie dans les maisons, tant de lieux infames dans la Ville, tant d'enfans exposez dans l'Hopital, tant de dissolutions publiques, si ce n'est qu'on n'a pas eu assez de soin de l'education des jeunes files, qu'on les a laissees dans l'ignorance, et qu'ensuite elles sont tombees dans l'oisivete, et puis dans le mensonge, l'indocilite, 1'inconstance, et enfin dans la misere, qui est l'ecueil le plus commun, ou la pudeur de ce sexe fait ordinairement naufrage: Haec. fuit iniquitas sodomae, otium filiarum, ejus mendacium, furtum, adulterium inundaverunt, dit un Prophete.

ON A TROUVE le moyen de regler le Clerge, et les Cloitres en etablissant des Ecoles, qu'on appelle Seminaires et Noviciat:811 n'y a point aussi d'autre moyen de tarir la source de tant de desordres, et reformer Chretiennement les Villes et les Provinces, qu'en etablissant des petites Ecoles, pour Fins truction des enfans du Pauvre peuple, dans lesquelles avec la crainte de Dieu, et les bonnes moeurs, on leur apprendroit a lire, ecrire et chiffrer, par des Maitres capables de leur enseigner ces choses, qui les mettroient heureusement en &tat de travailler en la pluspart des Arts et des Professions; n'y en ayant aucune, ou ces premieres connoissances ne servent d'un grand secours, et d'acheminement pour s'avancer dans les emplois les plus considerables. PAR CE MOYEN les Fabriques et Manufactures se rempliroient peu a peu de bons Aprentis, qui pourroient ensuite devenir d'excellens Maitres [de metiers], puisque dans ces Ecoles on leur enseigneroit, l'obligation, qu'ils ont de travailler fidelement et fortement, et les moyens dont it faudroit qu'ils se servissent pour sanctifier et faire fructifier leur travail, en leur insinuant une grande horreur de la chicane et de la feneantise: I1 n'y auroit pas tant de peine de purger la Ville de lieux infames, puisque I'oisivete et la pauvrete qui sont les deux sources de la prostitution du sexe, en seroient bannies, vu que l'on remedieroit a l'une en les occupant a la lecture et ecriture, et qu'on surviendroit a [au sens de «avant»] l'autre en ouvrant leur esprit par des saintes connoissances, qui les rendroient industrieuses pour gagner leur vie, et mieux disposees aux emplois qu'on leur voudroit bailler.

CES PETITES ECOLES SEROIENT, comme autant de Pepinieres, dans lesquelles ces jeunes plantes etant elevees soigneusement, seroient ensuite dans tous les emplois en odeur de benediction. La semence que les Pasteurs jetteroient dans ces petits chams seroit cultivee, par ces bons Maitres, lesquels, foilissans ces terres qu'on laisse en friche, pourroient parfois decouvrir des tresors d'autant plus utiles au public, que souvent il se rencontre de l'Or dans cette Boue, et parmi ces Rochers des Pierres precieuses, c'est a dire des Sujets autant et quelquefois mieux disposez pour les Arts, les sciences et la vertu, que parmi le reste des hommes; ce que grand nombre d'exemples confirment assez clairement. Ces Ecoles publiques seroient encore comme des Academies de la perfection des pauvres enfans, on les fougueuses passions de la jeunesse seroient domtées et soumises a la raison, leur entendement eclaire des vertus qu'on leur enseigneroit, leur memoire remplie de bonnes choses qu'ils y entendroient, et leur volonte echaufee par les exemples de vertu qu'ils y verroient pratiquer.

