Pas de fête sans l’amnistie

Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 119-120).



PAS DE FÊTE SANS L’AMNISTIE



Au citoyen J.-B. Mounier.


Notre Paris, pour ce beau jour,
A soif de fêtes fraternelles :
Il voit hisser, avec amour,
La Payse aux fortes mamelles,
Celle dont la voix tonne : Ô fous !
Quoi, ce sont les miens qu’on châtie !
En mon nom, levez les écrous :
Pas de fête sans l’Amnistie !

Suis-je en bronze ou suis-je de chair
Suis-je âme de peuple ou statue ?
Ma victoire a coûté bien cher,
Et la Bastille est abattue !
J’en dois compte à tous les cœurs chauds.
Ils vont la croire rebâtie
Si j’en conserve les cachots :
Pas de fête sans l’Amnistie !

Quels corps ont comblé les fossés,
Troués, hachés par la mitraille ?
On ne s’en souvient pas assez,
C’est toujours toi, sainte canaille !
De tes morts, de tes dévouements,
Une ère nouvelle est sortie
Au nom de ces blancs ossements :
Pas de fête sans l’Amnistie !


Et qui frappez-vous, fusilleurs ?
Le mineur, des damnés le pire !
Et vous livrez ces travailleurs
Aux juges pourris de l’Empire.
Malgré les lois et la raison,
La rancune de sacristie
Tient ces pauvres serfs en prison :
Pas de fête sans l’Amnistie !

Prisonniers, pauvres, je vous plains,
La misère ronge à son aise
Vos veuves et vos orphelins.
Et nous chantons la Marseillaise !
Au grand hymne roulant ses flots
Qui fait cette sombre partie ?
Familles, ce sont vos sanglots !
Pas de fête sans l’Amnistie !

Lorsque Prud’homme et Ducatel
Ceignent le brassard tricolore,
J’aperçois Louise Michel,
Qu’au bagne, on ose mettre encore.
Qu’en pillarde on a travestie,
Me met en main son drapeau noir :
Pas de fête sans l’Amnistie !

En quatre-ving-dix, quels élans !
Ce jour fut la fête sacrée,
Le Champ-de-Mars vit sur ses flancs
Toute la France fédérée ;
On sentit les cœurs s’embraser
De fraternelle sympathie ;
Ce fut un immense baiser.
Pas de fête sans l’Amnistie !