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Poésie nouvelles (Tastu)/Roméo et Juliette, fragment

Didier, Libraire-Éditeur (p. 129-133).



ROMÉO ET JULIETTE.


Fragment.

Love goes loward love, as schools-boys from their books,
But love from love, toward school with heavy looks.

Shakspeare.
ROMÉO ET JULIETTE.


juliette reparaît sur le balcon.
St ! Roméo ! st ! st !… il n’a pas su m’attendre.

Ah ! si je ne craignais qu’on ne vînt à m’entendre,
Bientôt ma faible voix fatiguerait l’écho
À redire après moi : Roméo ! Roméo !…
Hélas ! il est parti ! Roméo !…

roméo.
Hélas ! il est parti ! Roméo !…Qui m’appelle ?

C’est mon nom que j’entends, c’est la voix de ma belle !
Combien, par cette voix murmuré doucement,
Ce nom à mon oreille arrive promptement !
Oh ! parle, me voici !

juliette.
Oh ! parle, me voici ! Roméo ?
roméo.
Oh ! parle, me voici ! Roméo ? Douce amie ?
juliette.
À quelle heure demain enverrai-je vers toi ?
roméo.
Vers le milieu du jour.
juliette.
Vers le milieu du jour.Qu’il va tarder pour moi !

Pourquoi t’ai-je appelé ? je m’en souviens à peine.

roméo.
Laisse-moi demeurer, afin qu’il t’en souvienne.
juliette.
Non, je ne songerais qu’au bonheur de te voir,

Et tu pourrais en vain rester là tout ce soir.

roméo.
Ah ! puissé-je y rester jusqu’à l’instant suprême,

Te faire oublier tout et l’oublier moi-même !

juliette.

Vois, il est presque jour ! je te voudrais parti,
Et pourtant de mes vœux te tenir averti ;
Comme le pauvre oiseau, qu’un enfant plein de joie
Fait voltiger au bout d’une chaîne de soie,
Et qu’un léger effort ramène à son côté,
Tant son jaloux amour lui plaint la liberté !

roméo.
Que ne suis-je en effet ton oiseau, Juliette !
juliette.
Je le voudrais, ami, si ton cœur le souhaite :

Mais non, entre mes mains lu pourrais trop souffrir,
À force de t’aimer je te ferais mourir !…
Bonne nuit ! bonne nuit, Roméo ! je te laisse !
De cet adieu si doux, si douce est la tristesse,

Que si j’osais long-temps écouter mon amour,
Je te dirais, je crois, bonne nuit jusqu’au jour.

(Elle se retire.)

roméo.
La paix soit dans ton âme, et puisse à ma prière

Le sommeil le plus doux effleurer ta paupière !
De mon guide sacré courons chercher l’appui :
Du moins de mon bonheur je puis m’ouvrir à lui.