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Résurrection. 1re partie
Traduction par T. de Wyzewa.
Perrin (p. 14-23).


CHAPITRE III


I


Au moment où la Maslova, assise sur un banc, dans une cellule du Palais de Justice, était occupée à déchausser ses pieds, que le frottement des souliers avait meurtris pendant le trajet à travers la ville, ce même prince Dimitri Ivanovitch Nekhludov qui, jadis, l’avait séduite, se réveillait, dans son grand lit à ressorts, couvert d’un mol édredon de duvet. Vêtu d’une chemise de nuit en toile de Hollande élégamment plissée sur la poitrine, il s’accoudait avec nonchalance et, allumant une cigarette, il songeait à ce qu’il avait fait la veille et à ce qu’il ferait ce jour-là. Le souvenir lui revint de sa soirée de la veille, passée chez les Korchaguine. C’était un couple très riche et très considéré, et dont, de l’avis de tous, il devait épouser la fille. Ce souvenir le fit soupirer ; après quoi, jetant sa cigarette, il étendit la main vers un étui d’argent pour en prendre une seconde, mais aussitôt se ravisa, souleva courageusement son corps alourdi, et, mettant hors du lit ses pieds blancs semés de poils, il les chaussa de pantoufles. Puis il couvrit ses larges épaules d’une robe de chambre de soie, et, d’un pas lourd mais vif, il alla dans un cabinet de toilette voisin de la chambre à coucher.

Là, il commença par brosser soigneusement, avec une poudre spéciale, ses dents, plombées en plusieurs endroits ; puis il les rinça avec un élixir parfumé ; puis il s’approcha du lavabo de marbre, et, avec un savon parfumé, se lava les mains, employant ensuite un zèle tout particulier à nettoyer et à brosser ses ongles, qu’il gardait très longs. Cela fait, il ouvrit tout large le robinet du lavabo et se lava le visage, les oreilles, et le cou. Il passa alors dans une troisième chambre, où était installé un appareil de douches : le jet d’eau froide rafraîchit son corps musculeux, déjà tout chargé de graisse. Quand il se fut essuyé avec des serviettes-éponges, il changea de chemise, chaussa ses bottines, luisantes comme un miroir, s’assit devant une glace, et, à l’aide de deux jeux de brosses, se mit à peigner d’abord sa barbe noire, puis ses cheveux, très rares déjà sur le sommet de la tête. Tous les objets qu’il employait à sa toilette, le linge, les vêtements, la chaussure, les cravates, les épingles, les boutons de manchettes, tout cela était de première qualité, très simple, très peu voyant, très solide et très cher.

Sans se hâter, Nekhludov acheva de se vêtir ; il se rendit ensuite dans sa salle à manger, une longue pièce, dont trois hommes de peine avaient, la veille, ciré le parquet. Dans cette salle à manger se trouvaient un énorme buffet de chêne et une table non moins énorme, une table à rallonges, en chêne aussi, et qui avait quelque chose de solennel, avec ses quatre pieds sculptés, largement étendus, imitant la forme de pattes de lion. Sur cette table, couverte d’une nappe mince et bien amidonnée, avec de grands nœuds aux angles, on avait placé une cafetière d’argent pleine d’odorant café, un sucrier d’argent, un pot à crème, et une corbeille contenant les petits pains frais, des rôties et des biscuits. Enfin, à côté du couvert, on avait mis le courrier du matin : des lettres, des journaux, une livraison de la Revue des Deux Mondes.

Nekhludov s’apprêtait à décacheter les lettres lorsque, par la porte qui donnait sur l’antichambre, entra dans la salle à manger une grosse femme d’un certain âge, toute vêtue de noir, avec un bonnet de dentelles sur la tête. C’était Agrippine Petrovna, la femme de chambre de la vieille princesse, mère de Nekhludov, qui était morte quelque temps auparavant dans cette même maison. La Femme de chambre de la mère était restée auprès du fils, en qualité d’économe.

