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de Lily, il pensait au baume que devait être sa présence auprès d’un malade ; sa démarche seule ramènerait à la santé.

La vie de Waythorn avait été terne, plutôt par l’effet de son tempérament que par celui des circonstances, et il s’était laissé attirer vers Alice par sa gaieté imperturbable, qui entretenait la fraîcheur de sa jeunesse et de son entrain à un âge où les énergies féminines prennent le plus souvent un caractère différent, soit que les femmes perdent de leur activité, soit qu’elles deviennent plus agitées.

Il savait ce que l’on disait d’elle ; car, malgré son excellente situation mondaine, la délation, quoique faible et timide, ne l’avait pas épargnée plus que d’autres. Lorsqu’elle avait fait son apparition dans le monde de New-York, il y avait quelque neuf ou dix ans, patronnée par Gus Varick, qui devait devenir son second mari et qui l’avait découverte on ne savait trop où, — à Pittsburg ou à Utica, — la société, tout en acceptant la jolie Mrs Haskett, s’était réservé le droit de désavouer au besoin sa propre sanction. Pourtant, les renseignements qu’on obtint sur elle établirent nettement sa parenté avec une famille parfaitement bien posée, et prouvèrent que son premier divorce était la conséquence inévitable d’un mariage imprudemment conclu