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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/333

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III

Le quatorzième jour, il parvint à sa propre vallée et aperçut les murs de sa cité natale profilés contre le ciel. Ses pieds étaient douloureux et son cœur pesant, car son long pèlerinage ne lui avait rapporté que lassitude et qu’humiliation. Par surcroît, pas une goutte de pluie n’était tombée, et il ne doutait pas que son jardin eût péri. Il gravit péniblement la falaise et atteignit sa caverne à l’angélus. Là, un prodige l’attendait. Car, bien que le sol environnant fût desséché et friable, son jardin reluisait d’humidité, et les plantes, fraîches et épanouies, avaient poussé d’un jet sans précédent. Chose plus surprenante encore, les vrilles de coloquinte avaient été guidées alentour de la porte, et s’agenouillant, il vit la terre binée entre les rangs de légumes germés, tandis que chaque feuille ruisselait comme après une averse. Il parut alors à l’ermite qu’il se trouvait en présence d’un miracle, mais, doutant de ses mérites, il se refusait à croire qu’il en pût être digne et entra dans sa demeure