Agrippine Pétrovna avait, à diverses reprises, fait de longs séjours à l’étranger avec la mère de Nekhludov : elle avait la tenue et les manières d’une dame. Elle demeurait dans la maison des Nekhludov depuis l’enfance, et avait connu Dimitri Ivanovitch quand il n’était encore que « Mitenka ».

— Bonjour, Dimitri Ivanovitch !

— Bonjour, Agrippine Pétrovna ! Qu’y a-t-il ? — demanda Nekhludov.

— C’est une lettre pour vous. La femme de chambre des Korchaguine l’a apportée depuis longtemps déjà : elle attend chez moi, — dit Agrippine Pétrovna, tendant une lettre, et souriant d’un sourire significatif.

— C’est bien, tout de suite ! — dit Nekhludov en prenant la lettre. Mais il vit le sourire d’Agrippine Pétrovna, et se rembrunit.

Le sourire d’Agrippine Pétrovna signifiait qu’elle savait que la lettre venait de la jeune princesse Korchaguine, avec laquelle Agrippine Pétrovna supposait que son maître allait se marier. Or cette supposition déplaisait à Nekhludov.

— Dites à la femme de chambre d’attendre encore !

Et Agrippine se poussa hors de la chambre, non sans avoir d’abord saisi une brosse de table qu’on avait déplacée, et qu’elle remit à la place où elle devait être.

Nekhludov décacheta l’enveloppe parfumée que venait de lui donner Agrippine Pétrovna, et ouvrit la lettre, écrite sur un épais papier gris, avec des lignes inégales, d’une écriture anglaise aux lettres pointues :


« Remplissant la charge que j’ai prise sur moi d’être votre mémoire, lut-il dans cette lettre, je vous rappelle que, aujourd’hui, le 28 avril, vous devez faire partie du jury à la cour d’assises, et que, par conséquent, il vous sera tout à fait impossible d’aller avec nous et Kolossov voir la galerie des Z…, comme vous nous l’aviez promis hier avec votre légèreté habituelle, à moins que vous ne soyez disposé à payer à la cour d’assises les 300 roubles que vous vous refusez pour votre cheval. Je me suis souvenue de cela hier, dès que vous étiez parti. Ainsi, ne l’oubliez pas !

« Princesse M. Korchaguine. »


Sur l’autre page était écrit :

« Maman vous fait dire que votre couvert vous attendra jusqu’à la nuit. Venez absolument, à quelque heure que ce soit !

« M. K. »


Nekhludov fronça les sourcils. Ce billet était une continuation de la campagne entreprise autour de lui, depuis deux mois déjà, par la princesse Korchaguine, à l’effet de l’enserrer dans des liens sans cesse plus difficiles à rompre. Et, d’autre part, outre cette hésitation qu’éprouvent toujours, devant le mariage, des hommes d’âge mûr, habitués au célibat, et, avec cela, médiocrement amoureux, il y avait encore un autre motif pour lequel, même s’il s’était décidé à ce mariage, il n’aurait pas pu se déclarer à ce moment. Ce motif n’avait naturellement rien à voir avec le fait que, huit ans auparavant, Nekhludov avait séduit Katucha et l’avait abandonnée : à cela il n’aimait pas à penser, et l’idée ne lui serait pas venue d’y trouver un obstacle à son mariage avec la jeune princesse. Ce motif, c’était que Nekhludov entretenait des relations secrètes avec une femme mariée, relations que, en vérité, il s’était récemment décidé à rompre, mais que sa maîtresse, elle, ne reconnaissait nullement comme rompues.

Nekhludov était très timide avec les femmes. Et c’est cette timidité qui avait suggéré à Marie Vassilievna, la femme d’un maréchal de la noblesse, le désir de le subjuguer. Elle l’avait, en effet, entraîné dans une liaison qui tous les jours devenait pour Nekhludov plus absorbante, et qui tous les jours lui paraissait plus pénible. Mais, d’abord, il n’avait pu résister à la séduction, et, plus tard, se sentant coupable vis-à-vis de sa maîtresse, il ne pouvait se résoudre à briser ses liens sans qu’elle y consentît. Et elle, loin d’y consentir, elle lui disait que, s’il l’abandonnait après qu’elle lui avait tout sacrifié, elle ne manquerait pas de se tuer aussitôt.

