Procès-verbal de l’inhumation de Louis Capet, le 21 janvier 1793


Conseil exécutif provisoire
Procès-verbal de l'inhumation de Louis Capet
21 janvier 1793

Note :
La présentation en paragraphes du procès-verbal proprement dit reproduit celle qui est utilisée dans l'ouvrage d'Alcide de Beauchesne, alors que la copie transmise par le préfet Chabrol au marquis Dambray, en 1814, recourait à un texte sans paragraphes, ce qui paraît à première vue peu plausible.
Seule une consultation de l'original de cette lettre, non localisé, permettrait de déterminer si le préfet recourait réellement, dans sa copie conforme, à cette rédaction sans paragraphes, ou si leur absence résulte du travail fait en 1847 par François Barrière pour la « Bibliothèque des mémoires relatifs à l'histoire de France pendant le 18e siècle ».
Une autre différence dans les deux reproductions du procès-verbal réside dans l'agencement des cinq signatures apposées en bas du procès-verbal. Si les deux ouvrages recourent, pour les noms des signatures, à une majuscule en grandes capitales puis à des petites capitales, Beauchesne aligne les cinq noms sur une seule ligne, commençant par les noms du curé et des deux vicaires suivis de ceux des deux administrateurs du département, tandis que Barrière les place sur trois lignes, les deux premières consacrées aux noms des deux administrateurs du département, suivis de leur fonction, la troisième consacrée aux noms des trois curés, les deux auteurs ayant en outre une lecture différente des noms du curé et d'un des vicaires : « Picavez » et « Damoureau » dans l'ouvrage de Beauchesne, « Ricaves » et « Damoreau » pour Barrière... La lecture du nom « Picavez » semble à première vue plausible, ce nom de famille n'étant pas rarissime dans le département du Nord, tandis que le nom « Ricaves » paraît plus hasardeux. Par contre, faute d'une consultation de l'original du procès-verbal, il semble plus difficile de trancher entre les hypothèses « Damoureau » et « Damoreau ».br />L'ouvrage d'Alcide Beauchesne, postérieur de cinq ans aux travaux de François Barrière, mentionne quant à lui, pour le procès-verbal proprement dit, une consultation de l'original aux Archives nationales de France, sans qu'une cote, même d'époque, soit mentionnée.

1°) Début de la lettre du préfet Chabrol

A S. Exc. monseigneur le marquis Dambray, chancelier de France.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence le procès-verbal qui fut dressé lors de l'inhumation des restes précieux de S. M. Louis XVI. Je n'ai pu retrouver encore celui qui, sans doute, a été dressé lors de l'inhumation de la reine ; mais je vais continuer mes recherches, dans lesquelles j'ai porté toute la réserve et la discrétion que vous me recommandez. Je désire que cette pièce remplisse le but que Votre Excellence s'est proposé.

Je prie Votre Excellence d'agréer, etc., etc.

Signé CHABROL, préfet de la Seine.

18 mai 1814.

2°) Procès-verbal proprement dit

ARCHIVES NATIONALES.

Inhumation.

Procès-verbal.

Le vingt-un janvier mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an deux de la République française, Nous, soussignés, administrateurs du département de Paris, chargés de pouvoirs par le conseil général du département, en vertu des arrêtés du conseil exécutif provisoire de la République française,

De là, accompagnés des citoyens Renard et Damoureau, tous deux vicaires de la paroisse de Sainte-Madelaine, chargés par le citoyen curé de procéder à l'inhumation de Louis Capet, nous nous sommes rendus au lieu du cimetière de ladite paroisse, situé rue d'Anjou-Saint-Honoré, où étant, nous avons reconnu l'exécution des ordres par nous signifiés la veille au citoyen curé, en vertu de la commission que nous avions reçue du conseil général du département. Nous sommes transportés à neuf heures du matin en la demeure du citoyen Picavez, curé de Sainte-Madelaine, lequel ayant trouvé chez lui, nous lui avons demandé s'il avait pourvu à l'exécution des mesures qui lui avaient été recommandées la veille par le conseil exécutif et par le département pour l'inhumation de Louis Capet. Il nous a répondu qu'il avait exécuté de point en point ce qui lui avait été ordonné par le conseil exécutif et par le département, et que le tout était à l'instant préparé.

Peu après a été déposé, dans ledit cimetière, en notre présence, par un détachement de gendarmerie à pied, le cadavre de Louis Capet, que nous avons reconnu entier, dans tous ses membres, la tête étant séparée du tronc. Nous avons remarqué que les cheveux du derrière de la tête étaient coupés, et que le cadavre était sans cravatte, sans habit et sans souliers. Du reste il était vêtu d'une chemise, d'une veste piquée en forme de gilet, d'une culotte de drap gris et d'une paire de bas de soie gris. Ainsi vêtu, il a été déposé dans une bière, laquelle a été descendue dans la fosse qui a été recouverte à l'instant.

Le tout a été disposé et exécuté d'une manière conforme aux ordres donnés par le conseil exécutif provisoire de la République française.

Et avons signé avec les citoyens Picavez, Renard et Damoureau, curé et vicaires de Sainte-Madelaine.

PICAVEZ, RENARD, DAMOUREAU, LEBLANC et DUBOIS.

3°) Fin de la lettre du préfet Chabrol

Pour copie conforme à l'original transmis à S. Exc. monseigneur le marquis Dambray, chancelier de France,

Le préfet de la Seine, Signé CHABROL.

Le 18 mai 1814.

4°) Sources

Source (1) :
Mémoires de Cléry, de M. le duc de Montpensier, de Riouffe ; avec avant-propos et notes, par M. Fs Barrière, Firmin Didot frères, coll. « Bibliothèque des mémoires relatifs à l'histoire de France pendant le 18e siècle », n° 9, Paris, (1847), 475 p. – Le procès-verbal y est reproduit, en pages 13 et 14 (entre l'avant-propos de François Barrière, relatif aux trois ouvrages réunis dans ce volume, et le premier de ces ouvrages – les Mémoires de Cléry –, sous la forme d'une note comprenant : 1°) la reproduction d'une lettre, adressée le 158 mai 1814 par Gaspard de Chabrol, préfet de la Seine de 1812 à 1830 (avec une courte interruption, en 1815), au marquis Dambray, chancelier de France, ministre de la Justice et président de la Chambre des pairs ; 2°) une copie du procès-verbal proprement dit.

Source (2) :
Alcide de Beauchesne, Louis XVII : sa vie, son agonie, sa mort ; captivité de la famille royale au Temple ; ouvrage enrichi d'autographes, de portraits et de plans., Plon frères éditeurs, Paris, 1852, 506 p.