Poètes Moralistes de la Grèce/Élégie de Callinus, traduction de M. Humbert



ÉLÉGIE DE CALLINUS

TRADUITE

Par M. HUMBERT





Combien de temps encore reposerez-vous ? Quand aurez-vous un cœur vaillant, jeunes hommes ? N'avez-vous point honte de vous montrer ainsi efféminés aux nations voisines ? Vous croyez ainsi vivre en paix ; mais la guerre envahit toute la contrée. Que chacun, en combattant, présente son bouclier à ses adversaires et que, sur le point de rendre l'âme, il lance son dernier trait. Car il est honorable, il est glorieux pour un brave de combattre contre les ennemis pour sa patrie, pour ses enfants, pour sa légitime épouse ; la mort viendra, quand sera coupé le fil des Parques. Hé bien donc, que chacun s'avance fièrement, dressant sa lance, et serrant son vaillant cœur contre son bouclier, au moment où va commencer la mêlée. Car fuir la mort fixée par les destins est impossible à un homme, quand même il aurait des immortels pour ancêtres. Souvent tel qui part pour éviter le combat et le bruit des traits est frappé dans sa maison par une mort fatale. Celui-là n'excite parmi le peuple aucune affection, aucun regret. Mais, l'autre, petits et grands le pleurent, s'il vient à périr. Car la nation tout entière déplore la mort d'un vaillant guerrier, et s'il vit, on l'estime autant que les demi-dieux. Il est comme un rempart aux yeux de ses concitoyens ; à lui seul il est aussi utile que beaucoup d'autres ensemble.