Il y avait précisément dans le courrier de Nekhludov, ce matin-là, une lettre du mari de sa maîtresse ; le prince reconnut l’écriture et le cachet. Il rougit et éprouva cette sorte de sursaut d’énergie qu’il éprouvait toujours à l’approche du danger. Mais son émotion s’apaisa dès qu’il eut ouvert la lettre. Le mari de Marie Vassilievna, maréchal de la noblesse du district où se trouvaient les principaux domaines de la famille de Nekhludov, écrivait au prince pour lui annoncer qu’une session extraordinaire du conseil qu’il présidait s’ouvrirait à la fin de mai et pour le prier de venir, sans faute, y assister et lui donner un « coup d’épaule » ; car on allait discuter deux questions des plus graves, la question des écoles et la question des chemins vicinaux, et sur toutes les deux on pouvait s’attendre à une vive opposition du parti réactionnaire.

Ce maréchal de la noblesse était, en effet, un libéral : avec quelques autres libéraux de la même nuance, il luttait contre la réaction, qui tendait à se renforcer ; et cette lutte l’accaparait tout entier, de sorte qu’il n’avait même pas le temps de s’apercevoir que sa femme le trompait.

Nekhludov se rappela les angoisses qu’il avait eu à subir si souvent déjà ; il se rappela comment, un jour, ayant imaginé que le mari avait tout découvert, il s’était préparé à un duel avec lui, ou il avait eu l’intention de tirer en l’air ; il revit la terrible scène qu’il avait eue avec sa maîtresse, le jour où celle-ci, désespérée, s’était élancée dans le jardin et avait couru vers l’étang pour se noyer.

« Je ne puis y aller en ce moment, ni rien entreprendre avant qu’elle m’ait répondu », songeait-il. Huit jours auparavant, il avait écrit à sa maîtresse une lettre décisive, où il se reconnaissait coupable, se déclarait prêt à tout pour racheter sa faute, mais terminait en disant que, pour le bien de la jeune femme, leurs relations devaient cesser à jamais. C’est à cette lettre qu’il attendait une réponse qui ne venait pas. L’absence de réponse, d’ailleurs, lui paraissait d’un bon signe. Si sa maîtresse n’avait pas consenti à la rupture, elle aurait écrit depuis longtemps, ou bien elle serait arrivée elle-même, comme elle l’avait déjà fait une autre fois. Nekhludov avait entendu parler d’un certain officier qui faisait la cour à Marie Vassilievna ; et la pensée de ce rival le faisait souffrir de jalousie, mais en même temps le réjouissait, en lui donnant l’espoir qu’il pourrait enfin s’affranchir d’un mensonge qui lui pesait.

Une autre lettre que Nekhludov trouva dans son courrier lui venait de l’intendant principal des biens de sa mère, qui maintenant étaient ses biens. Cet intendant écrivait que Nekhludov devait absolument se rendre dans son domaine pour recevoir la confirmation de ses droits de succession, comme aussi pour trancher la question de la façon dont ses biens seraient gérés à l’avenir. La question consistait à savoir si ces biens continueraient à être gérés de la même façon qu’ils l’étaient du vivant de la défunte princesse, ou si, comme l’intendant l’avait conseillé à celle-ci, et comme il le conseillait maintenant au jeune prince, on ne ferait pas mieux de rompre les contrats et de reprendre aux paysans toutes les terres qu’on leur avait louées. L’intendant affirmait que l’exploitation directe de ces terres serait infiniment plus fructueuse. Il s’excusait ensuite d’avoir un peu retardé l’envoi de la rente de 3.000 roubles qui revenait au prince : cette somme lui serait expédiée par le prochain courrier ; et le retard provenait de ce que l’intendant avait eu toutes les peines du monde à recevoir cet argent des paysans, qui poussaient si loin leur manque de conscience qu’on avait dû recourir à la force pour les faire payer.