Elles seroient encore, si vous voulez, comme des Bureaux d'adresse, et des lieux de Marche (a parler au langage de l'Ecriture)10 dans lesquels les personnes les plus commodes[2] pourroient aller prendre, les uns pour se servir dans leurs Maisons, les autres pour emploier dans le Negoce, quelques-uns memes pour avancer dans les Sciences; Enfin on pourroit envoier ces petits Ouvriers dans la vigne, et les emploier chacun selon leurs dispositions et talens, lesquels aians ete perfectionnez dans cette Academie de vertu, formeroient des personnes sages pour leur conduite, industrieux pour les Arts, adroits pour le Negoce, et generalement des gens propres a tout ce a quoi on voudroit les emploier. EN ELEVANT de cette facon les jeunes gens, l'on banniroit les debauches, l'on verroit le vice diminuer, parce qu'on leur en donneroit de l'aversion et de I'horreur pendant 1'enfance, 1'experience ne faisant que trop voir, que les crimes ne sont ordinairement commis que par ceux qui ont ete mat elevez: Comme au contraire, i1 est tres-certain que les bonnes habitudes contractees dans la jeunesse, ne se perdent que rarement, et que la semence qu'on a jettee de bonne heure dans leur esprit, germeroit tot ou tard, en telle sorte, que si parfois on en voit quelques-uns qui s'ecartent de leur devoir en certain tems, ils en reviennent d'autant plus facilement en d'autres, que l'on peut dire qu'ils ont ete sanctifiez par le joug du Seigneur qu'on leur a fait porter des leur enfance, et qu'etans des vaisseaux imbibez d'une liqueur salutaire dans leur commencement, ils en conservent long-tems une si suave odeur, qu'elle attire sur eux tant de benediction, qu'ils en deviennent, a ce que dit un saint Pere, plus savans par leur age, plus assurez par leur experience, plus sage par la longueur du tems, et moissonnent agreablement dans leur vieillesse les fruits du bon grain, qu'on a jette en eux dans leur bas age." La sainte Ecriture, et les Saints Peres sont remplis de Passages, qui confirment la necessite de la bonne education. Il suffit ici d'en indiquer quelques endroits, qui sont cottez a la marge. Job au Chapitre 2. Thern. [sic] c. 3. tout l'Ecclesiaste. Saint Chrysostome en a fait un traité particulier. Saint Jerome en a ecrit un [sic] Epitre ad Letam, et plusieurs autres Sains Peres, raportez par un pieux et savant Docteur de Sorbonne de ce tems 12dans le traite particulier qu'il a fait pour ]'instruction de la jeunesse: et dans une Instruction Chretienne, sur les obligations des parens, it l'egard des enfans, compose[e] par Messieurs du Seminaire Saint Nicolas du Chardonnet. Le grand Gerson, quoique Chancelier de la premiere Universite du monde, avoit tant d'estime de ces petites Ecoles, qu'il ne dedaigna pas de s'y apliquer dans cette Ville; i1 dit meme, qu'il ne sait rien qui soft plus utile, ni plus necessaire dans ]a Republique Chretienne que cela. Nescio prorsus si quidquam majus esse potest, quam animas ab ipsis inferni portis eripere; et tales parvulorum animas, quasi plan tare, aut rigare. Le Saint Concile de Trente, dit ces paroles qui sont tres-remarquables. Cum Adolescentium aetas, nisi recte instituatur prona sit ad mundi voluptates sequentas, et nisi a teneris annis ad pietatem injormetur, ante quam vitiorum habitus totos possideat; numquam perfecte ac SINE MAXIMO DEI OMNIPOTENTIS A UXILIO, in disciplina Christiana perseveres." C'est pourquoi ce saint Concile dans ce meme entroit, veut qu'on etablisse des lieux que l'on apelle pour les Ecclesiastiques Seminaires, et pour le reste des Fideles, [qu']elle qualifie d'ECOLES. Sancta Synodus statuit certum puerorum numerum in Collegio religiose educare, etc. Enfin les Decrets des Souverains Pontifes, les Ordonnances de nos Rois, les Arrets des Parlemens s'acordent tous en faveur de l'etablissement de cette sainte Oeuvre.'a

