Précis de la mythologie scandinave/Thor


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THOR.

Thor, le plus fort des dieux ainsi que des humains, est fils d’Odin et de la terre. Après Odin il est le plus puissant ; sa force, c’est le rempart qui protège Asgaard et Midgaard contre l’assaut des géans et des Hrimthurses. L’empire qu’il gouverne s’appelle Trudvang ; son palais Bilskirner, le plus grand qui ait jamais été bâti, est élevé de cinq-cent-cinquante étages. Son char est attelé de deux boucs ; quand le tonnerre gronde, on entend le roulement de son véhicule. Thor est l’heureux possesseur de trois objets précieux : d’un marteau, d’une ceinture et d’une paire de gants. Le marteau, nommé Mjølnir, est bien connu aux géans et aux Hrimthurses ; des crânes nombreux en ont été broyés. Autour des reins Thor porte la ceinture, nommée Megingjord ; lorsqu’il s’en ceint, sa force se


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redouble, et il éprouve le même effet des gants de fer, dont il se sert pour mieux tenir le manche un peu court du marteau.

Thor, comme nous l’avons vu, est le dieu de l’orage ; toutes les fictions n’aboutissent qu’à le prouver, mais elles n’en sont pas moins dénuées de toute douceur. La force se personnifie sous la figure de ce dieu, qui est terrible dans le transport de sa fureur, mais qui dans son calme est l’être le plus doux que l’on puisse se figurer. Quiconque n’a pas fait l’observation souvent vérifiée, que la force de l’homme se marie en lui avec une douceur naïve ? Thor est l’ennemi juré des géans, de même qu’il se montre l’ami fidèle de l’humanité. Il ne lance pas la foudre pour dévaster, mais pour féconder la terre ; l’agriculture, de même que tout ce qui tient à la culture, est l’objet de ses soins assidus. Avec combien de vérité nos ancêtres n’ont-ils pas su se rendre compte des forces de la nature ? au moment où ils les considèrent dans leur grandeur effrayante, ils en saisissent les vertus bienfaitrices.

Soit que Thor se montre en vieillard ou en adolescent, il porte toujours la barbe rousse, car le feu fait partie de ses attributs ; la ceinture de la force entoure ses reins souples ; de sa main rigoureuse il tient le marteau ; le nuage rougeâtre n’est que le reflet du feu que jaillissent ses regards ; une couronne de douze étoiles brille au-dessus de sa tête, et la terre, à laquelle touchent ses pieds, porte des traces nombreuses de ses pas lourds. C’est bien là l’image du dieu de l’orage. Les poètes de l’antiquité ont cherché, chacun de leur manière, à glorifier la force et la puissance de cette divinité ; mais chacun d’eux nous ramène à l’idée déjà relevée, que la fiction de Thor représente quelque chose de plus que la force brutale ; Thor est l’image parfaite de la fidélité qui ne s’enorgueillit pas ou qui n’abandonne jamais celui ou celle à qui elle se voue ; et le mythe de Thor, sauf quelque rudesse, est un des plus nobles et des plus élevés que l’on puisse se figurer.