Poésies de Schiller/Jeanne d’Arc

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 173).
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JEANNE D’ARC.


Pour profaner la noble image de l’humanité, la raillerie t’a jetée dans la poussière. L’esprit moqueur est en lutte perpétuelle avec le beau ; il ne croit ni à Dieu ni aux anges. Il veut ravir au cœur ses trésors ; pour combattre les préjugés, il offense la foi : mais la poésie, femme candide comme toi, simple et pieuse bergère comme toi, la poésie te présente sa main divine et s’élance avec toi vers les astres éternels. Elle t’a mis une auréole au front ; le cœur t’a créée : tu seras immortelle.

Le monde se plaît à noircir la lumière qui brille à ses yeux, à traîner dans la poussière ce qui est élevé ; mais ne crains rien, il y a encore de nobles âmes qui se passionnent pour ce qui est beau et grand. Que Momus égaye la place publique, un noble esprit aime les nobles créations.