L'ON POURROIT PEUT ETRE DIRE, que ces Ecoles ne seroient si utile que l'on a propose, parce qu'il semble qu'elles porteroient plutot it la feneantise, et a la Chicane qu'au Travail. Quoi qu'on aie sufisamment satisfait it cet[te] Objection, par ce qui est dit en diferens endrois de ces Remontrances; on ajoutera seulement ici, 1. Que les Maitres auroient soin d'inspirer a la Jeunesse de ]'aversion de l'oisivete, des procez et de la chicane: La vertu qui ne gate jamais rien, qu'on leur enseigneroit, rectifiant leurs Esprits, en les rendant plus judicieux, les eloigneroit plutot de ces vices que de les y porter. 2. Qu'on ne pretendroit pas de les pousser dans la perfection de 1'ecriture, et beaucoup moins au Latin; Mais plutot de leur inspirer l'amour du travail et les moiens de se sanctifier, a quoi on commenceroit de les former, les faisant travailler dans ces Eccles a certaines heures aux boutons, tricotages, dantelles, etc. 3. On ne retiendroit ces enfans a 1'Ecole, que jusques a ce qu'ils fussent en etat d'aprendre quelque profession, qu'on tacheroit de leur procurer par raport a leurs dispositions. 4. On espere enfin que les fruits que 1'experience fera tirer dans la suite, detruiront plus que sufisamment cet Objection, et toute celles que l'on pourra faire contre une si Sainte entreprise. MAIS POUR L'EXECUTION de cette oeuvre, a qui peut-on avoir recours si ce n'est a la charite et au zele de Messieurs les Sacristains, Curez, et Marguilliers de chaque Paroisse. Qu'a ceux qui &tans dans les charges de Magistrature, sont apellez communement les Peres du Peuple; Certainement par 1'etablissement de ces Ecoles Chrefiennes, ils le deviendront par un nouveau titre, et d'une maniere bien plus excellente que les Peres naturels, puisque ceuxci leur aians bailie l'etre, ne leur laissent que la misere, et le vice, pour apanage, pendant une vie qui se termine souvent a une mort eternelle; Au lieu que ceuxla supleent au defaut, et a l'impuissance des autres, leur procurant une instruction qui leur donne une seconde vie plus precieuse que la premiere, dont la fin ne peut etre que tres-heureuse. L'on ne doute pas que le bon menage des deniers publics, auquel Messieurs les Prevost des Marchans et Echevins de Lyon, s'apliquent soigneusement, ne fust un obstacle pour 1'execution de ce dessein, s'il s'agissoit d'une depense superflue ou peu profitable; Mais tant s'en faut, que cet etablissement des petites Ecoles, et le gage des Maitres qui en auroient le soin tilt a charge au public, qu'au contraire elle seroit un moien d'epargner d'autres depenses plus considerables a la Charite et a l'Hotel-Dieu, qu'on dechargeroit peu a peu de ces enfans trouvez, dont le libertinage du peuple le remplit : La prodigieuse multitude d'Aumones de pain que l'on distribue par les quartiers, seroit aussi notablement diminuee, parce que la necessite du menu peuple, qui ne procede ordinairement que de l'oisivite, et de leur debauche, se finiroit en peu de tems, et l'on pourroit meme faire une plus juste distribution de ces Aumones, parce que les plus necessiteux, et plus dignes de secours seroient mieux connus. Outre que l'Aumone d'une bonne education seroit plus profitable, et plus solide que toutes les autres qu'on leur pourroit faire, parce que celle-ci ne regarde pas seulement le soutien du corps, mais aussi la nourriture et perfection de l'ame: Quand on fournit aux Pauvres des vivres contre la faim, et des vetemens contre la rigueur des saisons, ce sont la des bienfaits passagers, dont les uns se consomment par la chaleur naturelle, et les autres par l'usage; Mais la bonne education est une aumone permanente; et la culture des esprits des jeunes gens est un avantage en eux, qu'ils possedent pour toujours, et dont ils tirent des fruits tout le tems de leur vie. En efet, en procurant la premiere teinture pour la Piet&, et pour les Arts, a une foule inombrable de pauvres peuples, ne sera-ce pas leur dormer du pain, les loger, meubler, habiller, et leur fournir les choses necessaires pour cette vie, et pour l'autre? puisque par le moien de leur industrie, ils seront en etat de se pourvoir, non seulement de toutes ces choses, et exemter des miseres de la vie; mais encore par Ia lecture des bons Livres, et la pratique des Commandemens de Dieu, les porter eficacement a la Fin pour laquelle ils ont ete mis au monde. De maniere que ce sera un excellent moien de santifier [sic] la jeunesse, et de pourvoir originellement a toutes les necessitez, que de commencer a leur ouvrir 1'esprit, par les premiers documens de la vertu. APRES DES CONSIDERATIONS si pressantes, et 1'exemple de plusieurs autres Villes du Royaume, notamment de celle de Paris, on ces etablissemens ont ete faits avec tant de succez, et un si bel ordre: Apres que Messieurs les Magistrats se sont apliquez si heureusement a procurer le bien temporel des Habitans de Lyon, a rendre cette Ville une des plus considerables dans le Negoce, des plus regulieres dans les Batimens, des mieux policees dans les Reglemens, leur vigilance s'etant meme etendue jusqu'au pave des rues, et aux boues des carrefours; I1 y a grand sujet d'esperer, qu'ils ne negligeront pas une occasion si favorable, pour rendre leur memoire illustre a la posterite, en s'apliquant au bien spirituel de cette Ville, par la bonne education des pauvres enfans de leurs Citoiens, qui courans les rues et les carrefours deviennent des clouaques infects de toutes sorter de vices. LES AVANTAGES infaillibles qui proviendront de cet etablissement, les benedictions de Dieu et du Peuple, dont it sera suivi, recompenseront Ia depense que l'on fera pour cet efet, par tant d'honeur et de profit, que dans peu d'annees I'on reconnoitra, que c'est I'un des plus pieux, l'un des plus utiles, et des plus glorieux emplois que Messieurs les Sacristains, Curez, Magistrats, et autres aient faits, et qu'ils puissent jamais faire de leurs deniers. Puisque par ce moien ils contribueront a former des bons Serviteurs de Dieu, de fideles Sujets de Sa Majeste, des sages Citoiens de leur Ville, et qu'enfin ils assureront leur salut par celui des autres.