Cette lettre fut à la fois agréable et désagréable à Nekhludov. Il trouvait agréable de se sentir maître d’une fortune plus grande que celle qu’il avait eue jusqu’alors. Mais, d’autre part, il se rappelait que, dans sa première jeunesse, avec la générosité et la résolution de son âge, s’étant enthousiasmé pour les théories sociologiques de Spencer et d’Henry George, non seulement il avait pensé, proclamé et écrit que la terre ne pouvait pas être un objet de propriété individuelle, mais qu’il avait même donné aux paysans un petit bien qui lui venait de son père, afin de conformer ses actes à ses principes. Et, maintenant que la mort de sa mère avait fait de lui un grand propriétaire, il avait à choisir entre deux partis : ou bien il pouvait renoncer à tous ses domaines, comme il avait fait dix ans auparavant pour les deux cents hectares qui lui venaient de son père ; ou bien, en prenant possession de ses domaines, il pouvait, d’une façon tacite mais formelle, reconnaître pour faux et mensongers les principes qu’il avait autrefois soutenus.

Le premier de ces deux partis était, pour lui, impossible en fait, car ses domaines constituaient toute sa fortune. De reprendre du service, il n’en avait pas le courage ; et il était trop accoutumé à sa vie d’oisiveté et de luxe pour pouvoir songer à y renoncer. Et puis, le sacrifice aurait été inutile, car Nekhludov ne se sentait plus ni la force de conviction ni la résolution qu’il avait eues dans sa jeunesse.

Mais le second parti, celui qui consistait à renier formellement des principes désintéressés, généreux, dont il s’était souvent enorgueilli, ce parti lui était désagréable.

Et c’est pour cela que la lettre de son intendant lui était désagréable.


II


Quand il eut achevé son déjeuner, Nekhludov passa dans son cabinet. Il voulait voir, dans la lettre d’avis officielle, à quelle heure il devrait être au Palais de Justice, et il avait aussi à répondre à la princesse Korchaguine. Il traversa, pour se rendre dans son cabinet, son atelier, où se dressait sur un chevalet un tableau commencé, et où des études diverses pendaient aux murs. La vue de ce tableau, auquel il travaillait depuis deux ans sans pouvoir l’achever, la vue de ces études et de tout l’atelier raviva en lui le sentiment sans cesse plus fort de son impuissance à faire des progrès en peinture, et la conscience de son manque de talent. Il attribuait, en vérité, ce sentiment à l’excès de délicatesse de son goût artistique ; mais il ne pouvait s’empêcher de songer que, cinq ans auparavant, il avait quitté l’armée parce qu’il avait cru se découvrir un talent de peintre. Et c’est avec une disposition d’esprit assez mélancolique qu’il entra dans son énorme cabinet de travail, pourvu de toute sorte d’ornements et de commodités. S’approchant d’un grand bureau plein de tiroirs étiquetés, il ouvrit le tiroir qui portait l’étiquette Convocations, et y trouva aussitôt l’avis qu’il cherchait. Cet avis l’informait qu’il eût à être au Palais de Justice à onze heures. Nekhludov referma le tiroir, s’assit, et commença une lettre où il voulait dire à la princesse qu’il la remerciait de son invitation, et qu’il espérait pouvoir venir dîner dans l’après-midi. Mais, après avoir écrit sa lettre, il la déchira : elle était trop intime. La seconde qu’il écrivit était trop froide, presque impolie : il la déchira encore. Il sonna, et un laquais entra dans la chambre, un homme âgé, de mine grave, à la face rasée ; il portait un tablier de calicot gris.

— Faites-moi venir un fiacre !

— Tout de suite, Votre Excellence.

— Et dites à la personne qui attend que c’est bien, que je remercie, que je tâcherai de venir.

