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grandeur. De sorte que son serviteur continuait son voyage sans frayeur.

Mais un matin, après une longue escalade le long des pentes abruptes et malaisées, le voyageur fit halte à une courbe du chemin, car à ses pieds se déroulait non une plaine étincelante de cités, mais une immensité d’argent liquide atteignant jusqu’aux limites du monde. L’ermite connut que c’était la mer. La peur le saisit, car c’était un effrayant spectacle de voir la prodigieuse plaine s’agiter comme palpite une poitrine humaine. Et tandis qu’il la contemplait il lui sembla que le sol ondulait aussi sous ses pieds. Mais il se souvint aussitôt comment Notre-Seigneur avait marché sur les flots, comment même sainte Marie l’Égyptienne, une grande pécheresse, avait franchi à pied sec les eaux du Jourdain, pour recevoir le très saint sacrement des mains de Zozyme l’abbé. Et alors le cœur de l’ermite redevint calme, et il chantait en descendant la montagne : « La mer te louera, Seigneur ! » Tout le jour il la vit et la perdit de vue tour à tour : mais vers le soir, il parvint à un étroit défilé dans la montagne et s’étendit pour dormir dans un bois de pins. Six jours s’étaient écoulés depuis son départ, et de nouveau il s’inquiétait au sujet de ses légumes, mais il se dit : « Qu’importe que