MAIS comme cet etablissement regarde de plus pres le salut des amen du pauvre peuple, que l'avantage qu'ils en pourroient tirer pour les necessitez de leur vie, et que la Direction des petites Ecoles est de la competence[3] des Eveques, qui sont apelez par les sains Docteurs, les Peres des Pauvres : On espere aussi que MONSEIGNEUR L'ARCHEVEQUE, aussi zele pour le salut de ses Oi ailles, qu'afectione au bien de cette Ville, qu'il procure avec tant de bonte et d'assiduité, ne laissera pas echaper cette occasion, de donner des marques Paternelles de sa piete et de son zele, a I'egard de tant de Pauvres Enfans, qui implorent par ce grossier ecrit son autorite, pour l'acomplissement de cet ouvrage si important pour la gloire de Dieu, le bien de l'Etat, l'utilite des particuliers et 1'avantage de la Ville, laquelle aiant receu par cet etablissement le dernier trait de beaute, qui sembloit Iui manquer pour la rendre parfaite, pourra ensuite servir de modele acompli aux autres Villes du Roiaume; etant non moins chretienne que policee; non moins reglee dans les moeurs de ses Habitans, que reguliere dans ses Batimens; autant illustre en Piet&, que florissante en Commerce; Enfin autant obeissante a Dieu, que soumise a son Roi, et a ses Magistrats.

[L'editeur du Recueil d'ou sont tirees ces Remontrances ajoute ce commentaire, probablement apres la mort de Charles Démia :]

Ces Remontrances aiant ete envoiees en divers lieux, Monsieur Feret Cure de S. Nicolas du Chardonnet les aiant fait lire en plusieurs Communautez de Paris, ecrivit du depuis, qu'elles avoient fait un tel fruit, que Monsieur Roland, Theologal de Rheims, avoit pris resolution d'en etablir dans Rheims; et qu'une autre personne de merite, se disposoit d'emploier pour cette fin, une Somme tres-considerable.

  1. ribler : courir la nuit comme font les filous, cf. Furetiere
  2. commodes= obligeantes
  3. Voiez les Ordonnances etc., les Arrests du Conseil, donnez en faveur des Ecoles, raportc_ dons/es Memoires du Clerge. [Demia a pu disposer de l'ed. de 1646. L'Assemblee du clergé de 1660 décida une nouvelle edition, plus complete, laquelle sortit de presse en 1674. Elle fut distribuec en 1675. C'est donc a l'éd. de 1646 que les Remontrances de 1668 font allusion, sans negliger toutefois le supplement paru en 1652. Il est evident que Démia usa ensuite de l'éd. de 1674-75].