« Ce n’est pas très convenable, songea Nekhludov, mais je n’arrive pas à écrire ! De toute façon, je la verrai aujourd’hui. »

Il s’habilla et sortit sur le perron. La voiture qu’il prenait d’ordinaire, une élégante voiture aux roues caoutchoutées, était déjà là, qui l’attendait.

— Hier soir, — lui dit le cocher en se tournant à demi vers lui, — vous veniez à peine de sortir de chez le prince Korchaguine quand je suis arrivé. Le valet de pied m’a dit : « Il vient de partir. »

« Les cochers eux-mêmes connaissent mes relations avec les Korchaguine ! » pensa Nekhludov, et de nouveau se présenta devant lui la question de savoir s’il devait ou non se marier avec la jeune princesse. Et il ne parvenait toujours pas à trancher cette question dans un sens ni dans l’autre.

Deux arguments plaidaient en faveur du mariage en général. D’abord le mariage, en plus du repos du foyer domestique, lui assurait la possibilité d’une vie honnête et morale ; en second lieu et surtout, Nekhludov espérait qu’une famille, des enfants, donneraient un but à sa vie, maintenant sans objet. Contre le mariage en général, d’autre part, il y avait le sentiment dont nous avons déjà parlé, cette sorte de crainte qu’inspire aux célibataires d’un certain âge la perspective de perdre leur liberté ; et il y avait aussi une peur inconsciente du mystère que renferme toujours une nature de femme.

En faveur du mariage avec Missy, en particulier (Missy était le surnom que portait, dans l’intimité, la jeune princesse Korchaguine, dont le vrai prénom était Marie), le premier argument en faveur de ce mariage était que la jeune fille était de bonne famille et que, en toutes choses, depuis ses toilettes jusqu’à sa manière de parler, de marcher, de rire, elle différait des femmes du commun non point par quelque chose d’exceptionnel, mais par sa « distinction ». Il ne trouvait pas d’autre mot pour désigner cette qualité, qu’il prisait extrêmement. Le second argument était que la jeune princesse l’appréciait mieux que personne, le comprenait mieux ; et dans ce fait qu’elle le comprenait, c’est-à-dire qu’elle reconnaissait ses hautes qualités, Nekhludov trouvait la preuve de son intelligence et de la sûreté de son jugement. Mais il y avait aussi des arguments très sérieux contre le mariage avec Missy en particulier : le premier était que, suivant toute vraisemblance, Nekhludov aurait pu trouver une jeune fille encore plus « distinguée » que Missy ; en second lieu, que celle-ci avait déjà vingt-sept ans, que probablement elle avait aimé d’autres hommes : et cette pensée était un tourment pour Nekhludov. Sa vanité ne pouvait admettre que, même dans le passé, la jeune fille eût aimé quelqu’un qui n’était pas lui. Sans doute, il ne pouvait exiger qu’elle eût su d’avance qu’elle le rencontrerait un jour dans la vie ; mais la seule idée qu’elle avait pu aimer un autre homme, avant lui, était pour lui une humiliation. Ainsi les arguments pour et contre se trouvaient être en nombre égal ; et Nekhludov, riant de lui-même, se comparaît volontiers à l’âne de Buridan. Mais il n’en continuait pas moins à faire comme l’âne, ne sachant vers laquelle des deux bottes de foin il devait se tourner.

« Au surplus, aussi longtemps que je n’aurai pas reçu de réponse de Marie Vassilievna, et que cette affaire ne sera pas terminée, il m’est impossible de prendre aucun engagement », songea-t-il.

Et ce sentiment de la nécessité d’ajourner sa décision lui fit plaisir. « Et puis je penserai à tout cela plus tard, — se dit-il encore, tandis que sa voiture roulait sans bruit sur l’asphalte de la cour du Palais de Justice. — Il s’agit maintenant pour moi de remplir un devoir social, avec le soin que j’apporte à tout ce que je fais. Sans compter que ces séances sont souvent très intéressantes. »