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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/328

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Il commença alors à gravir la montagne, traversant d’abord des bois de hêtres et de chênes, puis des pins et des genêts, enfin des crêtes de roche rouge où une chétive croissance de lentisques et de bruyères couvrait seule la pierre pelée. Dès lors il pensa toucher au but, mais il lui fallut deux jours encore voyager dans une pareille région, le ciel semblant tout proche, et les pays verdoyants s’abaissant dans le lointain. Parfois, pendant des heures, il ne voyait que des pentes rougeâtres aux maigres buissons, et le ciel d’un bleu dur, si voisin qu’il semblait qu’on eût pu le toucher de la main. Puis, à un détour du chemin, les rochers s’écartaient et le regard plongeait dans un long défilé revêtu de pins par delà lequel la forêt s’étendait jusqu’à une plaine étincelante de cités et fermée par une autre chaîne de montagnes distante de bien des journées de marche. Aux yeux de certains, ceci eût été un redoutable spectacle, faisant souvenir le voyageur de son isolement et des périls qui foisonnent aux lieux déserts, et de l’impuissance humaine à leur encontre. Mais l’ermite était si bien fait à la solitude, et avait tant d’amour pour toutes choses créées que pour lui les rochers dénudés chantaient les louanges de leur créateur et que les vastes espaces rendaient témoignage à sa