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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/341

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être observée, j’arrachais la bure étouffante, je la suspendais aux barreaux de la fenêtre, pour ne plus voir le fuseau lumineux qui traversait ma cellule, et les grains de poussière qui y dansaient comme la graisse sur le feu. Mais alors l’obscurité m’étouffait, je cherchais mon souffle comme si j’eusse été au fond d’une fosse : tant qu’à la fin, d’un bond j’arrachais la robe suspendue, et me jetant au pied du crucifix, je conjurais le Seigneur de m’accorder le bienfait de la grâce, afin qu’il me fût permis d’échapper aux flammes éternelles de l’enfer, dont assurément cette chaleur me donnait l’avant-goût. Car ne pouvant supporter l’ardeur d’un jour d’été, de quel esprit envisager l’idée du feu qui ne meurt jamais ?

L’anxiété d’échapper aux flammes de l’enfer fit que je m’attachai à un mode de vie plus dévot, et je me pris à réfléchir que, si ma détresse physique venait à être quelque peu soulagée, il me deviendrait possible de pratiquer avec plus de zèle les vigiles et les austérités.

Ayant enfin avoué à notre mère abbesse que l’air étouffant de ma cellule m’incitait à une fâcheuse propension pour le sommeil, j’obtins d’elle d’être logée dans la portion du bâtiment ayant vue sur le jardin.

Quelques jours durant, je m’y trouvai heu-